Alors que la Centrafrique semble s’enliser dans un regain de violence depuis cette dernière semaine, un incident grave est venu s’y ajouter au risque de créer un gel des relations diplomatiques entre la République Centrafricaine et la République du Soudan.
Tout a commencé par les évènements du Fatima où plusieurs musulmans de la milice dite d’autodéfenses du km 5 ont attaqué l’église catholique Notre Dame, causant d’importantes pertes en vies humaines. Ces évènements commentés par la presse nationale et internationale ont provoqué un profond sentiment de haine et de colère tant au pays qu’au sein de la diaspora et des observateurs de la vie politique centrafricaine.
D’ailleurs le Pape François, depuis le Vatican, avait appelé les fidèles à « prier pour la Centrafrique, ce pays épris de paix mais qui sombre de nouveaux dans les spirales d’une guerre de communautés ».
Le vendredi 4 Mai, alors que plusieurs détonations de feux ébranlaient la capitale centrafricaine, aux alentours du quartier musulman du km 5, le garde du corps de l’ambassadeur du Soudan en Centrafrique, rentrait du pk 0 à bord du véhicule de l’ambassade du Soudan où il venait d’opérer quelques achats pour le compte de son patron.
Plusieurs enfants de la rue, dits « godobés » l’ont aperçu et immédiatement l’ont interpellé le qualifiant de « séléka » ou de « arabo », le langage usuel utilisé pour désigner un sujet « musulman » en sango. Mais celui-ci a accéléré pour suivre sa route.
Un peu plus loin, il a été pris en chasse par une foule au niveau de l’École nationale de la magistrature. Plusieurs jeunes mus par la haine causée par les récents évènements de Fatima l’ont immédiatement pris à partie en l’insultant ou lui lançant des pierres. Ils ont automatiquement signalé sa position aux forces de sécurité stationnées tout proche et qui effectuaient leur patrouille.
Comme le communiqué du Ministère de la sécurité nous l’expliquera plus tard, la patrouille composée de gendarme et de policier a vu un homme suspect et seul à bord d’un véhicule et qui ; en plus, détenait une arme de guerre. Ils ont interpellé le diplomate de se présenter et de sortir du véhicule, ce dernier a refusé d’obtempérer, tirant sur eux et fonçant.
Aussitôt la patrouille s’est mise à sa poursuite jusqu’à la résidence du diplomate dans laquelle il a percuté son portail avec le véhicule avant de  se mettre à l’abri. Dans les échanges de tirs avec les forces de l’ordre, le gardien de la résidence a été abattu.
Dans un message remis par l’Ambassadeur soudanais aux les autorités centrafricaines, celui-ci exige de la RCA l’arrestation des auteurs de cet assassinat et leur traduction devant la justice. Par ailleurs, le Soudan a demandé au gouvernement centrafricain de fournir la sécurité nécessaire pour protéger la mission, l’Ambassadeur ainsi que son équipe.
Rappelons que le Soudan, qui a déjà fourni dans le passé des armes et équipements aux soldats FACA, a remis récemment sa base militaire au nord du pays à la disposition des soldats de l’armée nationale centrafricaine pour leur formation. Ce pays constitue un appui majeur pour l’actuel pouvoir de Bangui.
C’est la présence immédiate du Président de la République, le professeur Faustin Archange Touadera et de son ministre de la Sécurité Publique le Général Henri Wanzet Linguissara sur le lieu de l’incident seulement quelques minutes plus tard qui aurait permis de dégeler la crise et d’éviter l’embrouille diplomatique.
Voilà où peuvent nous mener la haine aveugle et l’esprit de vindicte ! Seuls la justice, la paix et le dialogue prôné par le chef de l’Etat centrafricain peuvent proscrire la haine et la vengeance.
Toutefois, des questions subsistent qui ne trouvent pas encore de réponses : – comment se fait-il que la patrouille de sécurité n’ait pas pu reconnaitre un véhicule diplomatique ? – Pourquoi le chauffeur a-t-il préféré ne pas obtempérer, préférant la fuite ?

Le Phénix