Tension-in-Togo élève

Depuis le 19 Août 2017, le Togo, (pays de l’Afrique de l’Ouest dirigé depuis plus de 50ans par la famille GNASSINGBE ndlr), traverse une crise ouverte née de la contestation du pouvoir en place. Des manifestations de rue, l’on a dénombré des pertes en vies humaines et enregistré plusieurs blessés et interpellations. Après près de six mois de manifestations publiques, pouvoir et opposition ont accepté de s’asseoir autour d’une table de discussion pour trouver une solution durable à la crise. Entamé depuis le 15 Février dernier, le dialogue politique inter togolais, véritable panacée aux maux qui minent le pays semble avoir du plomb dans l’aile, tant les divergences amènent l’opposition à reprendre les manifestations de rue en violation du règlement intérieur.

Le retour des « vieux démons » ?

Alors même que le dialogue politique se déroule sous la médiation du Président ghanéen Nana Akuffo-Addo, la coalition des 14 partis de l’opposition a adressé une lettre au Ministre de l’Administration Territoriale, l’informant de l’organisation de quatre jours de marche notamment les 20, 21, 22 et 24 Mars à Lomé et dans les grandes villes du pays. En réponse, le Ministre en charge de l’Administration Territoriale a fait observer aux leaders de la coalition des 14 que leurs manifestations si elles se déroulent violeront le règlement intérieur du dialogue inter togolais ouvert le 15 Février dernier à Lomé. En effet, dans un courrier adressé vendredi 16 Mars à la coalition, le Ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales estime que les manifestations publiques sont en emphase avec le règlement intérieur du dialogue en cours au pays. « En étant donné que la mesure relative à la suspension des manifestations durant le dialogue reste en vigueur, les marches programmées, objet de votre lettre du 12 Mars (ndlr) ne peuvent pas avoir lieu en cette période où nous attendons tous la poursuite des discussions en vue de la normalisation de la politique togolaise par voie de dialogue » a écrit Payadowa Boukpessi à la coalition des 14. M. Boukpessi indique que par respect au Président ghanéen, qui « sacrifie son temps et son énergie pour le Togo » afin de venir à bout de la situation que connaît le Togo en ce moment, toutes les parties doivent suspendre les manifestations. Il précise également que le gouvernement qui est très attaché au règlement de la crise sociopolitique que traverse le pays par le dialogue, se sentirait complice d’une violation des recommandations du dialogue et de la facilitation, en laissant de telles manifestations avoir lieu.

Pour la coalition des 14 partis politiques de l’opposition, il n’est pas question de tenir compte de la décision du Ministre Payadowa Boukpessi interdisant les manifestations. Réagissant suite à la décision du Ministre, la Coordinatrice de la coalition Brigitte Adjamagbo-Johnson estime que la réponse du Ministre est une nouvelle preuve que « le régime n’est pas prêt à diriger une société démocratique ». « Nous ne tiendrons pas compte de ce qu’il est en train de dire. Il n’a pas le droit. Ce n’est pas à lui de déterminer quand est-ce qu’il faut manifester. C’est à nous de juger de l’opportunité de manifester et de rompre ainsi l’engagement de la suspension des manifestations de rue. Il n’appartient pas au Ministre de l’intérieur de nous dire cela. Il vient de montrer qu’il incarne un régime dictatorial », a déclaré Mme Adjamagbo-Johnson au téléphone de DANDARANEWS.

Vers une semaine mouvementée ?

L’opposition togolaise, du moins la coalition des 14 partis politique, qui pose comme revendications essentielles le retour à la constitution originelle de 1992, le vote de la diaspora et la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles, annonce la reprise des manifestations publiques pour combattre ce qu’elle appelle le dilatoire du pouvoir qui poursuit de façon unilatérale l’organisation des prochaines échéances électorales notamment les locales, les législatives et le référendum constitutionnel. A analyser la lettre réponse du Ministre en charge de l’Administration territoriale, et la réaction l’opposition, plusieurs questions méritent d’être posées. S’achemine-t-on vers une semaine émaillée de violences et de bras de fer entre pouvoir et opposition ? Le dialogue politique inter togolais en cours est-il réellement un mort-né comme le subodoraient plusieurs ? Quand on sait que depuis plusieurs mois déjà le Togo est secoué par des crises à répétition dans les secteurs notamment de la santé et de l’éducation et que la semaine du 19 Mars sera à nouveau marquée par des mouvements de grève dans ces différents secteurs, doit-on présager à une semaine mouvementée au Togo ?