TOGO : LE HAUT CONSEIL DES TOGOLAIS DE L’ETRANGER (HCTE) : UN APPÂT OU UNE MAIN TENDUE DU POUVOIR DE LOME ?

Le Ministre des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur, Robert DUSSEY, a procédé, en début du mois de juillet 2019 (2 Juillet précisément, ndlr) au lancement du projet de création du Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur (HCTE). La réalisation de ce projet s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route du Gouvernement pour les Togolais de l’Extérieur officiellement lancée le 1er avril dernier. Cette structure qui regroupera l’ensemble des Togolaises et Togolais résidant hors du territoire national sera, entre autres, l’interface entre la diaspora togolaise et le Gouvernement sur toutes les questions d’intérêt commun. Il sera également chargé de suivre et de coordonner les actions de développement de la diaspora au Togo. Sa mise en place sera effectuée suivant plusieurs phases notamment l’appel à inscription des électeurs, le lancement de l’appel à candidatures des Délégués Pays, la validation des candidatures, le vote en ligne, le dépouillement, la publication des résultats, l’installation officielle des membres du HCTE et la publication des textes règlementaires devant régir son fonctionnement. Mais, force est de constater qu’on en est seulement à la première  phase que la polémique enfle au sein de cette kyrielle de diasporas togolaises, surtout que certains taxent le gouvernement togolais de faire cavalier seul dans l’élaboration et la mise en œuvre de ce noble projet, quand d’autres y voient tout simplement une manœuvre du pouvoir de Lomé de mettre sa diaspora aux pas. 

Quels sont les objectifs du HCTE ?

Selon le Chef de la diplomatie togolaise, les objectifs qui sous-tendent la création du Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur sont divers et multiples. L’on peut citer entre autres :

  • rassembler et représenter tous les ressortissants togolais résidant à l’étranger sans distinction d’origine régionale, ethnique, religieuse, sociale, de sexe et de profession ou d’opinion ;
  • promouvoir partout la défense des droits et intérêts des Togolais de l’extérieur et leur porter assistance dans le respect de la législation et de l’ordre public ;
  • assurer le lien avec l’Autorité publique du Togo d’une part et une ouverture sur les Autorités locales du pays d’accueil d’autre part ;
  • favoriser et valoriser la contribution des Togolais de l’extérieur dans tous les aspects du développement économique, environnemental, social et culturel ;
  • assurer la participation active de la diaspora aux affaires publiques du Togo ;
  • apporter les secours nécessaires aux Togolais en situation difficile et s’il y a lieu, provoquer l’intervention de l’autorité 

Le HCTE, quelle méthode de fonctionnement ?

Dans la vision de l’exécutif togolais, le HCTE, à l’instar des regroupements des diasporas d’autres pays de la sous- région, sera une instance fédérative, inclusive et représentative de toutes les associations des Togolais vivant à l’extérieur. Il sera un organe consultatif de statut associatif, non partisan, non discriminatoire et à but non lucratif et comme tel ne sera affilié à aucune obédience confessionnelle, philosophique ou politique. Les membres exerçant les missions dudit conseil à l’échelle de leurs pays de résidence, sont élus suite à l’élection des Délégués Pays, représentant les Togolais expatriés de leur pays de résidence. 

Le HCTE sera composé de trois (3) organes à savoir : l’Assemblée générale, les groupes de travail permanents et le guichet diaspora. L’Assemblée générale aura pour mission d’étudier toutes les questions inscrites à l’ordre du jour et portant sur les grandes orientations du HCTE. Elle formulera des propositions afin de fournir au gouvernement, des recommandations. Les groupes de travail permanents seront animés par soixante-dix-sept (77) « Délégués Pays ». Ces 77 Délégués Pays, répartis dans quatre (4) zones- Afrique (45), Europe (19), Amérique (6), Asie-Océanie (7)-, seront chargés d’étudier les principales questions touchant les Togolais et Togolaises de l’extérieur dans leur pays d’accueil. Le guichet diaspora sera un organe technique d’appui du HCTE. Il sera doté de quatre (4) membres placés sous l’autorité du ministère des Affaires étrangères. Le mode d’élection des Délégués Pays du HCTE se fera en ligne. Tous les Togolais de la diaspora peuvent prendre part à ce vote ou même postuler au poste de Délégués Pays. Les candidats au poste de Délégués Pays postulent en ligne en complétant un formulaire de candidature permettant notamment d’évaluer leurs capacités à assumer les missions assignées aux membres du HCTE. Une fiche de missions et de profile est établie à cet effet. 

Un projet à polémique ?

Si le projet de création du Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur vise à terme à rendre effectif le vote de la diaspora (disposition prévue par la constitution de 1992, ndlr) tant réclamé par cette dernière, il importe de souligner qu’il porte en lui pour l’heure, tout sauf les germes de consensus. Plusieurs clans et interprétations sont légions.

Pour certains, ce noble projet se doit d’être expliqué en amont aux principaux concernés que sont les Togolais de l’extérieur à travers une démarche scientifique, inclusive et participative avant même l’ouverture des candidatures. Ceci dans l’optique de dissiper les différentes zones d’ombres et gagner l’adhésion massive à travers la prise en compte des observations, propositions et suggestions des uns et des autres.

D’autres (réfractaires audit projet, ndlr) voient en cette initiative, une malice du pouvoir de Lomé afin de disposer une base de données des informations, aussi privées soient-elles, sur chaque Togolais vivant à l’extérieur et de s’en servir au besoin surtout de façon négative.

D’autres encore subodorent qu’une fois le processus lancé et poussé à un niveau supérieur, l’exécutif togolais trouvera un moyen de pression et d’intimidations par l’entremise des délégués pour contraindre la grande majorité à prendre fait et cause pour le parti au pouvoir (Union pour la République UNIR, ndlr) lors des consultations électorales, une fois que le vote de la diaspora sera acté.

Tout remettre à plat ?

Des voix s’élèvent dans la foulée pour critiquer « l’éternel esprit de critique » dont font preuve la plupart de cette diaspora togolaise qui voient toujours le diable dans toute initiative venant du pouvoir de Lomé mais qui peinent paradoxalement à faire des propositions concrètes en lieu et place. Tout recommencer, peut-être oui, mais encore faut-il s’appuyer sur les bonnes personnes (physiques ou morales, ndlr) pour mener à bien et à son terme ce projet, passage obligé pour parvenir au vote de la diaspora togolaise. C’est ainsi que des suggestions se font au sein des avertis de la diaspora togolaise dont celle du célèbre chroniqueur Kodjo EPOU ( lu sur le site icilome.com, ndlr) retient l’attention : « Parce que personne ne doit tricher ou bomber la poitrine sur ce chapitre, je suggère que notre compatriote kag Sanoussi (France), expert en intelligence négociationnelle, spécialiste de gestion des conflits et des négociations complexes, utilise ses immenses talents pour rapprocher les points de vue sur le projet HCTE, autour d’une table, de préférence en France, sous forme d’une réunion de concertation et d’échanges entre les délégués du ministère des AE et les représentants des associations de la diaspora. Objectif: trouver un accord, entre autres, sur comment organiser une co-gestion du “data base” du système de recensement. »

Il urge donc de recadrer le processus devant aboutir à la mise en place du Haut Conseil des Togolais de l’Etranger. 

 

Selon le programme du gouvernement togolais, le processus électoral démarré le 15 Juillet 2019 dernier devra se terminer par la publication des résultats le 15 octobre 2019 et l’installation du Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur devra avoir lieu lors du Forum Economique de la Diaspora Africaine prévu les 28 et 29 novembre 2019 à Lomé.