Tikpi Atchadam, l’homme par qui le 19 août s’est produit au Togo continue d’engranger de précieuses victoires malgré son absence physique de la scène politique depuis quelques mois. Sur le chapelet de revendications posées au départ, la plupart se concrétisent. Le pouvoir de Lomé vient encore fraîchement de lâcher du lest sur l’épineuse question du vote de la diaspora avec à la clé un projet de loi adopté en conseil des ministres. Une prouesse jamais réalisée par un leader politique togolais.

Connaître l’homme

Son nom restera à jamais gravé dans les annales politiques du Togo, l’histoire retiendra surtout de lui qu’il a été cet homme politique qui a pu obtenir des avancées sur des questions importantes. Tout le monde se rappelle encore son irruption dans l’arène politique ; c’est l’homme qui a rompu avec une monotonie certaine dans laquelle les vieux briscards de la politique s’étaient plongés et enlisés sans aucun résultat pendant plusieurs années. Tikpi Atchadam est le Président National de la formation politique PNP (Parti National Panafricain, ndlr). Il était l’homme par qui s’est déclenché le mouvement du 19 Août 2017 à travers plusieurs manifestations simultanées sur l’ensemble du territoire national, manifestations violemment réprimées par le pouvoir de Lomé.

Les revendications

Au rang des revendications posées par le leader du PNP figurent essentiellement: le retour à la version originelle de la constitution du 14 Octobre 1992 avec les conséquences qui en découlent ou à défaut, la limitation du nombre de mandats présidentiels à 5 ans renouvelable une seule fois, le scrutin à deux tours pour les élections présidentielles, le vote de la diaspora, la tenue effective des réformes constitutionnelles et institutionnelles, la libération de tous les détenus politiques

Qu’est-ce qui est fait depuis lors ?

Pour nombre d’analystes politiques, le mouvement du 19 Août aura provoqué un grand déclic sur la scène politique togolaise. Non seulement il aura conduit à la redistribution des cartes, mais a aussi contraint le pouvoir à poser des actes jugés « courageux ». Par voie parlementaire (tel que recommandé par la feuille de route de la CEDEAO, ndlr) la majeure partie des réformes constitutionnelles a été opérée avec notamment la limitation du mandat présidentiel à 5 ans renouvelable une seule fois, le scrutin uninominal majoritaire à 2 tours, la libération de la plupart des détenus politiques, la tenue des élections législatives, l’effectivité du processus de la décentralisation avec la tenue des élections locales et la passation de flambeau entre les Délégations Spéciales et les Maires.

L’épineuse question du droit de vote de la diaspora, bientôt une réalité ?

Tikpi Atchadam était porteur d’un nouveau mot d’ordre et de nouvelles revendications. Aujourd’hui, malgré son absence (exilé au Ghana, voisin de l’Ouest du Togo, ndlr) le pouvoir vient de satisfaire une de ses exigences majeures, le vote de la diaspora. Pendant que tous les autres politiques avaient oublié ce leader hors norme qui allait leur ravir la vedette, et sont retournés à leur besogne électoraliste, le pouvoir, lui, ne l’a pas oublié.

Le vendredi 18 Octobre 2019, en conseil des ministres, la question du vote des togolais de l’extérieur a fait l’objet d’un projet de loi. Si les choses se précipitent, les togolais de l’extérieur pourraient voter lors des prochaines élections présidentielles.

Qui l’eût cru ? Un sujet qui n’avait jamais été évoqué par les caciques de l’opposition durant leurs myriades de manifestations publiques est sur le point de trouver solution. Et le mérite en revient à l’homme de Kparatao (village natal de Tikpi Atchadam, ndlr). Depuis le Ghana où il est donné en exil, Tikpi Atchadam vient encore de marquer un précieux point. Pourtant, son avènement sur la scène politique aura été très éphémère mais assez efficace.

Que reste-t-il à 4 mois du premier tour du scrutin présidentiel ?

S’il est une chose qui met du doute dans le cœur de nombre de Togolais, c’est bien la non-participation du parti de Tikpi Atchadam aux joutes électorales depuis sa création et surtout depuis le mouvement du 19 Août. Pourtant l’alternance politique a été toujours clamée par ce leader. Les élections présidentielles pourraient se tenir en Février 2020. Ce qui est sûr, selon les dispositions constitutionnelles en vigueur, son parti s’il le désire pourra positionner un candidat sauf lui (puisqu’ayant été lui-même absent du territoire à plus d’un an avant la tenue du scrutin, ndlr).  

Quelle victoire engrangera-t-il encore dans l’avenir ? On ne saurait le dire, mais il est certain que son passage par la politique a permis de secouer le cocotier…