Ils sont plus de 200 ces cybercriminels et ritualistes béninois communément appelés « Gaymans » ou « Léwé » à être mis aux arrêts sur le sol béninois et togolais en l’espace d’un mois. Jeudi 5 Avril 2018, une autre vague prise dans les mailles de la police togolaise a été remise aux autorités béninoises. Cette dernière prise porte, à plus de 30, le nombre de ces « Gaymans » arrêtés au Togo et remis à la police béninoise et à plus de 200 ceux pris dans les mailles de la police des deux pays. Dans quelques semaines, la police béninoise a lancé l’opération « Rambo » à l’encontre des cybercriminels. Poursuivis jusque dans leur dernier retranchement, certains ont trouvé refuge au Togo. Ces jeunes, hommes et femmes (dont l’âge est compris entre 17ans et 35ans, ndlr), à la recherche d’une richesse rapide et facile ont recours à des pratiques rituelles qui requièrent le sang humain. Ces derniers après avoir tué leurs victimes offrent leur sang aux fétiches qui devraient, dit-on, leur vomir des billets de banque en retour.

Origine

Au Bénin, les cybercriminels sont habituellement connus sous le nom de « Gaymans » (la première arnaque au moyen d’internet au Bénin date de 1997, ndlr). Malgré la loi, la police locale n’est pas outillée pour traquer les cyberdélinquants. Pendant ce temps, la liste des victimes et des modes opératoires s’allonge.

Les premières méthodes d’escroquerie concernaient les réseaux de jeunes se faisant passer pour des homosexuels, pour appâter des personnes de la même orientation sexuelle dans les pays occidentaux, d’où le nom de « Gayman » donné à la plupart des cybercriminels opérant à partir de ce pays.

Le phénomène se caractérise par des arnaques en ligne par des individus sans connaissance particulière en informatique, mais avec de solides atouts en psychologie. Ces derniers copiaient sur Internet des photos de jeunes hommes (souvent beaux et musclés, ndlr) à la recherche de l’âme sœur.

Catégories

Il en existe trois catégories de cybercriminels selon les chercheurs.

La première est celle de ces jeunes qui n’ont pas un emploi légal connu et qui ne fréquentent que les cybercentres ou qui sont toujours avec leur ordinateur portatif et qui ont un train de vie largement au-dessus de la moyenne. Ils changent de motos ou de voitures. Ils peuvent disparaître du quartier pendant des mois et réapparaître pour faire croire aux gens qu’ils étaient en France ou à Abidjan, alors qu’ils étaient en prison ou en cavale.

La deuxième catégorie est celle des jeunes qui vont, soit au collège, soit à l’université, ou qui ont un emploi mais s’adonnent à la cybercriminalité et à divers autres actes d’escroquerie.

La troisième catégorie de jeunes qui sont embauchés souvent par les cyber-bandits de la première catégorie ou deuxième catégorie et qui jouent le rôle d’assistants. Ce sont eux qui vont récupérer l’argent à la banque, qui jouent le rôle de secrétaire, d’avocat, de notaire pour confirmer au téléphone que le patron ou ‘‘son client est quelqu’un de ‘‘bonne foi’’.

Méthodes

Il s’agit le plus souvent de propositions de prêts, voire de dons ou d’offres de ventes assez diversifiées diffusées sur des sites internet, ou parfois envoyées sous forme de spams aux internautes. Les offres de vente vont des appareils électroménagers aux métaux précieux en passant par les téléphones portables, les ordinateurs, les véhicules, voire les animaux ou les domaines fonciers.

Ces méthodes vont se diversifier pour s’étendre au love chat, au porno-chantage, puis à des montages complexes de fausses affaires.

Quand « Kinsinsin « et « Gaymanie » font bon ménage

Ce qui a véritablement changé, c’est qu’à force de reportages et autres sensibilisations, l’appât attire de moins en moins. Alors en bons Béninois, les acteurs ont voulu associer un coup de pouce spirituel. D’où le ‘‘Kininsin’’, un esprit qui leur garantit la crédulité de leurs potentiels clients et la prospérité. Sauf que ‘’Kininsi’’ est une chevronnée sangsue qui ne boit que du sang humain. Ce qui justifie ces dernières années une partie des disparitions et homicides enregistrées au Bénin. Le gouvernement Talon s’étant levé contre le phénomène, les Gaymans ont débarqué ces derniers jours, par centaines à Lomé. Et l’esprit ‘‘Kininsinesque’’ même expatrié ne peut rester à jeun, les crimes rituels se sont multipliés au Togo. Un cadavre sans tête ici, un corps de jeune femme sans parties intimes là-bas…

La recrudescence macabre a révolté les Togolais (qui s’en sont pris aux Gaymans, brûlants quelques-uns, ndlr).

Vers une dimension continentale ?

De 2005 à 2010 notamment, selon une étude menée conjointement par les autorités béninoises et nigérianes, le nombre de jeunes quittant les bancs au profit des cybercafés a considérablement augmenté surtout dans les pays comme le Bénin, le Togo, le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Burkina-Faso etc… De nos jours encore, les nombreuses descentes de la police ne découragent pas les malfaiteurs.

L’extrême pauvreté qui caractérise le continent africain et la mal gouvernance dont souffrent plusieurs pays constituent dangereusement des facteurs favorables à la « Gaymanie » et au « Kininsinsin » un autre fléau plus redoutable que le terrorisme et les guerres puisqu’il emballe malheureusement la fine fleur de la jeunesse, relève de demain.

Il importe que les autorités prennent le taureau par les cornes pour freiner de façon drastique ce fléau qui non seulement n’honore pas la sous-région ouest-africaine mais tend à gagner d’autres pays africains.