Par Kota Wali de DRN

Quelques heures après l’annonce d’un accord sur la transition politique entre les représentants de la contestation et les généraux au pouvoir, au moins quatre personnes, un militaire et trois manifestants, ont été tués, le lundi 13, à Khartoum, capitale du Soudan. Que s’est-il encore passé ? Quels sont les derniers rebondissements de la crise soudanaise ? DRN a mené quelques investigations.

Un (1) militaire et cinq (5) manifestants ont trouvé la mort dans la soirée du lundi 13 mai à Khartoum, quelques heures seulement après l’annonce d’un premier accord sur la transition politique entre les généraux au pouvoir et les leaders de la contestation populaire pour gouverner le Soudan.Le Conseil militaire a annoncé à la presse internationale que des éléments non identifiés qui voulaient saboter les négociations entre les deux parties avaient ouvert le feu devant le quartier général de l’armée soudanaise, où se tenaitdepuis plus d’un mois déjà un « sit-in » organisé par les contestataires, tuant au passage un commandant de la police militaire et blessant trois soldats, ainsi que plusieurs manifestants et des civils. Celui-ci a précisé au cours d’une conférence de presse nocturne que « des hommes armés avaient été signalés parmi les protestataires ». Quatre personnes, dont un militaire et trois manifestants, ont été tués, selon la télévision d’État. Le premier bilan, émanant de sources médicales proches du mouvement de contestation, s’élevait quant à lui à six victimes.

Les leaders de la contestation populaire avaient repris lundi des discussions avec les militaires au pouvoir jugées cruciales pour l’avenir du pays, après trois décennies d’un pouvoir sans partage exercé par l’ancien président Omar el-Béchir. Le porte-parole des protestataires, Taha Osman avait indiqué à l’AFP (repris ensuite par France 24 et RFI) que les civils s’étaient mis d’accord sur les organes de transition et leurs prérogatives. Ces derniers seront un Conseil souverain de la Nation, un cabinet et une assemblée législative.

Le mardi qui a suivi, les discussions ont porté sur la durée de la période de transition et la composition du nouveau conseilet des deux autres organes. Le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamsedddine Kabbachi, a confirmé les termes de l’accord tout en ajoutant que les pourcentages de représentation au sein de ces organes et le délai de la transition constitueront une intense négociation car depuis la chute du régime de Omar El Béchir le 11 avril, les deux parties divergeaient notamment sur la composition d’un Conseil souverain appelé à remplacer le Conseil militaire. L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, veut qu’il soit dominé par les civils tandis que l’armée cherche à ce qu’il comprenne une majorité de militaires. En outre, les généraux souhaitent une période de transition de deux ans, tandis que les protestataires veulent que cette période s’étende à quatre ans. Et enfin, les militaires voulaient en outre garder la charia (la loi islamique) comme source de la législation pendant la période de transition alors que les révolutionnaires sollicitaient un assouplissement des règles islamiques durs et non conformes à la modernité.

Il faut rappeler que le Soudan vit dans une instabilité depuis les manifestations débutées le 19 décembre 2018 ayant entrainé la chute du dictateur au pouvoir depuis plus de trente (30) ans, après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays à l’économie exsangue. Selon une association de médecins proche de l’ALC, 90 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre depuis le début des manifestations le 19 décembre. Les autorités parlent quant à elles d’un bilan de 65 morts. L’ancien chef de l’État fait également l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), qui souhaite le voir répondre à La Haye d’accusations de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre lors du conflit au Darfour (ouest).

Le Soudan vit une phase difficile depuis des années et bien que ce printemps arabe, vent de liberté et de modernité semble l’avoir enfin touché, nous espérons que cette instabilité à la tete de l’Etat ne tardera pas trop, au risque de voir s’implanter des groupes armés terroristes comme ce fut le cas au Mali ou en Libye.