Le Conseil constitutionnel sénégalais a publié dimanche 20 Janvier la liste officielle des cinq candidats en lice pour l’élection présidentielle du 24 février. Outre celle du chef de l’Etat sortant Macky Sall, le Conseil a validé, comme la semaine précédente, les candidatures du député Ousmane Sonko, ancien haut fonctionnaire et figure montante de l’opposition, de l’ex-Premier ministre Idrissa Seck, d’un proche de l’ancien président Abdoulaye Wade (2000-2012, ndlr), Madické Niang, et du candidat du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR), El Hadji Sall.

Sont définitivement écartés les deux principaux opposants de Macky Sall, l’ex-maire de Dakar Khalifa Sall et l’ancien ministre Karim Wade.

Les motifs du rejet

L’ancien maire de la capitale Khalifa Sall et Karim Wade avaient pourtant obtenu le nombre requis de parrainages, mais ils ont été frappés par des condamnations judiciaires. Pour rejeter la candidature de Karim Wade, le Conseil avait relevé sa condamnation en 2015 à six années de prison pour « enrichissement illicite » et la mention « personne non inscrite sur le fichier électoral » sur la carte d’identité figurant dans son dossier.

Il a cette fois jugé que le recours introduit par le représentant de sa coalition et ne portant pas la signature de Karim Wade était « irrecevable », les réclamations n’étant ouvertes qu’aux candidats ou à leurs représentants dûment mandatés.

Condamné quant à lui à cinq ans de prison pour « escroquerie portant sur les deniers publics, Khalifa Sall, en détention depuis bientôt deux ans et dont le pourvoi en cassation a été rejeté le 3 janvier, est bien privé de sa qualité d’électeur et ne peut donc pas non plus se porter candidat, a estimé le Conseil, en rejetant tous les arguments de l’ancien maire de la capitale.

Khalifa Sall, qui est en prison depuis mars 2017, et Karim Wade, qui est en exil au Qatar, ont toujours affirmé que le pouvoir utilisait la justice pour bloquer leurs candidatures. La majorité a, à chaque fois, répliqué que la justice était indépendante.

Les réactions

Le Parti démocratique sénégalais (PDS, libéral), qui a investi Karim Wade et n’a officiellement pas prévu de « plan B » en cas d’invalidation de sa candidature, n’a pas réagi dans l’immédiat.

Néanmoins l’ex Président de la République et patron du parti a annoncé des actions d’envergure, allant sûrement dans le sens des jeux d’alliance, « Préparez-vous, j’arrive », c’est le message adressé aux ténors du Parti démocratique sénégalais (PDS), par Me Abdoulaye Wade, a rapporté le quotidien libération, et d’ajouter, « Ce sera mon dernier combat ».

« Naturellement, la décision qui vient d’être rendue publique par le Conseil constitutionnel, nous la rejetons totalement », a déclaré à la presse le représentant de Khalifa Sall, Babacar Thioye Ba. « Le Conseil constitutionnel n’a pas rendu une décision fondée sur le droit. Pour utiliser une image, le Conseil constitutionnel, c’est un peu la tour de Pise. Il est toujours penché du même côté, celui du pouvoir », a ajouté le conseiller de l’ancien député-maire de Dakar, radié de l’Assemblée nationale le 17 janvier.

« La seule riposte, la seule réponse, reste l’action politique », a également indiqué Babacar Thioye Ba, en annonçant que des consultations auront lieu dans les prochains jours entre candidats de l’opposition pour définir leur stratégie.

Le Sénégal, qui a connu deux alternances, en 2000 et en 2012, et aucun coup d’Etat, fait figure de modèle de démocratie dans la région. Mais des organisations internationales et régionales, ainsi que des ONG de défense des droits de l’Homme, ont dénoncé le caractère « inéquitable » de certains procès, notamment ceux de Karim Wade et Khalifa Sall, ou des restrictions aux libertés publiques.

Un second mandat garanti ?

Les décisions du conseil constitutionnel sont sans appel et comme tel, la plus grande surprise de cette élection présidentielle reste sans doute l’absence des deux plus grands partis politiques de l’histoire du Sénégal. Visiblement les dés semblent pipés en faveur du sortant Macky Sall. Cependant, Ousmane Sonko pourrait bien se présenter comme son principal concurrent et cauchemar. Ce dernier a de forte chance d’avoir le soutien des évincés pour cette bataille électorale. Il est vrai que depuis son accession à la magistrature suprême, le Président Macky Sall a permis au Sénégal de faire de grands bonds dans presque tous les domaines mais c’est sans compter avec les multiples failles relevées par l’opposition dans la gouvernance du pays. Qui pour concurrencer Macky Sall ?

Le verdict des urnes pourra départager les uns et les autres soit au premier tour le soir du 24 Février ou au second tour du scrutin qui sera programmé deux semaines plus tard.

Roger AMEGNRAN