L’authenticité de la richesse culturelle d’une nation passe par l’expression épanouie de son art. Cet art peut se présenter de plusieurs formes comme la danse, la peinture, l’oralité, la littérature, le cinéma etc. Considéré comme le 7e art,  le cinéma par sa compréhension la plus simple comme le procédé permettant d’enregistrer photographiquement et de projeter des vues animées a occupé une très bonne place dans le moyen utilisé pour aborder des sujets sensibles de nos sociétés touchant à la cohésion sociale, à la défense d’une entité ou à la protection d’un ensemble. Le Centrafrique étant à la lanterne rouge dans cette catégorie artistique, le cinémacentrafricain essaye petit à petit à se frayer un chemin avec la nouvelle génération.

Le 07 décembre 2011, la cinéaste d’origine centrafricaine Habi TOURE présentait officiellement aux autorités centrafricaines son œuvre cinématographique (Aimer malgré lui), un court métrage d’une série de douze épisodes de 26 minutes. Ce film a fait une bonne impression sur le public centrafricain par sa diffusion sur la chaine TV5 monde. La quasi-inexistence depuis plusieurs années d’un cinéma proprement centrafricain en marge du long métrage « le silence de la forêt » sorti en 2003 du réalisateur centrafricain M. Didier OUANAGARE, ou un autre long métrage mbi(Aime-moi) du réalisateur Eric SABE sorti en janvier 2019, a toujours fait étonner les amoureux du 7e art. De la flore à la faune puis des rites initiatiques et traditionnels à la crise militaro-politique, les sujets ne manquent pas pour un cinéma centrafricain riche en couleur, offensif, créatif et évolutif. Cet art pourrait avoir une puissance non négligeable dans la sensibilisation de nos populations sur les méfaits de certaines pratiques nuisibles à l’entente sociale. L’appui de l’Alliance Français de Bangui (AFB) ces dernières années commence à porter ses fruits avec quelques œuvres cinématographiques réalisées par les jeunes centrafricains. Ainsi le programme Cinéma Numérique Ambulant (CNA) initié en avril 2017 par M. Serge MBILIKA a poussé les populations de certaines villes centrafricaines visitées à aimer les films faits en Centrafrique. Appuyé par l’Agence Française du Développement (AFD), l’atelier Varan présent à Bangui s’est porté aussi volontaire de former dans la session Cinéma direct beaucoup de jeunes centrafricains qui s’y intéressent.

Force est de constater que le circuit du cinéma est trop complexe car il nécessite beaucoup de moyens pour sa réalisation, production et distribution. Au même titre que la littérature et la musique, le cinéma devait occuper une très bonne place au cœur des stratégies recherchées par le gouvernement et la communauté internationale pour la sensibilisation du peuple centrafricain contre la violence et la haine. Le financement de ce secteur peut aider le centrafricain à se réconcilier. La preuve était vraiment palpable lors du Festival international de cinéma documentaire Visions du Réel de Nyon (Suisse) le film Chambre 1 de la centrafricaine Leila N’Deye Thiam révélant les difficiles conditions d’hospitalisation dans cette période de crise militaro-politique , a retenu l’attention du public et du jury.

Le documentaire Zone III de la réalisatrice Pascale GABYmontrant les conditions précaires des déplacés de l’aéroport de Bangui M’Poko a été projeté au cinéma le Méliès en France le samedi 23 février 2019. Ce pays en quête de tranquillité se doit d’utiliser tous les moyens pour se faire entendre et présenter sa situation chaotique aux yeux du monde. De très beaux jours s’annoncent pour les amoureux centrafricains du 7e art. Les films peuvent recréer la prise de conscience contre la destruction à petit feu de notre cher pays le Centrafrique. Ce pays n’est pas que la violence qu’il s’agit, le pays regorge de beaucoup de potentialités en art quin’attendent qu’à être soutenues. Le gouvernement a ce devoir de faire la promotion de ce secteur en organisant des concours permettant aux lauréats d’avoir des bourses pour aller étudier dans certaines grandes écoles du cinéma en Afrique. Le directeur de l’Alliance Française de Bangui M. Olivier COLIN avec les Ateliers Varan et le réalisateur français Boris LOJKINE sont d’un soutien capital, organisant des séries de stages destinés à de jeunes centrafricains. Ces stages les motivent à persévérer sur cette lancée afin de produire des films respectant les critères et normes de cet art.

Le colloque international du cinéma prévu à Bangui en septembre 2019 a pour un thème révélateur : ‘’le cinéma, un outil pour la promotion des droits de l’homme et la paix en Centrafrique’’.  Nous félicitons l’Alliance Française de Bangui (AFB) qui a pu doter cette génération créative en infrastructure cinématographique : une salle de projection de cinéma de 325m2 avec une capacité d’accueillir 400 personnes assises et 1000 debout inaugurée ce 2 février 2019.

Silence plateau ! Ça tourne.

Le Centro Rassembleur