POUR LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE TOUJOURS

Comme de coutume et pour partager plus largement avec mes Compatriotes et ce quelle que soit ma position dans la structure de l’Etat, je prends, de nouveau, la plume comme Michel GBEZERA-BRIA, citoyen d’un pays, mon seul pays, la République Centrafricaine.
Car, tant qu’elle tiendra debout et même toute tremblotante, cette plume, exclusivement centrafricaine, griffonnera pour elle.
Je sais  et en suis coutumier : voulant me couvrir des chapeaux qu’ils auront teintés de la couleur de leur choix, certains feront tinter les casseroles que je traine depuis que je suis au service de cette République Centrafricaine après les avoir vidées sans savoir ce qu’elles contenaient.

En plus d’avoir été traité d’opportuniste qui ne signifie pas grand-chose, j’ai été nommé d’ « inodore » et d’ « incolore ». J’ai répondu : je souhaite pour la République Centrafricaine un Etat incolore, inodore fort et rassembleur qui ne distingue pas ses enfants. Mu par l’intérêt général cet Etat s’imposerait avec grande fermeté, grâce à ses agents de haute qualité et dévoués, à ces intérêts catégoriels, armés ou pas, qui sont un péril pour notre pays.
Les éléments fondamentaux de cet intérêt général sont le territoire et la qualité de Centrafricain. Point. Pas d’autre qualité. Car, l’Etat demeurera pour longtemps encore la main vigoureuse qui porte l’espérance pour notre survie là où nous sommes et l’espérance de la majorité des Centrafricains et surtout des jeunes à la quête de la réalisation d’un idéal.
Un Chef d’Etat m’a reproché mon manque d’engagement politique à ses côtés parce que je n’appartenais pas à son parti. Apparemment, ma mission d’essayer de tenir son cabinet, service public, au péril de ma sécurité, ne suffisait pas. Il me fallait, en plus, prouver ma loyauté, cette loyauté de claquette des mains même sans conviction. Je ne me le devais pas.
Un parti porte une vision et c’est important. Elle entraine pour la construction d’un pays. Cependant la réalisation de cette vision, si elle parvient au pouvoir, ne dépend pas exclusivement des membres du parti. Celui-ci nait, peut ou non grandir jusqu’à atteindre le sommet, s’anémier des fois et mourir souvent comme une rose chez nous c’est-à-dire même pas le temps de la vie courte d’une personne en Centrafrique ou perdre le pouvoir.
Or, l’Etat, cet extraordinaire guide et protecteur à travers ses institutions et notamment une administration, civile et militaire compétentes, doit continuer son chemin, toujours plus solide, imperturbable aux régimes et querelles politiques.
La permanence de cet Etat et sa fortification ne sont pas ainsi nécessairement assurées par les membres des partis politiques ; elles le sont souvent par des serviteurs « non engagés politiques » c’est à dire engagés pour la réalisation de cet intérêt général comme, de nettoyer le bureau pour le planton, de saisir une note pour la secrétaire, de soigner pour l’infirmier, d’enseigner pour le maître , de cultiver son champ pour le paysan, de pêcher pour le pêcheur, de vendre sa bouillie et son beignet pour la commerçante, de tenir le service comme le haut fonctionnaire, de protéger son Compatriote comme le policier, le gendarme ou le militaire, de faire rentrer ce puissant vecteur de la solidarité nationale qu’est l’impôt, par exemple.
Oui, peut être tiède, inodore et incolore pour un parti, mais je suis chaud et prends des couleurs pour l’Etat dont j’ai en quelque sorte la passion. Et puis un pays peut bien se conduire sans partis.
Certains verront donc dans ce nouvel écrit ce qu’ils voudront bien voir.
Fondé sur la grande et persistante inquiétude qui est mienne pour la République Centrafricaine, pour son sol, notre sol et pour le devenir du Centrafricain, voici mon propos d’échange pour cette fois-ci. Il inclura  de fréquentes redites puisque c’est la même personne qui parle et écrit depuis plusieurs années notamment sur la question de l’Etat.

L’une des conséquences de la crise de 2013 est encore la toute puissance de l’arme illégale. La dangerosité de cette arme n’est plus à démontrer qui a conquis la majeure partie de nos provinces. Obstacle à la reconstruction de l’Etat dont elle vide de son sens le monopole de la violence, cette arme inquiète notre devenir commun qui devrait pourtant maintenir et concentrer toute notre vigilance.
La présence massive des forces étrangères, malgré leur sens élevé de solidarité et de sacrifice, n’empêche pas cette affirmation. Bien au contraire.
Une clarification s’impose.
L’ONU est une organisation gouvernementale. La République Centrafricaine est membre de cette organisation dont le Secrétaire Général, fonctionnaire est un obligé de la République Centrafricaine, Etat qui le nomme à l’Assemblée générale des Nations Unies sur recommandation du Conseil de sécurité. Il a droit à des égards en tant que premier fonctionnaire international mais il n’a nullement les prérogatives d’un Chef d’Etat et encore moins son Représentant comme d’ailleurs tout fonctionnaire international, quelle que soit sa place dans la hiérarchie de l’organisation.
Les forces chez nous tiennent ainsi non pas de la volonté du Secrétaire Général des Nations Unies mais de la volonté des Etats et de celle de la République Centrafricaine. Le Représentant du Secrétaire Général traduit donc sur le terrain la volonté des Etats dont celle de la République Centrafricaine.
Il n’est nullement un proconsul qui, à la tête d’une armée, gérerait pour Rome en l’occurrence pour New York une province qui serait la République Centrafricaine.
Si le Représentant du Secrétaire Général ou tout fonctionnaire international, agit en proconsul en République Centrafricaine professant, opinant sur tout et même décidant, c’est parce que nous le voulons.
De telle sorte que les représentants des organisations internationales c’est-à-dire des fonctionnaires qui n’ont nulle autre autorité sur un gouvernement que celle de proposition et même les représentants des organisations non gouvernementales tiennent, chez nous, des postures étonnantes, de hauteur, qu’ils ne se permettraient pas ailleurs.
Il faut le redire et agir en conséquence : la Minusca est à la disposition du gouvernement centrafricain. L’inverse ne s’admet pas qui donnerait des pouvoirs qui ne sont pas les siens au Secrétaire Général des Nations Unies et à son Représentant, fonctionnaire, obligé de l’Etat centrafricain comme il est l’obligé de ses collègues ambassadeurs à Bangui qui représentent des Etats.
Certes la République Centrafricaine est d’une extrême faiblesse. La prise de conscience de notre juste mesure et l’humilité conséquente conduisent à ne point nous gargariser des mots de souveraineté ni d’indépendance.
Cependant les rapports de forces qui nous sont absolument défavorables ne nous empêchent pas de savoir les règles pour rechercher les voies, assurément étroites, d’éviter l’aplatissement qui n’a nullement lieu d’être.
Une Représentante du Secrétaire Général m’a convié, à pied levé, à participer à un repas chez elle alors que j’étais Directeur de Cabinet d’un Chef d’Etat. C’était comme si, ensemble à Bossangoa dans notre jeunesse, nous avions nagé dans l’Ouham ou dansé dans cette limpidité de ce clair de lune sous la merveilleuse voûte constellée de la saison sèche de ce coin de la République Centrafricaine. Non, nous ne l’avons jamais fait et quand bien même cela aurait été qu’il faut distinguer les choses. J’ai décliné l’invitation : la porte de ma maison lui était ouverte si elle avait une communication à me livrer.
Elle est venue et nous avons eu une discussion utile. Autrement dit, la représentante du Secrétaire Général des Nations unies reconnaissait la demande de l’Etat même faible que je représentais même si ma demeure était une masure par rapport à sa résidence. De toutes les manières, il faut recevoir dans les conditions de sa vie.
Je note ici par ailleurs combien il a été délicat à l’époque de faire comprendre que le Secrétaire Général qui a rendu la première visite de ce genre à la République Centrafricaine avait droit à la considération que requiert son statut sans aller jusqu’à lui conférer celle d’un Chef d’Etat, à lui dérouler le tapis rouge. Le tapis rouge pour les représentants des organisations internationales est d’honorer les obligations que nous avons vis à vis d’elles comme Etat membre.
En conséquence de ce qui précède, le Représentant du Secrétaire Général ainsi que le Chef de la force des Nations Unies ne doivent pas être la cible de nos critiques.

De nous-mêmes
La cible est d’abord nous-mêmes puisque le fonctionnaire international civil ou militaire vous dira, avec grande raison, ceci : quelles sont les instructions de la République Centrafricaine ou si l’on préfère qu’attend la République Centrafricaine de leur organisation ?
Notre position doit être connue avec clarté, précision et fermeté même dans notre état de faiblesse. En effet comme partout, l’absence de position ou la faiblesse de la position interne est une aubaine d’être comblée évidemment par la position extérieure. Toute attitude qui tiendrait d’un complexe d’infériorité, comme si le représentant de l’Etat était l’obligé du fonctionnaire international ou du représentant d’une ONG ne se justifie pas.
Or, une chose est d’être conscient de sa faiblesse et une autre est d’être complexé car, on peut tirer de sa faiblesse une position de non complexe puisque la conscience de soi, de ce que l’on est, génère la confiance en sachant où on va, avec décision.
C’est justement parce que nous sommes faibles que notre « oui » et surtout notre « non » peut prendre de la valeur parce que nous aurons construit une vision claire, fondée sur la prééminence de l’intérêt général pour lequel nous nous serons payés les premiers efforts pour le préserver. Ceux-ci sont un puissant appel et stimulant pour l’extérieur certes mais avant tout pour nous-mêmes. En effet, dans un pays sous scolarisé comme le nôtre, l’exemple de la valeur positive est découplé et est entrainant pour la réalisation de ces efforts premiers internes avant de recourir à l’extérieur.
C’est ici le lieu de souligner que la confiance sinon la prééminence accordée à l’étranger ces vingt dernières années, même dans les domaines de la souveraineté comme les affaires étrangères et la défense interroge gravement. Elle soulève la question essentielle de la confiance du Centrafricain en lui-même et du Centrafricain envers l’autre centrafricain.
Négligeant souvent qu’il y a des mécanismes pour vérifier la qualité de l’étranger et ce bon sens qu’  «  à bon mentir qui vient de loin », la parole de l’étranger vendant mirages et miroirs aux alouettes, est tenue d’office de crédible, Ce point mériterait un autre développement.
Ce n’est donc pas au Secrétaire Général ni à son représentant qu’il faut s’adresser mais à nous- même. C’est le premier palier, fondamental
Munis de notre position, le second palier est celui-ci : les Etats. D’abord ceux qui sont membres du Conseil de sécurité en distinguant les membres permanents qui ont droit de véto et les non permanents. Et les circonvenir en amont avant toute décision du Conseil.
En aval, maintenir un dialogue constant avec les Etats qui se sont penchés concrètement sur la République Centrafricaine. Un sort particulier sera alors réservé à ceux qui, disposent des hommes civils ou militaires sur le terrain.
Cette approche n’est évidemment pas exclusive de tout autre contact qui pourrait soutenir notre position.
Cependant, que nous le voulions ou ne le voulions pas et toute sensibilité qui n’a rien à voir avec les affaires de l’Etat et qui tiendrait du passé écartée, un constat s’impose. Pour nous, la France, membre permanent du Conseil de sécurité est la pierre angulaire de notre action. Je ne le dis pas parce que je suis Ambassadeur en France puisque je l’avais déjà souligné en République Centrafricaine mais la réalité le commande.
En effet, ce pays, puissance nucléaire qui va dans l’espace veut garder son rang des premiers dans le monde ! Nous qui sommes dans les derniers demandons à mettre en valeur ce dont nous disposons pour satisfaire ces besoins élémentaires de la population qui ne sont plus les préoccupations des premiers comme celle d’éradiquer le paludisme et de faire aller le maximum possible de nos enfants à l’école dont l’avenir est sujet de grande préoccupation avec toutes ces crises.
Il y a certainement des pans pour promouvoir un partenariat plus dynamique surtout que nous appartenons à ce monde francophone.
A condition évidemment que de part et d’autres, nous soyons conscients que nous sommes en 2000 et non en 1960. Pour mon pays, l’ouverture est nécessaire certes mais il faut partir d’une base qui est celle de construire une économie avec les sociétés notamment françaises qui n’exclut nullement le multilatéralisme même pour les affaires.
Sur ce point de la France et de la République Centrafricaine, je renvoie à mon vieil article publié dans le journal « Le Confident » qui s’intitule «  de la République Centrafricaine, de la France et de la francophonie » où je débattais entre autres des relations de notre pays avec la France. Je rappelais à l’occasion ce mot qui serait de Montesquieu à savoir qu’il faut toucher aux lois d’une main tremblante. Il en de même des conventions et des alliances internationales.
Par ailleurs, le devoir de mémoire ne doit pas être invoqué seulement par la France pour notre participation aux guerres mondiales et coloniales. Même si notre pays peut trouver beaucoup à redire sur la France à son égard, nous avons également un devoir de mémoire vis-à-vis d’elle qui, à divers titres, a sauvé des vies centrafricaines au prix de la vie de ses enfants.
Elle vient en ce mois de septembre 2017 de réaffirmer son soutien à la cause de la République Centrafricaine. Cette voix porte et il convient de continuer à la capitaliser.
Après la terrible guerre civile pour la fin de laquelle la France a puissamment concouru, le Cameroun, notre voisin, avec sa discrétion habituelle et sourcilleux de soi, est un exemple.
D’abord d’Etat dont le symbole n’est pas un mot creux. Au cours d’une cérémonie, j’ai été frappé par le respect accordé au Directeur adjoint de cabinet qui représentait le Chef de l’Etat. Normal puisqu’à travers la personne de ce dernier, c’était le Souverain qui était présent. Or, chez nous, le formalisme qui induit que le dépositaire de l’autorité, quel qu’il soit, doit être respecté ainsi que la distance nécessaire à la préservation et à la protection de cette autorité semblent avoir disparu.
De telle sorte que l’absence ou le mauvais fonctionnement des échelons inférieurs associés à la méfiance même si ces échelons qui tamisent sont compétents, on tient absolument à soumettre des cas insignifiants même d’intendance au Chef de l’Etat qui, parfois joue le jeu.
Or, la protection d’un Chef d’Etat n’est pas seulement ceux qui portent les armes ; celle-ci est aussi assurée par ces civils qui, dans le fonctionnement régulier de l’Etat, sont les paravents et encaissent les réprobations. Cette protection induit également la question de confiance et de la capacité de savoir déléguer, d’être vraiment le recours ultime et non de se disperser dans le détail.
Ensuite, le Cameroun est aussi un exemple de construction économique dans le silence avec un tapis des entreprises françaises. Le mérite de ce tapis est, entres autres, de renforcer la confiance des investisseurs et en même temps d’être aussi un aimant qui attire les entreprises autres que françaises. J’ai été frappé par la publicité d’investir au Cameroun sur la télévision canadienne. Même de la banane grillée venant de ce pays se vend dans un super marché de Bangui !
En visite officielle en France, le mot d’un Chef d’Etat d’un pays anglophone a été d’instruire le corps diplomatique africain venu l’accueillir à l’aéroport d’inciter d’abord les entreprises françaises à investir en Afrique et ensuite, sous forme de boutade, de boire avec elles du champagne puisque nous sommes en France. Toute une approche différente !
Oui, faire des affaires, des vraies avec des structures qui emploient et paient leurs impôts, dans un contexte de sécurité générale et notamment juridique que nous souhaitons vivement voir revenir.

Ministère des Affaires Etrangères
Les considérations sur le fonctionnaire international ne sont pas nouvelles. Le département compétent, le ministère des Affaires Etrangères les possède. Encore faudrait qu’il les fasse approprier par les autres. Car, je sais un peu ce qu’il en coûte que d’être passé quatre fois par ce département.
Département phare, il attire. La diplomatie est la parole souveraine d’un pays portée par le Chef de l’Etat et par délégation le ministre des affaires Etrangères quelle que soit son rang dans la hiérarchie gouvernementale. Même au bas de l’échelle gouvernementale, la voix du ministre des Affaires Etrangères a primauté sur celle de ses collègues.
Je reviens d’une visite en Asie avec un Chef d’Etat. J’avais encore des cheveux, le ventre plat et la tête de l’étudiant. Dans notre délégation, des gradés dont un Ministre d’Etat et des ministres qui me précédaient dans l’ordre protocolaire centrafricain.
Escale à Paris sur le chemin de retour. Le protocole français me réserve un sort spécial : voiture avancée avec motard. Seul dans la voiture je ne boude pas un certain plaisir d’avoir été distingué, non pas GBEZERA-BRIA mais Ministre des Affaires Etrangères parmi les gradés qui pour certains, on m’aurait pincé le nez que le lait allait encore couler. Puéril plaisir mais plaisir quand même.
Mais ce phare qu’est le ministère des Affaires Etrangères qui devrait être constamment allumé est parfois obscurci ou s’allume avec intermittence.
Car, ce département est aussi un souffre- douleur : quand cela va, on en a cure et quand ça va mal même quand il n’est ni concerné ni consulté, c’est de sa faute. Alors, les points de vue péremptoires négatifs pleuvent. J’ai, ministre des Affaires Etrangères, refusé d’aller à une Assemblée générale de l’ONU tant il a été souligné le caractère budgétivore de la mission mais surtout de ce que cette assemblée n’apportait rien de « concret ».
Dommageable quiproquo et perception absolument erronée des relations entre Etats!
J’ai, au demeurant dans « Le Citoyen », discuté de cette question de « concret » quand ce journal a estimé que les voyages des Premiers Ministres n’apportaient rien de « concret » à la République Centrafricaine.
Ainsi, de mon temps, la voix de la République Centrafricaine, s’est parfois dispersée, exprimée par des départements techniques qui, sans relation avec le département des affaires étrangères, jugeaient de la qualité de nos relations avec les Etats tiers.
Des fois, cette voix est même portée, pire, publiquement par des conseillers des Chefs de l’Etat. Une ligne ici.
Directeur de cabinet de deux Chefs d’Etat, je ne cessais de souligner aux conseillers ces traits qui devraient être les nôtres : disponibilité et discrétion voire effacement ; efficacité et courage de la franchise polie car porter la vérité à un prince est parfois péril surtout si l’écoute, difficile, est aussi méfiante ; respect aux membres du gouvernement auxquels nous ne devrions pas nous substituer, quels que soient nos titres et notre proximité avec le Souverain.
Car, ce sont les membres du gouvernement qui engagent l’Etat, engagent leur responsabilité devant la nation notamment devant l’Assemblée nationale ; ils engagent même leur sécurité et celle de leur famille parce que appartenant à l’Exécutif c’est-à-dire appelés à prendre constamment des décisions parfois difficiles, impopulaires mais nécessaires pour la vie d’une nation.
Même si elle participe de la gestion d’un pouvoir dont l’essence est de se conserver et de ne pas être partagé, la doublure du gouvernement par le cabinet du Chef de l’Etat est souvent source de confusion. Elle est une gêne pour la gestion sereine, organisée des affaires de l’Etat. Obstacle d’autant plus grand que si, à la concertation et la coordination manquantes, s’ajoutent des ambitions et des suffisances personnelles, enflées sous le prétexte de la proximité avec le Chef de l’Etat.
Le sommet de cette confusion a été atteint sous l’Empire avec le gouvernement du Premier Ministre PATASSE et la Cour impériale dirigée par un Ministre d’Etat. C’est vrai, un pouvoir fort tremblait et une ambition se pointait.
En tout cas, la multiplicité des voix nuit à l’unicité de notre parole diplomatique. Or, la voix d’un pays est d’autant plus écoutée à l’extérieur qu’elle reflète un consensus au niveau national comme une grande plume l’a soutenu.
La difficulté récurrente donc pour le département des Affaires Etrangères est de convaincre qu’il est outillé pour précéder, permettre de conclure et suivre. J’insiste sur le suivi de la parole nationale et étrangère surtout quand elles se sont échangées car, ce suivi est un gage de crédibilité.
Si ma mémoire ne me trahit pas, au Mali, le ministère des Affaires Etrangères est voisin de la Présidence : tout un symbole de la confiance et de l’importance accordée aux relations internationales.
Je précise ceci : la souveraineté du Chef de l’Etat de confier des missions notamment dans le domaine de la diplomatie à des tiers n’exclut nullement l’impérieuse nécessité de l’unicité de la voix centrafricaine que devraient renforcer ces missions ponctuelles.
De toutes les manières, la multiplicité consolide notre faiblesse.
En l’espèce avec les organisations internationales et notamment la MINUSCA, l’attitude de la République Centrafricaine doit être une. Toute action individuelle est sans impact ou d’impact insignifiant car c’est de l’agitation. N’est alors pas loin le haro sur l’agitateur. En effet celui-ci non seulement n’aura rien compris puisque baudet mais encore n’aura pas saisi qu’il pouvait être le mouton noir à être sacrifié.
Premier Ministre, je ne pouvais pas accepter la difficulté pour l’ Etat d’assumer ses devoirs régaliens. Même l’oxygène manquait dans les formations hospitalières. Avant que le gouvernement ne s’intéresse de près au secteur forestier, je me remémore mes gesticulations pour que les diamantaires s’acquittent de ce qu’ils doivent à l’Etat. J’ai découvert alors la puissance et l’imbrication des intérêts nationaux et extérieurs. Et bien sûr je me suis planté.
Mais je radote et reviens à mon sujet à savoir qu’il faut donc chercher à connaitre, les Etats qui interviennent chez nous et les circonvenir, de façon permanente, en amont et aval une fois notre vison définie.

Des intérêts
Mais s’adresser à un Etat tiers veut ce minimum : quels sont les intérêts de ces Etats ? Quels sont ceux des pays qui ont envoyé leurs citoyens notamment des soldats en République Centrafricaine ? Quelle est la nature de leur régime ? Quelles sont leurs alliances ? Quelle est leur place en Afrique et quelle est leur idée de la République Centrafricaine ?
Se poser ces questions revient à cette simple observation que je ressasse : tout soldat sur un sol étranger est d’abord et avant tout le bras armé de son pays. Il est l’expression d’une politique.
Mais le soldat étranger peut également être l’expression de la politique d’un Etat tiers parce qu’un intérêt peut cacher un autre.
Car, je me répète, toute action d’un Etat vis-à-vis d’un autre, qu’elle soit directe ou indirecte, de parole ou de silence, est toujours un acte de politique étrangère ; celle-ci poursuit un intérêt qu’il convient, de manière assidue, de chercher à discerner au regard de son propre intérêt. Si les deux intérêts, intérieur et extérieur, sont complémentaires, il faut œuvrer à renforcer cette complémentarité et s’ils sont divergents ou contradictoires, œuvrer à les rendre moins divergents ou contradictoires.
C’est le rôle de la parole diplomatique, ferme à l’occasion, sans éclat, sans fanfaronnade, discrète en dehors des lumières et des micros souvent contreproductifs en ayant toujours à l’esprit le rapport des forces et la sauvegarde de l’honneur des Etats.
Notre parole pourrait être celle-ci :
Notre intérêt, à nous Centrafricains est de vivre en paix dans notre Patrie, entière, de préserver la vie et l’avenir du Centrafricain avec un bon dispensaire de proximité, une bonne école de proximité, en développant une économie dont la mamelle est l’agriculture et l’élevage, la forêt et cette richesse minière connue.
Nous ne grignotons pas les frontières ni ne lorgnons sur les richesses des autres pas plus que nous ne jouons aux grandes puissances.
Vivre chez nous, avec une police, une gendarmerie et une armée qui nous protègent. De qualité, elles le peuvent et pas nécessairement de quantité.
Je le souligne à nouveau avec toute la force que me donnent encore mes vieux, cerveau, os, muscles et nerfs : un pays est protégé d’abord et avant tout par ses enfants ; un pays a le droit de chercher, par tous les moyens, à se défendre qui vont de la parole à la plume, du bec à l’ongle, des pieds à l’arme. C’est parler ainsi de la conséquence, évidente, de l’appartenance à une Patrie, à un Foyer dont la perte nous rendrait apatrides tout comme le morcellement est inadmissible.
Ce devoir et ce droit n’excluent pas la solidarité internationale armée. Cependant, ils ne s’abandonnent et ne doivent pas s’abandonner à ce genre de solidarité internationale.
La substitution de cette solidarité internationale spécifique à la nationale, centrafricaine, risque de nous porter un incommensurable préjudice. D’abord l’attachement sentimental au terroir n’est pas le même pour le centrafricain que pour l’Etranger avec toutes sortes de conséquences. Ensuite plus sont nombreux ceux qui sont mis au service de cette solidarité spécifique et plus nous perdons la maitrise sur notre destin surtout qu’enfin les intérêts extérieurs qui se bousculent sur un territoire tiers peuvent constituer une menace.
C’est pourquoi, avoir l’humilité de jauger, pour les éviter, les erreurs du passé et même du passé présent comme celles des précédentes missions militaires, est une approche peut être souhaitable. Ces erreurs sont une richesse puisqu’elles peuvent orienter autrement et positivement sans compter que tout n’a pas été que négatif dans le passé.
A mésestimer ces erreurs, rire d’elles en les personnalisant occultent toute analyse objective et approfondie. L’Etat est une continuité si possible du positif et de son renforcement dans le temps.
De BOGANDA aux différents régimes, sauf la césure de 2013, une ligne commune peut être esquissée depuis que la République Centrafricaine est la République centrafricaine que je souligne encore : la tumultueuse et brève histoire de cette République est aussi une quête combien difficile de l’affirmation de sa personnalité.
Je relève ici que, déjà, lors de la lutte pour l’indépendance, le MESAN a gardé son indépendance en refusant d’être une section du RDA alors implanté dans la plupart des colonies francophones.
C’est connu : la première visite à l’extérieur du Président DACKO a été Israël suivie des années plus tard par le Président KOLINGBA. C’est connu aussi que la République Centrafricaine avec le Tanganyika du mwalimu, maitre, Julius NYERERE a été l’un des premiers africains à reconnaitre la République Populaire de Chine comme est connu le réalisme de la politique étrangère du Président BOKASSA.
En effet, en dépassant les hommes, les erreurs des dirigeants et peut être même les fautes, on aboutit à ceci : ces régimes ont essayé sauf donc cette notable exception de 2013, d’apporter leur touche à l’affirmation de cette personnalité.
Mais, ils se sont heurtés, se heurtent et se heurteront à l’impitoyable réalité des rapports de force. C’est ainsi aussi aborder le partage du monde en zones d’influence. La question est de savoir comment capter en notre faveur les forces plus puissantes puisque ces forces ont besoin des moins puissantes comme la nôtre pour diverses raisons dont la première est économique.
Surtout en cette période où l’Afrique refait l’objet de grandes convoitise et rivalité qui ne se limitent plus à l’Europe.
En conséquence, la République Centrafricaine doit regarder par-delà la bannière internationale de l’ONU et scruter les pays qui sont chez nous derrière ce drapeau.
Au demeurant, cette bannière peut être royalement mise de côté ou méprisée. Les grandes puissances le démontrent qui ont traité la plus importante des organisations internationales de « machin » ou frappé son pupitre avec une chaussure ou gardé leur souveraineté de commandement même sous la bannière.

De la contradiction
Sur notre sol, d’ un côté, il y a donc cette présence massive des forces étrangères, volonté des Etats et donc des intérêts ; d’un autre côté, face à ces forces, persistent l’insécurité qui ne finit pas de causer des morts, des souffrances, des déplacés et des exilés ainsi que, l’émiettement du territoire et la fragilisation de l’autorité de l’Etat. C’est pourquoi, il me parait légitime, à moi Centrafricain, de continuer de lever cette contradiction.
On forme nos soldats ! On restructure notre armée. C’est bien et cela prendra le temps que cela prendra ! Mais en attendant, l’existence d’une République centrafricaine entière est mise en péril par des hommes dont on ne sait pas dans quelle académie ils ont été formés tout en disposant de formidables armes alors que les formés sont bras ballants.
D’une part, au profit de l’illégalité, la puissance de feu et son renforcement avec pour conséquence des tragédies humaines et un territoire qui se morcelle.
D’autre part, au détriment de la légalité, l’impuissance et la déliquescence de feu avec pour conséquence l’impossibilité d’assumer l’une des missions essentielles d’un Etat, la protection de son citoyen et de son sol. Il est trop aisé dans ces conditions de rendre responsable un gouvernement démuni de la puissance de feu.
Kaga Bandoro comme Bangassou, Bocaranga entre autres nous le rappellent avec éclat. Comme si on voulait créer de nouveaux rapports de force au détriment de la légalité.
Mon inquiétude, grande depuis, persiste. Cette contradiction ne tient-elle pas d’un dessein ?
Notre Pays est si vaste mais si vide d’hommes ; d’autres pays sont si petits et même grands, surpeuplés. Des peuples errant, sans terre, cherchent une terre. La nôtre, est bonne, l’eau abondante. Le pâturage, aménagé peut être source de grands revenus alors que certains pays sont en quête d’eau et de fourrage en dehors de chez eux
Ces deux catégories, surpeuplés ou sans terre, ont en commun un objectif : trouver un sol, élargir leur territoire comme le nôtre qui est une aubaine. Il faudrait donc être précautionneux devant les nouvelles alliances.
Déjà, des militaires étrangers s’installeraient chez nous après avoir servi dans les forces internationales.
Le bois fait défaut à certains qui convoitent le nôtre, cet or vert !
Notre sous-sol est de grande promesse et les instruments des satellites de deux grandes puissances mondiales auraient été déréglés en survolant notre territoire dans les années 70 déjà. Il git, à ce que l’on croit, sous notre pied, dans le territoire de nos ancêtres des richesses qui seraient fort grandes. Ce sous sol révèle déjà des richesses avérées dont certaines sont exploitées.
Alors, il faut que les affaires dont les intérêts dépassent de fort loin ceux de la République Centrafricaine se fassent ! Au mépris du sang centrafricain.
Le mélange de genre chrétiens –musulmans qui maintenant est la matrice de l’analyse de la question centrafricaine et son exploitation à l’extrême, semble participer de ce dessein.
Jusqu’à preuve du contraire, notre pays est laïc et il a vécu ainsi plusieurs années avant que l’irruption de la religion n’advienne dont on veut qu’elle commande maintenant aux affaires de l’Etat. Or celles-ci répondent à d’autres critères que ceux de la religion et de la foi qui relèvent de l’intime. La quête de l’éternité est humaine mais cette quête emprunte plusieurs chemins. Un chemin ne peut être décrété supérieur à un autre pour être imposé par le glaive.
Prend alors toute son importance l’un des principes fondamentaux de l’Etat : la neutralité. L’Etat dont la mission est de sauvegarder la sérénité civile, crée le cadre nécessaire pour que chaque citoyen, croyant en un Dieu unique ou croyant aux dieux traditionnels, Ngakola ou Gbazimi, et l’athée vivent en paix sur un territoire, protégé par les forces de l’Etat.
Car, la primauté de la religion dans les affaires de l’Etat est une grave menace pour le vivre ensemble. Sauf pour l’Eglise catholique qui est organisée universellement et dépend d’une autorité unique donc d’être un unique interlocuteur, l’Etat risque d’être entrainé dans les divisions des temples et des mosquées. Ce n’est pas son rôle sauf à prendre des mesures de fermeté d’ordre public quand ces religions attentent à la sécurité publique et à la paix.
De toutes les manières, la religion ne doit nullement prendre le pas sur le sens de l’Etat ni sur la compétence. A César ce qui est à César c’est à dire à l’Etat ce qui est à l’Etat et chaque religion s’exercera dans la paix civile.
Mais voilà, Nous, Centrafricains, donnons l’impression de participer à la réalisation de ce dessein attentatoire envers notre Patrie.

Dispersion

J’avoue avoir été effaré par le nombre si élevé des candidats à l’élection présidentielle. En effet, les extraordinaires et multiples ambitions pour environ 4 millions d’habitants dont les porteurs ont aspiré à la fonction suprême, expression par excellence de la souveraineté, questionnent. Si l’ambition est légitime, la charge conséquente désirée, Chef d’Etat, a t- elle été mesurée  par certains? Il y a là, si cette mesure a manqué, démesure de l’ambition et absolue manque d’humilité.
A cette multitude ponctuelle s’ajoute celle des partis qui est aussi une cause de grande fragilisation. Elle émiette l’électorat. La faiblesse ou l’absence de l’idéologie favorise une identification forte du parti au fondateur, à son origine donc à son ethnie et sa région.
Proximité ethnique et régionale à laquelle s’ajoute maintenant la proximité religieuse.
On souhaite que ce genre de proximité s’atténue avec l’éducation et le sens civique. Mais dans un de mes articles, j’avais déjà souligné que l’instruction n’empêchait ni le tribalisme ni le racisme si elle n’est pas accompagnée de ce plus, le sens de l’appartenance à une nation.
Certes, les épreuves peuvent concourir par elles-mêmes à fortifier l’identité nationale puisque l’on prend vraiment alors conscience que l’on a qu’un pays d’abord et avant tout et qu’il a une valeur qui dépasse toute autre valeur.
Mais, dans cette construction du sentiment national, les partis politiques ont aussi la lourde mission, comme certains le font d’ailleurs, de former leurs adhérents autour de cette identité nationale ; cette formation inclut assurément celle sur l’Etat et l’intérêt général qui doivent accompagner la formation idéologique, si idéologie, il y a.
Par ailleurs, il serait souhaitable que notre pays voit s’asseoir dans la durée ces quatre ou cinq partis politiques qui ont une base que l’on peut estimer importante même si leur différence idéologique est tenue.
J’emploie le mot « importante » du point de vue numérique et de leur représentation à l’assemblée nationale.
Ce souhait est émis sous la réserve de la connaissance de l’Etat et de ses obligations, Car, il convient peut être d’avoir à l’esprit que l’on n’arrive pas au pouvoir et on ne détient pas une parcelle de pouvoir seulement nantie d’une idéologie ou de sa vision. La réalisation de celle -ci peut parfois rapidement trouver ses limites dans le dur et ingrat exercice des affaires de l’Etat. Celui-ci conduit souvent à une remise en question constante car, on ne gère plus un parti ni ses partisans mais un pays  et tout un peuple.
Il est normal de disposer des gens de confiance ; mais, cette catégorie ne se trouve pas nécessairement et exclusivement dans le cercle des partisans politiques et familial. Comme notre vie politique l’a démontré, il faut parfois craindre le partisan et le parent. Ils peuvent porter grand ombrage à la préservation de l’intérêt général et, se prévalant de leur « pouvoir », écarter la compétence et penser redécouvrir la roue par suffisance nuisible au sentiment national en semant les graines de la division.
Quoiqu’il en soit, la clarification du jeu politique me parait au prix de laisser les partis assumer leur rôle. Mais ces partis doivent également avoir l’humilité de situer leur action dans la durée et savoir détacher cette durée de la vie d’un homme comme notamment un parti dont la longévité politique, la conviction est à relever et cela sans considération de son action. Qu’un de ces quatre ou cinq partis, dont certains ont déjà l’expérience de la Chose de l’Etat, gagne les élections et contrôle avec ou sans alliance l’assemblée nationale et soit en phase avec le gouvernement.
Alors ce dernier pourra gouverner en s’appuyant sur un parlement qui ne sera pas en contradiction avec l‘Exécutif qui serait constamment menacé, comme dans le passé, par la motion de censure. Le contrôle n’est pas opposition et pire opposition systématique.
Les ambitions de ces multiples partis conduisent également à la recherche de soutiens extérieurs donnant un extraordinaire droit de regard de l’étranger sur nos affaires à travers Centrafricains interposés. A la limite, le soutien extérieur remplace le soutien intérieur. Comme si nous n’avons pas de ressorts par nous-mêmes de parler entre nous de la survie de la République Centrafricaine sans aucune interférence extérieure, politique ou technique.
Pourtant, nous nous sommes parlés sous le régime du Président DACKO dans le Séminaire National de réflexion ancêtre des conférences nationales dont on a attribué la paternité à tort à un Etat de l’Afrique de l’Ouest .Nous avons alors réinstauré le multipartisme dans une Afrique centrale encore acquise au monopartisme. Nous l’avons également fait avec le Président KOLINGBA dans le Grand Débat National.
Nous savons donc que notre dispersion à l’intérieur et à l’extérieur ne peuvent que constituer le terreau fertile des forces qui menacent notre existence sur notre territoire entier.

Menace sur notre Patrie
En effet, faibles, désunis  sans armée qui nous protège et qui peut se payer les dividendes pour les services rendus, nous sommes ainsi « une proie facile ».
Proie pour ceux qui cherchent une terre.  Proie facile pour ceux qui veulent la richesse pour conserver la puissance. Proie pour ceux qui veulent jouer à la puissance régionale.
Pour tous, les considérations sont ailleurs que celles de la souveraineté, du respect du principe de l’intangibilité des frontières et même de la sauvegarde de la vie du Centrafricain.
D’ailleurs, on a soutenu « l’inévitabilité que le pays (RCA) avait dès le début peu de chances de réussir ». On évacue ainsi et rapidement qu’un pays est une construction dans le temps et que les frontières se stabilisent avec l’histoire comme le sentiment national qui se forge à travers les épreuves.
On a aussi avancé que  «  la Rca n’a pas de masse critique pour être un Etat ». Autrement dit certains Etats de l’Afrique comme Djibouti (23.000km2 pour 942 .333h, ), l’Ile Maurice (1865km2, 1.192 300h ) et même d’Europe comme l’Islande (103 125 km2 pour 337 610 h), le Liechtenstein (160 km2 pour 36 925h), Malte (316 km2 pour 400 800h), Chypre (9250 km2 pour 1,17million h) disposeraient au vu de leur superficie et population d’une masse critique qui en ferait des Etats alors que la République Centrafricaine ne peut être tenue pour un Etat.
Certes, la question de la population de la République Centrafricaine est une question de survie. Que l’on veuille ou pas, une politique nataliste qui irait de la protection de l’écolière à la lycéenne ou collégienne ; de la femme à la femme enceinte ; de la femme accouchant à l’enfant à la crèche et au jardin d’enfants se doit de revenir plus amplement.
Comme doit être instaurée une politique résolue et contrôlée d’immigration. Il s’agit là d’une puissante volonté politique qui incombe à l’Etat Centrafricain et non à un Etat tiers.
Soulevée par des tiers comme en l’espèce, la question de la masse critique c’est-à-dire du rapport superficie/population recouvre et justifie ce dessein d’éclatement de notre Patrie et qui est emboité par certains d’entre nous.
L’histoire alors se continuerait ainsi pour vider cette ancienne « colonie poubelle », vidée déjà par l’esclavage arabe, les travaux de la construction du chemin de fer Congo Océan, l’exploitation humaine dans les concessions. Cette « poubelle » est si puante, si gênante et si répulsive pour l’assouvissement de divers appétits qu’il faut la remplacer par des entités qui auraient des masses critiques  pour être des Etats dont l’odeur, agréable sera une d’une grande attirance pour le nez de ces appétits.
En effet, tout se passe comme si depuis plusieurs années, une recomposition de la géographie se poursuivrait en Afrique Centrale après Berlin.
L’éclatement de notre voisin du nord -est en deux Etats, la non stabilisation de la situation dans cet autre géant voisin de l’autre côté de l’Oubangui devraient nous préoccuper au plus haut point surtout à ce qui se passe à l’Est de ce denier.
D’ailleurs les tentatives de partition en Afrique ont été légions, du Katanga au Biafra, de la Casamance au Cabinda, des Bantoustans au Soudan et même au Tchad pendant les années de sa crise.
C’est ici le lieu de souligner aussi que le vide recrée dans l’Est de la République Centrafricaine par le départ des forces de cette grande puissance et son allié interroge. Un si long temps et des moyens extraordinaires pour un résultat non atteint. L’objectif de cette présence était bien la recherche d’un rebelle ? Ce cas est étonnant et j’insiste sur l’étonnement. Ce départ retentit comme un appel d’air et me confirme que la République Centrafricaine se doit de s’appuyer sur ses enfants pour se sauvegarder.
Oui notre Patrie et notre devenir en commun sont en danger !

Conclusion
Les considérations que je viens de partager avec mes Compatriotes sont donc allées des forces des Nations Unies chez nous à notre dispersion à l’intérieur comme à l’extérieur qui accroit notre faiblesse. Elles sont assises sur la grande et persistante inquiétude qui est mienne sur notre destinée en tant que Centrafricain sur notre sol, notre seul sol.
Des Compatriotes réclament une plus grande reconnaissance. Dans l’une de mes déclarations comme Premier Ministre, j’avais soutenu que la majorité parce que majorité ne peut tout accaparer et la minorité rien, créant ainsi des frustrations aux conséquences graves. Utilisées, ces frustrations ont été entre autres la cause des mutineries et de la grave crise de 2013 qui persiste.
Mais la quête de la reconnaissance devrait elle conduire à la partition et cela avec l’appui des étrangers ? Quel est le prix à payer à l’Etranger une fois la partition réussie ? Par ailleurs, la négation de l’autre pour sa religion n’est- elle pas aussi participer à la destruction de notre patrie ?
Certes, la marche d’un pays n’a jamais été en ligne droite. Elle est jalonnée de brisures parfois violentes avant qu’elles ne s’apaisent. Ramener ces brisures à l’aune d’une personne humaine est parler de tragédie et de manque d’avenir. Pourtant ces crises portent en elles les graines de l’espérance. Ces graines sont semées entre autres par ces Centrafricains qui tendent, à divers titres, la main à d’autres centrafricains quelque soit leur origine et croyance. Ces mains font ressortir l’essentiel : l’identification forte du Centrafricain à d’autres Centrafricains et l’identification de ces Centrafricains à leur sol, le sol de leurs ancêtres. La perte de ce sol rendra absurde toute ambition puisqu’elle n’aura pas de fondement premier, une terre, où s’exprimer.
C’est pourquoi, les considérations présentes se ramassent encore en ceci : la nécessité de l’union pour préserver ce primordial intérêt général, la terre centrafricaine qui nous réunit.
En effet, la cohérence d’action amoindrira notre faiblesse. À cette période où notre Patrie continue donc d’être en grave danger, imaginons un moment que les figures politiques y compris celles de la société civile qui, sans renier leurs convictions et leurs ambitions, le religieux et le non religieux, soient porteurs d’un message unique, concerté avec l’Exécutif et le Législatif qu’ils défendraient partout.
La réaction de l’extérieur sera d’abord de dédain puisqu’il est habitué à nous regarder de haut, de jouer avec nous ; ce sera ensuite d’étonnement si nous persistons ; ce sera enfin de respect si nous maintenons la même attitude et ne desserrons pas nos rangs.
C’est un sursaut, un allant d’ensemble pour la sauvegarde de notre Mère, la Terre centrafricaine qu’il s’agit d’abord et avant tout de préserver et sans laquelle, notre identité à nous sera perdue ou morcelée. Le reste a son importance mais la perte de cette Mère est sans prix.

MGB