Le chef d’État sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, a été confirmé jeudi 16 août à la tête du pays avec 67,17 % des suffrages, le sortant de 73 ans est loin devant son opposant Soumaïla Cissé qui en a recueilli 32,83 %. L’opposition qui dénonce des fraudes, conteste les résultats et appellent les populations à des manifestations publiques. Dans un Mali fortement fragilisé par les conflits djihadistes, l’on se demande comment le Président IBK pourra se prendre pour faire face aux multiples chantiers qui l’attendent.

  • Du scrutin

A l’issue du second tour, les résultats du Ministère de l’Administration Territoriale ont été confirmés par la Cour Constitutionnelle malienne. De leur côté, les principales missions d’observation électorale notent dans leur rapport que le scrutin s’est généralement déroulé dans le calme malgré quelques incidents qui ont été principalement signalés dans le nord du pays. Dans la foulée le Président réélu a reçu les félicitations des Chefs d’Etats africains pas des moindres et surtout du Président français Emmanuel Macron, perçue sans doute comme une onction de l’Elysée à un nouveau quinquennat d’IBK à la tête du Mali.

  • L’ère de la contestation

 

Plusieurs plaintes pour fraudes massives surtout dans le Nord du pays favorable à l’opposant Soumaïla Cissé ont été enregistrées. Du coup ce dernier n’ayant pas reconnu la victoire d’IBK appelle à des manifestations de contestation des résultats. Plusieurs villes du pays ont déjà connu au moins deux marches sanctionnées par des arrestations et des cas de blessés, quand d’autres manifestations sont encore prévues par l’opposition à partir du 1er Septembre.

 

 

 

 

  • Les chantiers d’IBK

Réélu à la tête du pays pour un second mandat de cinq ans, IBK entend placer la jeunesse au cœur de son nouveau quinquennat. S’exprimant devant ses soutiens, après confirmation sans surprise de sa victoire par la Cour Constitutionnelle, le président a assuré prendre l’engagement de faire de son prochain mandat celui de la jeunesse. « Je sais ce que je vous dois. Je sais ce que ma génération vous doit. Je sais ce que ce pays vous doit » a-t-il martelé à plusieurs reprises.

« Je consacrerai le principal de notre effort à votre épanouissement, en vous dotant des moyens nécessaires à votre formation, à votre émancipation, à votre réussite » ajoute-t-il. Affirmant avoir tiré de nombreux enseignements durant la présidentielle, il a appelé les acteurs politiques et la société civile à mener une réflexion profonde sur l’évolution des institutions pour améliorer le système démocratique. « Cette réflexion devra être conduite de manière large et inclusive, j’en serai le garant ».Dans cette toute première déclaration après sa réélection, le président s’est dit préoccupé par le problème écologique du pays, notamment la préservation du fleuve Niger, ce grand patrimoine en péril.

  • Œuvrer à l’unité

Le tout premier chantier du Président IBK reste la réunification du pays. Cela passe par la création des conditions favorables à la réconciliation et à l’unité nationale. Au nom de l’apaisement, le numéro 1 malien devra se poser en rassembleur, tendre la main à tout le monde, y compris ses opposants afin de faire face véritablement aux nombreux défis qui l’attendent.

  • La lutte contre la corruption

C’est un chantier d’envergure transversale. Selon les analystes, les mesures prises au cours des cinq dernières années en la matière n’ont pas véritablement porté leurs fruits. En témoigne le classement annuel réalisé par l’ONG Transparency International sur la perception que les populations ont de la corruption dans leur pays. Le Mali arrive en fin de peloton, à la 122e place sur 180. IBK est à la tête d’un régime qualifié de « plus corrompu » que le Mali ait connu depuis son accession à la démocratie en 1992. Le Président devra favoriser la bonne gouvernance en combattant le népotisme. Des enquêtes ont révélé qu’au Mali la famille d’IBK a la main mise sur le pouvoir, sur la gestion du pays et il lui est donc très difficile de les traduire en justice. Le Bureau du Vérificateur Général qui constitue en fait l’institution nationale chargée d’évaluer la gouvernance a déjà dressé trois rapports qui sont soumis au Président IBK. Curieusement aucun de ces rapports n’est remis à la justice afin que les auteurs cités soient inquiétés.

  • Economie et l’épineuse question de l’emploi des jeunes

IBK devra également s’attaquer au développement économique du pays. Des efforts ont été réalisés au cours de son premier mandat, notamment dans le secteur agricole. Le président a promis d’aller encore plus loin. Mais il ne doit pas perdre de vue ce qui préoccupe les Maliens : l’amélioration de leurs conditions de vie.

Selon une étude publiée en juillet par l’institut de sondage Afro baromètre, en 2017, 74% des personnes interrogées jugeaient insuffisants les efforts du gouvernement IBK en matière de création d’emplois. Pour aller vers la stabilité, il va falloir prendre les taureaux par les cornes pour régler le problème de chômage des jeunes. Le taux de chômage au niveau de la jeune malienne frôle les 70%. L’Etat devra non seulement œuvrer à la création de nouveaux emplois mais aussi favoriser les conditions de création d’entreprises et encourager l’entrepreneuriat des jeunes.

  • Rétablir la sécurité

Tous ces défis auxquels le président IBK devra s’atteler sont par ailleurs conditionnés à la situation sécuritaire du pays. Malgré les efforts du G5 Sahel (un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité dans le Sahel, ndlr), le conflit se déplace du Nord vers le centre. Des villages, des communes, voire des préfectures et sous-préfectures subissent la loi des extrémistes et djihadistes : les écoles sont fermées depuis un temps, des conflits inter communautaires entre Peuhls éleveurs et Dogons agriculteurs font légion ; ces zones vivent de l’insécurité grandissante, en témoigne l’impossible accès des électeurs aux bureaux de vote lors du scrutin présidentiel. Rétablir la sécurité appelle par ailleurs à une efficiente gestion des ressources naturelles, notamment au sud du Mali, où l’exploitation de certaines ressources minières comme l’or crée de vives tensions entre les populations.

De façon plus générale, il convient de dire que « la plupart des Maliens n’attendent plus grand-chose de la gouvernance d’IBK sauf que la tête de Soumaïla Cissé ne plaît pas aux puissances étrangères influentes », a confié un cadre malien à Dandara News. Qu’adviendra-t-il exactement ? L’exercice de ce quinquennat nous édifiera.