Un vice sous bannière de la démocratie.

 

Communément connu comme le soulèvement d’un groupe politique armé en vue de prendre le pouvoir, le putsch, de nos jours, a un beau visage démocratique déguisé. S’apparentant savamment à de simples soulèvements de citoyens (grève, marche, revendication, meeting etc.), l’hydre sortira par l’une de ses têtes bien ajustées à la circonstance près, provoquée ou récupérée, une fois que les conditions soient réunies. Et, par l’entremise des populations manipulées ou chosifiées par la désinformation impulsée par des nébuleuses dites « démocrates » contre le pouvoir, elle se dresse et frappe. Dans d’autres cas, grâce à des traficotages institutionnels ou constitutionnels qui aboutissent à des élections truquées pour se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir, les putschistes s’établissent. Et ces formes de putschs sont ainsi en pleine action en Afrique et dans le monde.

Et si l’on ignorait ? Mieux, va-t-on l’ignorer encore trop longtemps ?

Un constat singulier

Les dictatures installées jadis avec les premières catégories de putschistes dès les lendemains des indépendances africaines pour chasser les démocrates sont aujourd’hui, très savamment, relayées par des formes de dictatures tout aussi cruelles, réinstallées après la Conférence de Baule, au sommet de nos états africains. Mais ici, par le truchement d’habiles mécanismes, l’on impose des dictatures serviles sous la bannière d’une démocratie de nom, extrêmement contrôlée, piégée au gré. Depuis Saddam Hussein, par l’activation une révolution intérieure fomentée pour renverser les vrais démocraties, l’anarchie créée par les lobbys de putschistes détruit des états, armes des mercenaires.

De par le monde, de l’Irak en Libye, de la Colombie au Congo, plus récemment en Côte d’Ivoire, Zimbabwe, Gambie, Soudan et j’en passe, ces nouveaux putschs contre les autorités sont tous signés « avancées démocratiques ». Leur mode opératoire est multiple : enclencher une guerre civile suite à une « contestation électorale » (Côte d’Ivoire, Gambie), torturer des constitutions nationales pour des représentativités à vie dans certains cas (Tchad, Togo, Congo), financer ou armer de façon occulte des partis politiques et/ou quelques intellectuels à la solde pour entretenir la révolte dans d’autres cas (Zimbabwe).  

Somme toute, les conceptions géo-stratégico-politiques avant, pendant et après les indépendances sont intactes à quelques différences près, car, bien évidemment, elles ont bien un seul et même père : l’impérialisme occidental.

Que faire ?

Tant que ces démocraties carapacées et suicidaires, révolutionnaires ou sanguinaires régiront les états africains, tant que naïves ou manipulées demeureront les populations, et tant cupides et népotistes seront les dirigeants et les cadres, la vieille politique « diviser pour régner » restera sur le continent et maitre de nos maux.

A voir de près, depuis l’époque coloniale, plus démocrates que les peuples d’Afrique, le monde en connait très peu. Mais voilà, l’on diabolise aussitôt ceux qu’ils élisent (Sékou Touré jadis), ou on leur vole sans cesse leur rêve national et leur pouvoir démocratique (Patrice Lumumba, Barthélémy BOGANDA par exemple). Paradoxalement, moins démocrates que les dirigeants africains, le monde en connait également très peu. En effet, nos autorités une fois établies frauduleusement, détestent aussitôt la démocratie, répondent aux mécanismes prévus pour leur maintien au pouvoir. Dès leurs arrivées au pouvoir, très peu acceptent l’exercice de la transparence, de la libre expression, de la séparation des pouvoirs, le multilatéralisme et l’armée républicaine. Peut-être savent-ils parfaitement le principe, que tant qu’ils répondent aux intérêts des maitres occidentaux, leurs apparentes démocraties seront citées les meilleures à suivre au « GONDWANA ».

Retenons que l’explication plausible à cette amphibologie est l’habile coup de main, toujours expert, des impérialistes occidentaux : tantôt pour choisir et imposer aux Africains les dirigeants, tantôt pour massacrer les populations pugnaces par des mercenaires à leur solde pour les réduire au silence.

Aux « Thomas » de scruter méthodiquement les horizons politiques, d’observer sérieusement ce qui se passe dans le monde africain, orientale et sud-américain pour s’en convaincre…

L’Afrique peut dire pour longtemps aurevoir à son développement, car tous ces putschs d’avant et aujourd’hui, quelques soient leurs caractères apparents de démocratie, sont l’œuvre toujours invisible d’impérialistes, visant à maintenir l’exploitation, le servilisme ou l’aliénation des peuples et pays africains. Sauf en prendre largement conscience pourrait sauver les Africains…

Le cas centrafricain

Les instabilités chroniques en Centrafrique se clarifient davantage. En effet, comme dans un tournage de film, la scène politique de ce pays (aux sous-sols variés et riches, aux infrastructures rares et délabrées, à total abandon de sa tradition et sa bonne éducation au bénéfice du système caïdat…), est une vraie réalisation cinématographique, portant les griffes du « grand manitou ».

Moteur…, coupez ! Action…, coupez ! Lumière…, coupez ! Et puis, changement d’acteurs…, et une nouvelle scène commence, ainsi de suite…

Voilà comment s’enchainent d’une manière ironisée, depuis la disparition de BOGANDA le premier président, les différentes scènes nationales édulcorées d’acteurs sans pouvoir, des pantins sans vie, mais aussi des bouffons arrogants.

 

  • Le déroulement de l’actuelle scène :

 

TOUADERA est élu démocratiquement comme Président de la République en 2016. Concédons-le-lui comme postulat. Sa vision politique était la paix et la réconciliation, l’amorce de développement économique, surtout par l’agriculture d’autant plus que les mines ont causées plusieurs torts à ces prédécesseurs. Tel programme ne souffre d’aucune ambiguïté auprès de ses compatriotes qui, d’ailleurs connaissaient l’homme intègre et compétent qu’il est, lui accordant fort crédit pour clore le chapitre des mésaventures. Mais hélas, plusieurs pièges existaient encore. Tout d’abord, les élections étaient précipitées sciemment. Le pays, qui normalement devrait déjà être d’abord pacifié, désarmé de gré ou de force par les forces SANGARIS, puis la MINUSCA lors de la transition, est resté expressément en veilleuse : ni levée d’embargo sur les armes pour permettre à l’armée nationale de remplir sa mission régalienne, ni désarmement des principaux groupes armés connus, pire, aucun arrêt ou poursuite des coupables des exactions n’était concrètement engagé. Pourtant, une liste de ces derniers était dressée, des mandats de poursuite émis étaient censés les livrer à la justice.

Toutes les tâches préliminaires étaient restées indemnes, tandis que l’état malade état était adulé aux élections : Allez à l’ordre constitutionnel pour régler démocratiquement vos différends, tel fut le malin crédo. Piège à cette démocratie renaissante au cas où l’élu n’ouvre pas aussitôt les vannes des marchés d’état en suspens et des contrats d’exploitation gelés.

 

  • Que constatons-nous présentement ?

 

Un chemin pour la paix, soi-disant « l’unique » (dixit Le Drian), est tracée bon gré, mauvais gré par des experts des institutions internationales (Nations-Unies et l’Union Africaine). Neutres ou manipulés, ces dits « Experts » ? – Nul ne saurait l’affirmer : la question reste tout de même posée. Aussi, à l’heure actuelle, la paix s’éloignerait-elle de jour en jour en Centrafrique ?

Bref rappel. C’était suite à d’âpres discussions préparatoires et négociations qu’un accord de paix et de réconciliation fut trouvé, et que, malgré les quelques réticences de l’ancien premier ministre poussé à la porte de sortie aussi bien par les « opposants démocratiques » comme les groupes armés, celui-ci, M. Simplice M. SARANDJI démissionne finalement afin que soit facilitée l’entrée en phase d’application de l’accord dit « de Khartoum ». Était-il la « bête noire » pour beaucoup, d’après le débat de l’époque.  

  1. NGREBADA nommé en remplacement, l’entrée en vigueur a vacillé tout de même dès ses débuts. Plusieurs intercalaires d’embûches s’étant posés, pouvait-on constater, risquant d’occasionner l’échec de l’accord : – retrait en cascade des partis de l’opposition démocratique ainsi que plusieurs groupes armés, – traitement extérieur du contentieux par l’UA qui devient le gendarme de cet accord, – écartement définitif de l’opposition qui jouait le jeu sale du pourrissement. Le peuple quant à lui, complètement mis à l’écart, voit ses institutions républicaines et sa constitution mises en berne. Cela aussi est une nouvelle raison de tension ainsi créée, se renforçant des bavures sporadiques causées par quelques groupes armées signataires, comme dans un plan conçut avec des facteurs perturbateurs.

 

  • Opportunisme ou mauvaise foi ?

 

Dans ce traquenard national, comment réaliser une paix réaliste avec une armée à « main nue » face à des groupes rebelles surarmés qui lésinent refusant parfois le DDRR ? Quelle répression peut-on mener contre et gagner dans les circonstances où l’état est sous embargo ? – D’où dialoguer, négocier, convaincre…

A l’antipode, l’option d’intégrer des « bourreaux » dans le gouvernement au nom de paix est-elle la meilleure ? Autre malaise : l’imposition à l’état de ce corps arbitral majoritairement expatrié (le comité de suivi de l’accord), qui légifère aussi bien sur les contentieux liés aux applications de l’accord que sur les mécanismes de mise en œuvre. On dirait que cet organe est quasiment au-dessus des institutions nationales (de l’exécutif, du judiciaire, du législatif, et comble des combles : de la constitution). N’est-ce pas le handicap qui engendre des critiques et débats politiques acerbes en ce moment ?

A cette dernière question, je voudrais sciemment réveiller un vieux démon, requalifiant de prophétiques, les propos de ce Procureur Général qui avait inopinément créé le grand tollé et qui s’est fait harakiri : « l’accord de Khartoum est supranational » ; « l’accord de Khartoum prime sur le droit international » ; « un accord supranational prime par rapport au droit national ». Au vu des actualités, ces affirmations disent tout haut ce qui était pensé in petto. Car en effet, les observe-t-on de fait aujourd’hui. Et donc, de toutes les balivernes et récitals universitaires du soi-disant « droit institutionnel et/ou constitutionnel » soutenus, la réalité est étrangement ce qui avait été violemment fustigé. Je lui donne finalement raison dans la réalité des pratiques du droit international. Et là-dessus, renverrais-je ses détracteurs à titre référentiel aux textes de musique du Reggae-man ivoirien Larry Cheick intitulée « Code pénal » que je conseille à ces grands intellos naïfs.   

 

  • Le Centrafrique aurait-il enfin trouvé son joker ?

 

N’importe qui dans cette situation de méli-mélo aurait-il mieux fait que TOUADERA ? Réponse apparemment difficile. Au demeurant, au regard des avancées, le mathématicien de Boyrabe tire très bien son épingle de toutes les phases du jeu compliqué de la gouvernance et des putschs africains. Me semble-t-il même qu’il maitrise les pions poussés par ses adversaires, déjoue d’avance les pièges, résout automatiquement les problèmes et les différends qui surviennent, châtie ou décourage tous les tenants de « l’ingouvernabilité » qu’on aurait voulu provoquer pour écourter son mandat.

Imperturbable, l’homme transforme l’une après l’autre, toutes les difficultés en opportunités :

  • Blocus sur la nationale 1 pour cause de protestation, frappe ciblée pour libérer ce tronçon capital au déserte du pays…
  • Attaque des opposants par la récupération sur la pénurie d’eau avec l’affaire « bidons jaunes » …, « affaire bidons jaunes » traitées, classée…
  • Chahut contre les coupures intempestives d’électricité…, affaire classée, résolue…
  • Coups de sabres provocateurs par des massacres d’innocents sciemment provoqués, à chaque fois les affaires traitées avec les parrains de l’accord, puis réglées intelligemment pour ne pas capoter les engagements pris…
  • Nouvelle création d’une classe d’opposants teigneux, réponse tactique à travers d’autres groupes acquis à sa cause…
  • Etc.

Outre plusieurs de ces agitations, toutes manœuvres manipulatrices d’où qu’elles viennent meurent de leur propre poison tandis que les insatiables ressaient de nouvelles (l’affaire du carburant).

 

Bref, en ces trois ans et demi de haute lutte pour faire taire les armes sans armes, l’ardu négociateur et ardent démocrate, le reconstructeur de l’armée et l’organisateur de son redéploiement stratégique, le Président TOUADERA est en passe de réaliser un exploit inédit face aux multiples ennemis visibles et invisibles de la république.  

Tous facteurs déclenchants nocifs, tous les éléments perturbateurs, toutes stratégies d’enlisement de la crise centrafricaine…, échouent droit dans les mailles de sa sagesse « salomonien ».

 

Dominique MOUNDJOUVOUKO