LE COMMUNIQUE DU FPRC : MOYENS DE PRESSIONS

OU TERMES DE L’ACCORD DE KHARTOUM ?

(Lire ici le communiqué du FPRC sur démission Sarandji)

Suite à la démission du Premier Ministre SARANDJI, le bureau politique du Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC) vient de publier ce 22 Février, depuis son fief de Birao, un communiqué de presse. La teneur du message livré est adressée à l’ensemble des signataires, les Médiateurs internationaux et partenaires ainsi qu’au peuple centrafricain dans son intégralité.

Ce message mériterait plus d’attention et un effort de décryptage pour une meilleure compréhension de notre part, si ce n’est une clarification. En effet, il en ressort pour bien de lecteurs des zones d’ombres invitant à des interrogations.

Le côté discourtois…

D’entrée de jeu, il est nécessaire de rappeler à tous les protagonistes qu’autant nous voulons bannir la violence comme mode d’expression politique, autant il serait nécessaire d’extirper ou de chasser de nos langages les insultes, les procès d’intentions, les atteintes à la personnalité, les fake-news et surtout l’imposition d’autres points de vue contraire aux termes dudit accord de Khartoum.

Par exemple, était-il nécessaire de couvrir le Premier Ministre sortant d’anathèmes et de rappels antérieurs ante-accord avant de demander au Chef de l’État de faire un choix profitable à un camp ? Quoi qu’on puisse lui reprocher, soyons toujours galants et cléments quant au bilan de ces années rudes de primature à la tête d’un gouvernement éclectique et de crise. Aussi, l’homme étant imparfaite, ses œuvres les sont toutes pareillement, a-t-il d’ailleurs reconnu lors de son allocation après la remise de sa démission au Chef de l’État.

Plus important, ce serait un signe du processus de guérison collective qui invite à délaisser certains comportements pour mieux servir le camp de la tempérance, du dialogue et de la paix.

Du contenu politique…

Le communiqué semble faire référence et fonder son argumentation sur l’article 21 de l’accord de Khartoum.

L’accord paraphé par les cosignataires et qui circule stipule que :

Article 21: Le Président de la République , Chef de l’Etat, s’engage à mettre en place immédiatement après la signature du présent accord, un gouvernement inclusif.

Il y a quelques jours, le débat tournait autour du mot « immédiatement » … Et donc aujourd’hui, le même article est re-cité, tentant de justifier cette fois d’autres paramètres de l’accord.

Toutefois, nulle part, il n’est décrit comment, avec qui, et de surcroît de quel bord politique le Premier Ministre serait issu. D’où donc, diantre, les responsables du FPRC ou d’autres groupes armés qui penseraient de la sorte, pondent-ils cette idée qui circule, celle de proposer une liste de « premiers ministrables » au sein de laquelle le Président de la République, le professeur Faustin Archange TOUADERA pourrait s’en inspirer pour désigner le successeur du PM SARANDJI ?

Un gouvernement inclusif, c’est connu de tous, est celui qui comporte l’essentiel des parties impliquées. Mais aucune provenance pour la nomination du Premier Ministre n’est spécifiée. C’est dire que le Chef de l’État est libre de choisir une personnalité susceptible de piloter une équipe cosmopolite (qu’il croit capable, car il s’agit tout d’abord et avant tout de sa mandature démocratique et non transitionnelle) afin de réussir le pari de recouvrer la paix, la réconciliation et le développement de la RCA.

Cette sortie du FPRC que d’autres groupes armés pourraient tenter de suivre, distille un parfum intriguant qui pourrait mettre en difficulté l’accord de Khartoum, comme il en a été dans le passé. Et, est-ce pour camoufler l’intention soit d’un sabotage prévisionnel, soit d’un trafic d’influence sur la personne du Chef de l’État, que le texte emprunte des termes trop philosophiques d’« esprit de l’accord de Khartoum » ou « se concerter pour présenter, comme convenu à Khartoum »…

Des interrogations…

Eh bien, l’on n’est porté, partant de ce qui est affirmé, à se demander pourquoi ce qui est « convenu à Khartoum » n’est-il pas accouché par écrit dans l’accord ? Et pourquoi signer un accord qui ne comporterait pas tout ce qui est convenu ?  L’on est tenté de croire que l’accord paraphé porte la totalité de ce qui est convenu, mais il est possible que certains acteurs, puissent avoir des lectures spécifiques.

Le Président de la République n’est-il pas libre de jeter son dévolu sur une personnalité autres que celles que pourraient proposer les groupes armés ou d’autres mouvements, ou par exemple reconduire simplement le Premier Ministre SARANDJI ?

Bref… Ce qu’il est important de souligner c’est que le peuple exsangue n’acceptera plus une de ces tentatives de mise à l’échec de l’accord de Khartoum sous prétexte de telle ou telle provenance du Premier Ministre, occultant des termes juridiques.
Le FPRC et les autres groupes armés qui seraient tentés d’adopter une telle position contre leurs engagements écrits doivent réexaminer leurs positions. Leur engagement pour la paix en Centrafrique n’est pas lié à la nomination d’un Premier Ministre issu de leur camp, mais à l’application intégrale de l’accord. Ils doivent, nous l’espérons, en tant que fils et filles de la Nation, d’honorer leur engagement afin que cet accord, ne soit pas mis expressément dans la poubelle pour des intérêts catégoriels. Comme ils l’ont redit d’ailleurs dans leur communiqué : « il y a un temps pour tout… » ; et c’est le temps du respect intégral de la parole donnée, le temps d’une responsabilité républicaine affirmée, le temps d’une transcendance personnelle et politique, le temps de l’intérêt général et non particulier, le temps de la sécurité pour tous, le temps de la réconciliation et de la paix.

Au bout du compte, sauf erreur de notre part dans la relecture de l’accord, nulle part, il n’est mentionné que le Premier Ministre doit venir des rangs des groupes armés. Que chacun s’en tienne à cela et attende la décision du Président de la République.

Avec deux décrets présidentiels déjà pris pour la mise en œuvre de l’accord, tous gagneraient à se priver d’ardeur contraire aux termes de l’accord de Khartoum. Croyons en cet accord, en la résilience du peuple centrafricain, pour que des décennies de conflits face place à la paix et à la réconciliation.

Ousmane Dan FODIO
Correspondant DRN, CAMEROUN