Parmi les acteurs non gouvernementaux engagés internationalement dans la résolution des conflits qui gangrène le monde figure la communauté religieuse italienne de Sant’Egidio. En effet, Sant’Egidio est une organisation catholique très active qui, sur le plan social (lutte contre la pauvreté, éducation, insertion, etc.) et sur le plan diplomatique (médiation dans les conflits), s’illustre mondialement. Depuis le Concile Vatican II, de nouvelles formes d’interventions catholiques sont impulsées, boostant l’esprit missionnaire dans son prolongement religieux, idéologique ou politique.

Communauté religieuse laïque, l’émergence de Sant’Egidio, sa représentativité ainsi que son évolution est remarquable au niveau de l’Église catholique. Elle véhicule une forme d’engagement public que valorise la culture catholique, se manifestant aussi bien dans l’axe politique que dans des activités de solidarité, d’assistance, d’éducation et de formation, surtout dans l’option préférentielle pour les pauvres. Sant’Egidio résout l’indice de l’affaiblissement contemporain du pouvoir clérical d’encadrement, depuis les structures paroissiales, en matière d’initiatives laïques, alliant réflexion religieuse, évangélisation et engagement social. Sant’Egidio s’implique et s’incruste dans l’évolution de la diplomatie vaticane dans toute sa globalité. Désormais, par le truchement officiel de ses diplomates accrédités, les nonces apostoliques, qui interviennent d’abord pour assurer la communication entre Rome et les Églises locales, Sant’Egidio permet au Vatican de « déconfessionnaliser » son action diplomatique.

Autre raison de s’intéresser à Sant’Egidio est que cette organisation a, en matière de règlement des différends et de médiation, des résultats substantiels.

  • Expériences réussies

Quelques rétrospectives de cette réputation de Sant’Egidio, elle a pris part éminente dans l’élaboration du processus qui a abouti à la signature d’un accord de paix le 4 octobre 1992 au Mozambique. Sant’Egidio a organisé une médiation réussie, en janvier 1995, entre les organisations politiques algériennes, y compris le Front Islamique du Salut (FIS). Sant’Egidio est intervenue, entre 1996 et 1998, au Kosovo, et en Afrique centrale avec des résultats plausibles. La reconnaissance progressive de l’activité de Sant’Egidio en matière de peacemaking dans une plate-forme commune dite de Rome, est le produit d’une double dynamique, à la fois interne à l’Église et internationale par le foisonnement de ses fruits positifs.

Trois facteurs paraissent avoir contribué au succès de sa médiation en Afrique en Mozambique. D’abord, l’engagement de trois personnalités extérieures aux parties engagées dans le conflit mais connaissant la réalité du terrain (Don Matteo ZUPPI, principal animateur de Sant’Egidio au Mozambique ; l’archevêque de Beira et l’ambassadeur italien à Maputo, Manfredo Incisa DI CAMERANA). Ensuite les dix ans de travail humanitaire de Sant’Egidio dans le pays et sa réputation auprès des parties en conflit. Et enfin, le soutien du Vatican et de l’État italien, alors premier bailleur de fond du pays. Cette paix fut finalement le fruit d’une véritable synergie entre le gouvernement italien, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, l’Église et de nombreux autres États.

De même au Burundi en Afrique des Grands Lacs, au milieu de 1996, Sant’Egidio organisa des pourparlers de paix secrets entre le gouvernement burundais et l’opposition. Les deux parties considéraient comme dangereux de rencontrer l’autre camp d’en face ouvertement. Entre septembre 1996 et mai 1997, quatre cycles de discussions eurent lieu au siège de Sant’Egidio dont le but était l’obtention d’une suspension des hostilités et les bases d’un accord politique général. Les partis devaient, à ce stade, débattre de la question du fonctionnement de la justice notamment un tribunal international pour juger les exactions et crimes politiques perpétrés depuis l’indépendance et du cessez-le-feu.

Il est certain encore que la communauté de Sant’Egidio allie judicieusement cause humanitaire et processus politique. Ses fonctions caritatives sur le terrain, étalées sur plusieurs années, lui procurent certainement une légitimité qu’elle peut utiliser le cas échéant pour ses bons offices. Qu’elle soit une organisation religieuse semble plutôt un facteur avantageux dans la mesure où elle a vocation à intervenir dans les pays où le christianisme est implanté. Ses manifestations œcuméniques lui procurent de plus des contacts inter-religieux, étatiques d’autant plus utiles que l’aspect relationnel est le cœur du système de peacemaking.

  • Cas centrafricain

Sant’Egidio a-t-elle les compétences nécessaires pour contribuer au dénouement de la crise centrafricaine ?

En se basant sur les résultats positifs engrangés sur d’autres théâtres de conflits cités ci-dessus, on peut dire oui sans risque de se tromper. Rappelons tout simplement que Sant’Egidio fut, est et sera une pièce maîtresse dans la résolution du conflit inter centrafricain.

En effet, lors de la première rencontre à Rome sur la crise politico-militaire centrafricaine en 2017, il y a eu quelques débats précurseurs même s’ils ne se sont pas soldés de résultats définitifs. Dans un communiqué, l’Église catholique de Centrafrique a salué l’initiative de Sant’Egidio qui milite pour le rétablissement de la cohésion sociale. Sant’Egidio a réussi un coup de génie en réunissant tous les acteurs qui se regardaient en chiens de faïence autour d’une table à Rome, au siège du catholicisme universel : les partis politiques, les politico-militaires, la société civile, le gouvernement et des facilitateurs. C’est un point essentiel qui mérite d’être souligné dans un processus de négociation, de dialogue.

Après la signature de l’accord de Khartoum à Bangui et la réunion d’évaluation d’Addis-Abeba, la mise en œuvre progressive du dit accord suscite encore des méfiances. Les rumeurs, les incertitudes d’un lendemain apaisé et meilleur, ont pris le dessus à Bangui.

Il est donc venu le temps de s’arrêter et de reprendre le chemin de la raison. « Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès » a-t-on tendance à dire. Les Centrafricains dans cette crise ne croient ni à la fatalité, ni à la malédiction de Dieu. Le peuple centrafricain lassé par ce conflit armé espère retrouver la cohésion sociale, la paix qui est la condition sine qua non pour le développement de ce pays où coulent le lait et le miel.

Si le mal est très profond, les Centrafricains dans leur majorité sont pris dans ce tourbillon de l’histoire. Ils ont besoin de l’assistance, du conseil, de l’expertise, de l’appui des acteurs internationaux qui interviennent souvent dans les conflits armés à les aider à sortir de ce cul-de-sac.

Notre plaidoyer s’adresse tout spécialement à la Communauté Sant’Egidio que nous exhortons à continuer de soutenir le Président Faustin-Archange TOUADERA dans sa volonté de restaurer l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire, d’appuyer le gouvernement NGREBADA II dans la mise en œuvre de l’accord de Khartoum afin de créer les conditions d’une vraie réconciliation nationale.

Le rêve collectif du peuple centrafricain, c’est de sortir de cette crise politique et militaire.

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Fait à Mauléon-Licharre (France) le 18/Avril/2019