De coutume, des groupes d’individus partageant un lien et lieu communs forment ainsi un secteur , un marché, une ville… nous avons dans le monde des secteurs mythiques connus comme le quartier Château Rouge dans le 18e arrondissement de Paris (France), le quartier Matogé à Bruxelles (Belgique) à forte majorité africaine ou encore l’ethnie Singh’s d’origine indienne à Montréal (Canada).
Le Centrafrique n’a pas fait exception de ce fait social. Le 3e arrondissement situé dans la partie centre-ouest de la capitale Bangui constitue un des 31 quartiers. Sa particularité est l’ambiance, la jouissance et une forte densité en infrastructures commerciales. L’une des particularités du célèbre quartier Km5, véritable poumon économique de la Capitale, fut aussi la cohésion sociale entre les chrétiens et les musulmans jusqu’à la dernière crise centrafricaine.

Quel est le point fort du quartier Km5 ? Pourquoi le km5 a-t-il perdu si brusquement sa renommée ? Le km5 arrivera-t-il un jour à reprendre sa place d’antan dans le cœur du centrafricain ?

Le quartier Km5
Bien aimé des années 1970 des Tchadiens, Sénégalais, Nigériens, Nigérians, Camerounais, Maliens… pour le commerce divers, le quartier Km5, PK5 ou 5 kilo… comme les centrafricains affectionnent l’appeler (au vu de sa position à 5 kilomètres près du point zéro de la place de la République), est un arrondissement attractif. Ayant en son sein plusieurs zones très animées et noctambules.
Dans les années 1980, avec ses bars dancings chics comme PUNCH COCO, ABC…, et avec le phénomène des jeunes petits commerçants de Bangui (BOUBANGUERES), les différents groupes musicaux de renom ’’Canon Star de Bangui, MUZIKI, Makémbé…, toute la population banguissoise y attache un très grand attachement. Le groupe ’’Canon Star de Bangui’’ par exemple lui a dédié une célèbre chanson intitulée ‘’le KM5’’ dans laquelle les strophes : « Pantalon aké ngba na 5 kilo ô ô ô ; chemise aké ngba na 5 kilo ô ô ô », traduite du sango par « Le pantalon et la chemise resteront au quartier 5 kilo » peignent bien la vie au KM5.
Grâce à sa forte population de confessions musulmanes, 5 Kilo a eu cette chance d’abriter la Grande mosquée Centrale de Bangui appelée Mosquée Ali Babolo.
Par ailleurs, 5 Kilo est fréquenté par les plusieurs enfants de la rue (appelés GODOBES) et les femmes de la nuit. Ce quartier a aussi une réputation d’être un lieu où se passaient toutes les affaires louches allant de fabrications de faux billets, de faux papiers administratifs, de faux bijoux… D’où il est toujours pointé du doigt d’être un foyer de banditisme. Ces derniers temps-ci 5 Kilos est considéré comme une enclave musulmane très dangereuse. Beaucoup souhaitent son désarmement. Mais depuis quand est-il devenu si dangereux ?

Pourquoi ce quartier km5 a-t-il perdu brusquement sa renommée ?

Le Tchad faisait partie des pays africains retenus pour constituer et déployer des forces de Mission Interafricaine de Surveillance des Accords de Bangui (MISAB) en février 1997, une mission d’interpositions afin de résoudre pacifiquement la crise militaro-centrafricaine marquée par les mutineries au temps du président PATASSE. La très forte population commerçante de km5 est en effet à majorité venue du Tchad. Très vite, une complicité, mal vue par les centrafricains, s’est installée entre le contingent tchadien de la MISAB et ces commerçants tchadiens du km5. Et cela a continué avec les prises du pouvoir par punchs successifs de BOZIZE en 2003 aidé par le Tchad avec les ZAKAWAS, enfin de DJOTODIA avec les SELEKAS toujours venus du Tchad et du Soudan de confessions musulmanes majoritaires.
Les carnages causés par les éléments de la SELEKA avaient pris une connotation religieuse pour le centrafricain et cela a fait réagir unanimement le monde entier. Le 05 janvier 2015, les milices dites chrétiennes ANTI-BALAKAS sont créées avec pour objectif principal de bouter hors du territoire centrafricain cette rébellion SELEKA. Malheur est de constater que cela s’est vite transformé en force contre des personnes de confessions musulmanes. Tout le pays fut plongé dans une violence meurtrière inouïe.
La SELEKA est expulsée de Bangui par une intervention militaire internationale. Et cela a causé de très grandes pertes matérielles et en vie humaines. Les marchandises des populations musulmanes de km5 sont visées et elles se voient dans l’obligation de chercher autoprotection. Certains chefs rebelles de la SELEKA se sont repliés dans ce quartier km5 pour avoir protection. Et pour se défendre ce secteur s’est retranché sur lui-même, des groupes armés d’auto-défense se sont formés dans l’optique de protéger les habitants de cette zone.
Pour être si efficace, il fallait utiliser des armes de guerre souvent des AK47 appelées communément Kalachnikovs comme armes de protection. Des têtes se sont présentées comme des chefs nous avons des Abdoul Danda, Issa Capi alias 50/50, Nimery Matar Djamous alias Force et Youssouf alias You le Géant qui s’affrontent régulièrement pour le contrôle de la zone devenue rentable. D’après des personnes contactées dans la zone de km5, ces forces non conventionnelles d’auto-défense sévissent par la violence sur les habitants qui nourrissent et rackettent mensuellement avec des taxes diverses. Le pactole engrangé et d’autres de plusieurs sources leur permettent de régner en maitres, sans l’intervention de l’état.

En février dernier, après des violences répétées, l’association des commerçants du km5 a demandé à la MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique) qu’elle démantèle ces groupes armés, accusés de violences et d’exactions envers les commerçants et la population. Dès mars, la mission de l’ONU avait menacé de démanteler toutes les bases des groupes armés du quartier km5 si ces derniers ne déposaient pas les armes.
Et ce dimanche 08 avril 2018 à 2h du matin, au nom de la protection d’une population minoritaire prise en otage depuis plusieurs années par un groupe de bandits qui la terrorise, les forces internationales accompagnées des forces de sécurité centrafricaines à travers l’opération SOUKOULA (laver ou nettoyer en langue sango) ont usé de la force pour libérer cette population. L’intervention a fait quelques morts et blessés mais beaucoup de minutions et de la drogue sont saisies.

Le km5 arrivera-t-il un jour à reprendre sa place d’antan dans le cœur du centrafricain ?
Toutes les crises centrafricaines ont eu comme conséquences directes sur les populations pendant les opérations de retranchements des zones. Nous avons encore à l’esprit le retranchement avec armes lourdes et munitions dans la partie Sud et Est de Bangui des militaires sortis de leurs casernes en 1996, 1997 et 2001 au temps de PATASSE. Ces retranchements avaient pour but de se protéger de toute attaque de l’autre camp.
A présent, la population centrafricaine entière suit de près tous les pas posés dans le sens de la paix du Président M. Faustin Archange TOUADERA. Sa dernière allocution rassure :
«(….) J’invite donc tous nos concitoyens sans exception à baisser les armes et rentrer dans ce processus, en vue d’un rassemblement de la Nation et de la consolidation de la paix qui demeure notre bien le plus précieux ».
Quoique le cas de km5 se doit d’être traité avec tact et professionnalisme, il faudrait enfin libérer les habitants de ce quartier.
Le gouvernement centrafricain, accompagné de ses partenaires, travaillent d’arrache-pied pour mettre un terme à l’ébullition de ce volcan km5 en plein capital Bangui.
Le km5 arrivera à reprendre sa place d’antan dans le cœur du centrafricain quand ces bandits opportunistes qui le traumatisent et le tourmentent seront boutés hors de la zone.
Cela est une certitude (ndlr).

Le Centro Rassembleur