Le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema a décidé le 04 juillet dernier « une amnistie totale » en faveur de tous les prisonniers politiques et de tous les opposants condamnés ou interdits d’activité, selon un décret lu à la télévision nationale. Une mesure spectaculaire. Et un geste envers l’opposition qui avait fait de cette amnistie une des principales conditions à sa participation au dialogue politique convoqué mi-juillet. Si à vue d’œil les choses semblent aisées, certaines réflexions méritent d’être menées surtout pour ce qui est des réels facteurs d’une telle décision.

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« J’accorde l’amnistie totale à tous les citoyens condamnés par les tribunaux (…) pour des délits politiques dans l’exercice de leur activité. » C’est ce qu’a déclaré le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema dans un décret lu à la télévision nationale.

Le texte stipule également que l’amnistie concerne toute personne « privée de liberté ou empêchée d’exercer son droit politique dans le pays ».

L’objectif de cette amnistie présidentielle est clair : « permettre une large participation de tous les acteurs politiques » au dialogue politique convoqué entre le gouvernement et les partis politiques légalisés, acteurs politiques de l’intérieur et de la diaspora, société civile et confessions religieuses. Référence, entre autres, à l’opposition qui avait fait de l’amnistie une de ces principales conditions pour répondre présent à l’invitation.

Le chef de l’Etat s’engage par ailleurs à garantir la liberté et la sécurité à tous les participants au dialogue qui, selon le texte, se tiendra du 16 au 21 juillet prochain.

Des conséquences

La première conséquence qui découle de cette décision d’amnistie est la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques de la Guinée équatoriale. Ils sont en effet des centaines à croupir derrière les barreaux pour avoir défié le pouvoir de Malabo à un moment donné, dans l’exercice de leurs activités politiques.

La décision entraîne également de facto le retour au pays de tous les opposants au régime de Malabo. En effet, plusieurs figures de l’opposition avaient conditionné leur participation au dialogue à une amnistie générale pour garantir le retour en sécurité des dizaines d’opposants exilés, notamment en Espagne, l’ancienne puissance coloniale.

Le gouvernement s’est même engagé à payer les billets d’avion des opposants pour les vols Madrid-Malabo assurés par la Compagnie nationale Ceiba International, selon la télévision nationale.
Une autre conséquence qui découle de cette décision est que le dialogue politique tant voulu par l’opposition pourra se dérouler en toute sérénité et déboucher sur des décisions sincères et franches devant contribuer à asseoir véritablement un climat de paix et de confiance mutuelle entre Equato-Guinéens.

En acceptant d’amnistier ses opposants et tous les prisonniers politiques, le pouvoir de Malabo renonce indubitablement à certaines de ses prérogatives. Ceci parce qu’à la fin du dialogue politique, le schéma sera tout autre ; l’on aura un cadre électoral plus assaini et favorable au jeu démocratique plus crédible (des élections futures acceptées par tous, ndlr).

AsL’autre possibilité moins négligeable, celle de partage du pouvoir entre mouvance et opposition, pourrait se réaliser.

Le Président Obiang Nguema a-t-il lâché du lest de gré ou de force ?

Cette amnistie, la première du genre, signifie un pardon général, tourner la page et oublier le passé, a précisé le Président Obiang. Le gouvernement a adopté cette amnistie pour démontrer sa ferme volonté politique de permettre à tous les acteurs du processus politique national de mettre en œuvre leurs programmes, a déclaré le chef de l’Etat. Si les différentes raisons évoquées pour soutenir cette amnistie ont semblé convaincre plus d’un, certains avertis lient cette décision à certains éléments, pas des moindres.

Les pressions internationales
Le régime de Malabo est régulièrement dénoncé par des organisations de défense des droits de l’Homme pour sa violente répression à l’encontre des opposants politiques, des organisations indépendantes de la société civile et des médias, ainsi que pour l’ampleur de la corruption dans le pays.
Troisième producteur de pétrole subsaharien, la Guinée équatoriale est considérée par l’ONG Transparency international comme l’un des pays les plus corrompus au monde, classé au 163e rang sur 175.

Le sempiternelle feuilleton des biens mal acquis
Le combat contre les « biens mal acquis » est loin de se terminer. En octobre 2017, Teodorin Obiang, le fils du président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, qui est également le vice-président du pays depuis 2012, a été condamné à trois ans de prison et 30 millions d’euros d’amende avec sursis par le tribunal de grande instance de Paris. Le vice-président de la Guinée équatoriale était jugé pour détournement de fonds publics et blanchiment d’argent, et a été reconnu coupable d’avoir blanchi entre 1997 et 2011 une somme estimée à 150 millions d’euros. Pour les ONG Transparency International et SHERPA, à l’origine de la première plainte à l’encontre de Teodorin Obiang, cette condamnation est historique. Mais accusant Paris d’ingérence diplomatique, Malabo a déplacé le dossier devant la Cour internationale de Justice.

L’affaire du coup d’état manqué
Début janvier 2018, Malabo a annoncé avoir déjoué un « coup d’État », après qu’une trentaine d’hommes armés étrangers (des Tchadiens, des Centrafricains et des Soudanais ndlr) ont été arrêtés fin décembre au Cameroun, au carrefour des trois frontières entre la Guinée, le Cameroun et le Gabon. Cette annonce qui n’est autre que la nième d’une série pourrait prouver à suffisance que le régime de Malabo présente désormais des fissures. Sont-ils là des signes précurseurs du déclin de l’empire Obiang Nguema ?

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1979, Teodoro Obiang Nguema, 72 ans, qui dirige la Guinée équatoriale d’une main de fer, a été réélu en 2009 avec 95,37 % des voix.