Le Gabon, est un petit pays d’Afrique centrale situé sur la côte atlantique. Il possède une économie basée essentiellement sur le commerce du bois et l’exploitation du pétrole brut. Ce pays a d’étroite collaboration avec la France et les USA, c’est ce qui justifie sans doute la présence d’une grande base militaire pour le premier et de plusieurs soldats des forces spéciales pour le second, en cette terre des peuples fangs. Hier, lundi 7 au matin, vers 4 heures, un groupe d’une dizaine de militaires a investi manu militari la Radio-Télévision gabonaise (RTG) et a appelé au soulèvement populaire, disant vouloir sauver le pays du chaos. Retour sur cette journée inouie

Les gabonais se sont réveillés ce 1 er jour de la semaine avec le visage de soldats armes à la main et béret vert sur la tete en ouvrant leur télévision pour suivre comme à l’accoutumée les actualités ou émissions matinales

Au milieu de l’écran, le lieutenant Kelly Ondo Obiang, prend la parole. Il se présente comme un commandant adjoint de la garde Républicaine. Et au micro, il fait part de sa frustration suite au message prononcé par le Chef de l’Etat à l’occasion du nouvel an : Il déclare :

« Le message du chef de la nation visant à clore le débat sur sa santé a plutôt renforcé les doutes sur sa capacité à assumer la fonction de président de la République. Le Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité, soucieux de sauver la démocratie en péril a décidé ce jour de prendre ses responsabilités afin de mettre en déroute toutes les manœuvres en cours en vue de la confiscation du pouvoir. Dans quelques heures, nous mettrons en place un conseil national de la restauration après consultation de toutes les forces vives de la nation afin d’assurer la continuité de l’État et de garantir au peuple gabonais une transition démocratique ».

Ces militaires appellent les Gabonais à les soutenir, à investir les édifices publics et les aéroports. Leur message passe en boucle jusqu’aux environs de 7h30. Dans le quartier de la RTG, une dizaine de jeunes mettent le feu à des voitures et à des pneus. 

Vers 8h 30, l’on voit des blindés des forces de sécurité qui bloquent l’accès aux axes principaux de la capitale pour tenter de rétablir l’ordre. Ce sont des loyalistes, fidèles au gouvernement. Internet et les réseaux sociaux sont coupés entre temps. Les habitants suivent ce scénario avec beaucoup d’appréhension

A 9 heures, sur cette même radio, le Ministre de la Communication annonc que le GIGN a neutralisé les mutins au cours d’une opération sur la radio et qui aura fait deux morts cotés mutins et quelques arrêtés. D’abord en fuite, le chef de cette épisode, le Lieutenant Kelly a été arrêté quelques heures plus tard au domicile d’un particulier.

Cette tentative de coup d’État intervient après plusieurs semaines d’interrogations et de rumeurs au Gabon, depuis l’hospitalisation en Arabie saoudite le 24 octobre 2018 du président Ali Bongo, victime d’un AVC et sa déclaration à la Nation du Nouvel An depuis le Maroc, ou il est en convalescence. La communication quasi mutique des autorités sur l’état de santé du président Bongo, au pouvoir depuis 2009, n’a fait qu’alimenter les ragots.

Ce mardi matin, la vie a repris son cours normal dans la capitale gabonaise. La coupure d’Internet qui était jusque-là le point noir de la situation dans le pays est désormais terminée. Le réseau a été rétabli à midi. Les réseaux sociaux marchent, la circulation est normale, les bouchons sont même de retour à certains endroits de la capitale. Les écoles, collèges et lycées ont rouvert. Cependant, beaucoup d’élèves n’ont pas effectué le déplacement et les présents ont manqué de professeurs. Les commerces et les administrations publiques sont également ouverts.

Tout s’est passé tellement vite, les arrestations menées ce mardi par le gouvernement, prouvent que très peu de personnes semblent directement impliquées dans cette tentative de coup de force. Toutefois, cela suscite de nombreuses interrogations comme celle de savoir qui est réellement derrière ce putsch avorté. Le jeune lieutenant était-il seul ou avait-il des complices ? Y a-t-il des personnalités politiques impliquées ?

Qu’à cela ne tienne, le Gabon jusqu’alors épargné par les coups d’État vient de vivre l’un de ses premiers épisodes fatidiques, l’on félicite les organisations sous régionales, régionales et internationales qui ont condamné cette tentative.

Le Phénix