ANALYSE GENERALE
DE LA FEUILLE DE ROUTE POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION
EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Conférence de l’OCDH à la FATEB
(Samedi, le 21 Juillet 12018)
TOUS DROITS RESERVES : @DANDARA RECONCILIATION NEWS

Mesdames et Messieurs,
Distingués invités,

Le 30 juin 2018, l’OCDH a organisé une conférence sur la FEUILLE DE ROUTE de l’Union Africaine et ses enjeux ainsi que ses aspects juridiques, assortie de 14 recommandations. Cela a donc permis aux différents participants de comprendre les en-dessous de cette FEUILLE DE ROUTE.
Depuis lors, d’autres situations sont apparues et méritent d’être étudiées : il s’agit de la position de certains partis politiques par rapport à cette FEUILLE DE ROUTE, ainsi que les 77 revendications des rebelles que le Gouvernement centrafricain doit obligatoirement accepter sous peine de la partition du pays.
Je pense qu’il est encore utile de revenir sur les points importants de la FEUILLE DE ROUTE pour éclairer l’assistance, ensuite ressortir les grands pièges contenus dans les 77 revendications des rebelles, pour enfin livrer notre sentiment sur la position de ces partis politiques.
Sur ce, je commence par le point (I) qui concerne l’Analyse de la FEUILLE DE ROUTE.

Première partie
ANALYSE DE LA FEUILLE DE ROUTE

Je tiens d’abord à préciser que j’ai suivi le plan chronologique de la FEUILLE DE ROUTE de l’Union Africaine.

Comme vous le savez, depuis 2013 la République Centrafricaine est confrontée à une crise sans précédent : des groupes armés aussi bien centrafricains (Gula, Runga, Yulu…) qu’étrangers (Tchadiens, Soudanais, Haoussas du Niger et du Nigéria) ont mené des actions en vue de conquérir le pouvoir. C’est ainsi que le 24 mars 2013, le Centrafricain DOTODJA s’est emparé du pouvoir en s’autoproclamant Président de la République. Dans l’un de ses discours, il a justifié sa prise de pouvoir par le décèlement d’un piège qu’on lui aurait tendu au niveau de SIBUT. La suite des évènements nous a édifiés.
L’indien Shafique KESHAVJEE, pasteur de l’Eglise protestante disait : « Lorsqu’un problème est mal posé, toutes les solutions sont fausses ». En effet, dès le commencement de la crise centrafricaine, les conspirateurs, dans leur esprit de diviser le pays, en vue de profiter de ses ressources pour redresser leur économie en perte de vitesse, avaient cru bon de présenter la situation, comme étant un conflit opposant les chrétiens et les musulmans centrafricains, alors qu’il s’agissait clairement d’une invasion étrangère, ourdie par eux-mêmes, en manipulant nos frères du Nord, afin de déstabiliser la RCA, pour piller aisément ses ressources.
Ainsi, le matin, ont-ils fabriqué les SELEKA et le soir les ANTI-BALAKA. En se référant à la chanson de l’Ivoirien TICKEN FAKOLY, on peut comprendre aisément la méthode employée : « Ils allument le feu, ils attisent et après ils veulent jouer aux pompiers ». Les Centrafricains ont tout compris.
Mais pourquoi en est-on arrivé à cette situation ?
Je peux dire sans risque de me tromper, qu’après la chute de l’Empereur BOKASSA, les autorités politiques centrafricaines ont, dans l’ensemble, négligé la protection du pays, soit par ignorance, soit par incompétence, soit pour préserver leurs intérêts personnels. C’est ainsi que progressivement, des cartes d’identité nationale sont délivrées aux étrangers, certains sont incorporés dans l’armée nationale, d’autres occupent des postes électifs et tout cela, sans une enquête préalable et sérieuse de moralité.
A cause de cette légèreté de nos autorités politiques, de l’inconscience de certains compatriotes dans l’exercice de leurs fonctions (policiers, gendarmes, douaniers, cadres administratifs et même des magistrats), ces étrangers ont commencé à s’intéresser à la politique nationale et constituent donc une aubaine pour ceux qui veulent avoir une main mise sur la RCA. C’est tout ce qui précède qui a conduit à cette situation complexe d’aujourd’hui.
Plusieurs tentatives de réconciliation et de retour à la paix ont échoué. On peut se rappeler de l’Accord de BRAZZAVILLE, du Forum de Bangui, de l’Accord de SANT’ EGIDIO pour arriver aujourd’hui à cette FEUILLE DE ROUTE, née de la rencontre du Président Faustin Archange TOUADERA et de son homologue tchadien, le Président Idriss DEBY ITNO, à NDJAMENA le 10 novembre 2016.
Le 30 novembre de cette même année à LIBREVILLE, les Chefs d’Etats et de Gouvernements de la CEEAC, lors d’un sommet extraordinaire, ont décidé de soutenir cette initiative, laquelle doit être conduite par l’Union Africaine, en étroite collaboration avec la CEEAC, les Nations Unies et d’autres partenaires.
L’idée maitresse de la FEUILLE DE ROUTE est celle-ci :«Pardonner tous les criminels en les amnistiant avant de les incorporer, soit dans l’armée nationale, soit dans les structures socio-économiques appropriées de l’Etat ».
La question que les Centrafricains se posent au sujet de cette initiative africaine est la suivante : «   Est-ce que la Communauté internationale avait aussi imposé à la France de naturaliser tous les criminels allemands et d’incorporer certains dans son armée nationale ou dans les structures socio-économiques françaises après la 2ème guerre mondiale, pour qu’aujourd’hui, celle-ci impose implicitement à la RCA, de reconnaître ces étrangers comme de nouveaux centrafricains ? »
L’article 27 alinéas 1, 2 et 3 de la Constitution énonce clairement que : «  Les forces de défense et de sécurité sont au service de la Nation. Elles sont composées exclusivement de citoyens Centrafricains. Elles sont professionnelles, multiethniques, républicaines et non partisanes ».
Alors, comment comprendre une possible cohabitation entre ces bourreaux étrangers et les militaires centrafricains dont les parents ont été victimes de leurs atrocités?
Une analyse minutieuse de cette FEUILLE DE ROUTE va nous dévoiler tous les pièges qu’elle renferme :

Introduction et contexte

L1.2 : De prime abord, la mission de maintien de la paix des Nations Unies (MINUSCA) avoue être dépassée par les Groupes armés qui menacent le pays d’une partition.

L1.3 : Pour trouver une solution, le Président Faustin Archange TOUADERA a cru bon de tendre la main à ses frères africains pour qu’ils lui viennent en aide dans la démarche de recherche de la paix. Mais s’il avait pensé que ceux-ci pouvaient l’aider dans la résolution de la crise centrafricaine, croit-il actuellement que tous sont de bonne foi et prêts à l’aider franchement et de manière désintéressée ?
L1.4 : Le sombre tableau du pays que déplore ici la FEUILLE DE ROUTE, ne serait-il pas dans la logique des conspirateurs de cette crise, à savoir : la politique de la terre brûlée au profit d’un sionisme planifié, en vue de réduire la population autochtone ? En effet, une étude de la cartographie du KM5 pourrait permettre de voir les quartiers qui sont en train d’être annexés, et de se rendre compte de la stratégie subtile de conquête mise en place par les ennemis de notre pays. La même étude pourrait se faire en province.
L1.5 : Le 10 novembre 2016 à NDJAMENA, les Présidents TOUADERA et DEBY se sont rencontrés et il a été décidé de confier le dossier centrafricain à l’Union Africaine, laquelle doit collaborer avec la CEEAC, les Nations Unies ainsi que d’autres partenaires. A ce sujet, il convient de relever que les Centrafricains n’oublient pas que c’est depuis que le Président Idriss DEBY ITNO a commencé à s’immiscer dans la vie politique centrafricaine, d’abord par une amitié sournoise, pernicieuse avec le feu Président Ange Félix PATASSE qu’il a réussi à faire partir au profit du Président François BOZIZE, lui-même transformé en élève au point d’incorporer des ressortissants tchadiens dans l’armée centrafricaine, lesquels seront encore utilisés par le même DEBY pour l’évincer au profit de DOTODJA qui n’a compris le mécanisme que quand les carottes étaient cuites pour lui-même. Aujourd’hui, toujours téméraire, il vient encore berner TOUADERA dans un autre coup fourré, à savoir : canaliser le destin de la RCA en l’amenant à accepter une FEUILLE DE ROUTE qui n’a rien à voir avec les intérêts des Centrafricains. En effet, une fois signée, cette FEUILLE DE ROUTE sera un chèque à blanc donné par le Président TOUADERA aux étrangers qui feront de notre pays ce qu’ils voudront. Je me demande qui va sauver la RCA .

L1.6,7,8 : Dans la perspective de la mise en œuvre de cette FEUILLE DE ROUTE, on relève un engouement particulier des uns et des autres ( Union Africaine, CEEAC, CIRGL, MINUSCA, ANGOLA, CONGO, GABON, TCHAD) surtout en direction des Groupes armés. Je me pose la question de savoir si une telle démarche ne suscitera pas la création d’autres Groupes armés. Par ailleurs, je note que la MINUSCA qui a déjà affirmé son incapacité d’assurer convenablement sa mission devant les Groupes armés qui se renforcent, selon les termes de la FEUILLE DE ROUTE, s’est attribué une nouvelle mission technique. Pourra-t-elle vraiment s’en sortir ? Les Centrafricains osent espérer cette fois-ci à la sincérité de toute cette conjugaison d’efforts.
L1.9 : Selon la FEUILLE DE ROUTE, le Gouvernement Centrafricain «  soutient sans ambages cette initiative africaine ». Pour les Centrafricains, c’est le contraire qui les aurait étonnés, car il a toujours été impuissant devant la pression des conspirateurs.
L1.10 : Il est dit que le peuple centrafricain attend la réalisation de la FEUILLE DE ROUTE. De quel peuple centrafricain il est question car le vrai peuple centrafricain comprend qu’il s’agit tout simplement d’un pot – aux- roses. Quant au FORUM de Bangui auquel il est fait allusion, ses importantes résolutions, à savoir : le réarmement des FACA, les sanctions des coupables, le rapatriement des étrangers…) demeurent malheureusement sans suite jusqu’à ce jour.
L1.12 : La vision dont il est question dans la FEUILLE DE ROUTE est-elle réellement celle du peuple centrafricain, notamment : rapatrier les étrangers, punir les coupables, réarmer les FACA en vue de rétablir la sécurité, l’autorité de l’Etat pour la reconstruction nationale ? Par conséquent l’adhésion du Gouvernement à une vision conçue et proposée par l’extérieur, constituera une haute trahison du peuple centrafricain (art. 124 de la Constitution du 30 mars 2016). En tout cas Emile Zola disait : «Quand on enferme la vérité sous la terre, elle s’y amasse, y prend une forme telle d’explosion que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle ». Donc une conciliation conçue à l’extérieur, ne pourra que relancer de plus belle la crise, parce que contestée, inadaptée, incommode, révoltante.
S’agissant d’un dialogue franc et sincère avec les Groupes armés, je me demande si dans les pays des acteurs de cette nouvelle initiative, on dialogue aussi avec les bandits. Si tel est le cas, à quoi sert donc la Cour Pénale Spéciale créée en RCA en 2015 ? Une coquille vide !
L1.13 : La FEUILLE DE ROUTE semble oublier un dernier partenaire de la RCA qui est la RUSSIE. Pour quelle raison ? Puisqu’on y cite bien d’autres membres de l’ONU comme les Etats Unis, la France, l’Italie, le Gabon, le Tchad….
L1.14 : En ce qui concerne les modalités pratiques de la mise en œuvre de la FEUILLE DE ROUTE, il prévu sa validation par les instances de l’UA. Cette proposition doit faire réfléchir toute personne avisée quant à la main qui est derrière.

Objectifs des efforts de paix et résultats attendus

L 2.1 : Même si le problème de Groupes armés a déjà été soulevé plus haut, nous y revenons pour confirmer que ces Groupes armés sont constitués en grande partie d’étrangers qui doivent, soit regagner leurs pays, soit être punis, doublé d’un traitement psychanalytique. Si la Communauté internationale veut sincèrement aider la RCA comme elle le prétend, qu’elle s’implique pleinement dans le désarmement et la sanction de ces bandits ; que les FACA soient rétablies pour le plus grand soulagement des Centrafricains, aussi bien dans la capitale que dans l’arrière-pays. Sinon comment comprendre que, d’un côté on met l’embargo sur les armes au détriment des forces légales, et de l’autre côté on arme les forces non conventionnelles ?
L 2.2 Concernant l’inclusion d’éléments dans la Feuille de Route :
L 2.2 a) : La Feuille de Route insinue une disparité entre les différentes communautés centrafricaines d’une part, et les régions d’autre part.
Il convient de préciser ici que toutes les régions connaissent plus ou moins les mêmes problèmes. La géopolitique a toujours été prise en considération par les différents gouvernements. Mais s’il est fait ici allusion, à une disparité, c’est tout simplement par rapport aux minorités étrangères qu’ils ont constituées et à qui le Gouvernement doit attribuer un terroir et l’identité centrafricaine selon la FEUILLE DEROUTE. Les ennemis de la RCA ont manipulé nos frères du Nord (GOULA, RUNGA, YULU et les centrafricains musulmans dans le but d’atteindre cet objectif.
A cet effet, quand ZOUNDEKO, appartenant à la véritable minorité centrafricaine, avait compris la fourberie de ces fractionnistes, il avait été immédiatement éliminé tandis que Ali DARAS, NOURREDINE , SIDIKI et les autres bandits qui constituent les minorités importées et protégées des conspirateurs, sont entretenues et armées au su de tout le monde.
D’ailleurs, peut-on encore parler de minorités lorsque celles-ci sont puissamment armées en face d’une majorité sans défense, qui est cruellement massacrée par lesdites minorités ? En tout cas les centrafricains doivent comprendre que les ennemi de la République excellent dans l’art de se faire passer pour des humanistes pour obtenir ce qu’ils veulent : c’est ce qu’ils avaient fait le 5 Décembre 2013 pour influencer la décision du Conseil de Sécurité de l’ONU en ce qui concerne la résolution 2127 leur permettant de revenir en RCA.

L 2.2 b) : La FEUILLE DE ROUTE demande que soient intégrés des membres éligibles des éléments des groupes armés dans les structures sécuritaires et socio-économiques appropriées de l’Etat et de la société centrafricaine, sur la base des principes de fraternité, de justice, de l’inclusion et de cohésion nationale. A ce sujet, je tiens à dire à ces prétendus humanistes qui pensent encore qu’ils peuvent nous faire un croc-en-jambe, qu’ils doivent commencer d’abord par traiter et moraliser leurs ouailles avant de penser à une telle proposition. Qu’ils sachent qu’il faut, du moins, en ce qui concerne la RCA que la moralité et le niveau intellectuel soient requis pour l’intégration dans les structures de l’Etat et dans l’armée. Mais s’ils tiennent à dédommager à leur manière les étrangers qu’ils ont utilisés pour déstabiliser la RCA, qu’ils aillent faire cette prédication chez eux pour amener leurs populations à les adopter tels qu’ils sont, sur la base des principes de fraternité ou les aider à regagner leurs pays respectifs, car on ne doit pas imposer le sentiment de fraternité à une personne.
En ce qui concerne les Centrafricains, l’exemple du MLPC et du RDC qui vivent actuellement en parfaite cohésion démontre à suffisance que la cohésion sociale se fera naturellement, sans les mots vides qu’on nous fait entendre. Pour les Centrafricains, c’est « l’impunité zéro », le rapatriement des étrangers ou la loi de la déchéance (article 52 ) qui doivent être appliquées.

Les principes directeurs

L 3.1a : La FEUILLE DE ROUTE prône le respect de la Constitution d’un côté et de l’autre côté, tout le long de sa démarche, elle propose des solutions anticonstitutionnelles. Par exemple l’intégration de groupes armés dans l’armée qui s’oppose à l’article 27 de notre Constitution.

L 3.1b : La FEUILLE DE ROUTE met l’accent sur un engagement à promouvoir le dialogue constitutif, de bonne foi et dans un esprit de compromis en mettant en exergue l’intérêt national. Pour les Centrafricains, le premier intérêt national est que la RCA soit un et indivisible, ensuite qu’ils circulent librement et en sécurité dans leur pays et sous la protection de leur FACA.

L 3.1c : La Communauté internationale reconnait dans ces principes directeurs que la violence, la force et l’usage des armes ne constituent pas une solution aux nombreux défis auxquels fait face la RCA. Qu’attend-elle donc pour empêcher tous ces bandits qui usent continuellement de la violence, alors qu’elle dispose des moyens pour les en empêcher ? Aujourd’hui cette Communauté internationale propose une FEUILLE DE ROUTE qu’elle veut comme unique et dernière solution de paix en RCA, alors que le KM5 qui est une République dans une autre République n’est toujours pas désarmé. Cela démontre cette ambiguïté de la Communauté internationale.

L 3.1d : La FEUILLE DEROUTE fait une injonction au Gouvernement qui doit s’engager à accepter ces différentes revendications.

L 3.1 e) : Concernant l’idée de la présomption d’innocence, il faut préciser que le peuple Centrafricain connait tous les criminels qui jouissent encore d’une protection spéciale de la Communauté internationale. Ces derniers ne sont même pas inquiétés.

Les parties concernées

L 4.2 : Les parties prenantes selon cette FR sont : le Gouvernement et les Groupes armées.

L 4.4.4 : Est-ce normal que les Parlementaires, les acteurs politiques, la société civile et les victimes centrafricains ne soient consultés qu’après la conception de cette FEUILLE DE ROUTE qui concerne l’avenir de leur pays ?
C’est pourquoi nous tenons à attirer l’attention de nos parlementaires, des acteurs politiques centrafricains, de la Société civile, que cette FEUILLE DE ROUTE est l’arbre qui cache la forêt ; il s’agit de l’avenir de notre pays, c’est-à-dire de sa survie. D’où il est important, une fois, de faire preuve de maturité, en résistant aux pressions multiformes, pour empêcher que notre pays ne tombe définitivement entre les mains des étrangers, compromettant ainsi l’avenir de nos enfants qui ne le leur pardonneront pas. Pour une fois, si les acteurs centrafricains devaient participer à ce enième dialogue, je leur conseillerais de faire preuve d’un patriotisme louable en défendant, en protégeant leur Nation, à l’instar d’autres africains tels que les Rwandais, les Burkinabé. La jeunesse centrafricaine vous en sera reconnaissante, les ancêtres vous béniront. Je voudrais pour cela, vous rappeler une phrase de notre Hymne national : «  De nos ancêtres, la voix nous appelle ». Sans prétendre modifier cette phrase, je vous dis aujourd’hui : « De nos ancêtres la voix nous interpelle ».

Facilitation et Coordination

Panel de facilitation
L 5.2 : En ce qui concerne les acteurs du Panel de facilitation, nous avons une inquiétude concernant le responsable devant désigner le Représentant de ce Panel de Facilitation d’autant plus que ce Responsable est un Tchadien. Quant aux canaux de communication, j’attire l’attention de tous, que la RFI fait partie des canaux de communication dont on connait son penchant à déformer la vérité, en fonction des directives de son pays. Par conséquent, ses informations doivent être prises .avec des pincettes. C’est aussi le cas de France 24 qui est en train de faire une guerre psychologique en montrant des images des rebelles surarmés pour influencer la décision des Centrafricains.

Comité technique
L 5.4 : On constate une fois de plus que la FEUILLE DE ROUTE confie le sort des Centrafricains uniquement aux étrangers en ce qui concerne la composition des membres du Comité technique devant assurer le Secrétariat.

Point focal national de Coordination

L 5.5 : La FEUILLE DE ROUTE charge le Président de la République Centrafricaine du choix d’un Point focal pour assurer la coordination avec le Panel de facilitation. Si celui-ci ne prend pas en compte les aspirations profondes du peuple centrafricain et accepte un dialogue conçu et imposé par l’extérieur, en plus de tout ce que nous avions fait et qui n’avait abouti à rien, je lui conseillerais cette fois-ci d’avoir le courage, le sens de l’intérêt général, pour désigner comme point focal un homme de qualité, c’est-à-dire un homme qu’il faut, pour résister aux pressions. Mais si cela devait se passer autrement, le monde se moquerait des intellectuels centrafricains et il aurait raison, car on comprendrait mieux qu’une telle bêtise soit faite par quelqu’un qui n’a pas mis pied à l’Université, que par vous qui enseignez à l’Université. Sachez que vos étudiants vous observent, les intellectuels, aussi bien centrafricains qu’étrangers, vous apprécieront.

Coordination et partage d’information

L 6.1  Au sujet du partage d’information, les Centrafricains savent que certains ONG et canaux de communications ne sont que des satellites de certains acteurs de cette médiation dont on connait le degré de nuisance. Les exemples de l’OIM chez qui, il a été trouvé de quantité de munitions à un moment donné , de RFI qui déforme souvent la vérité, de la Télévision France 24 qui fait ces jours-ci une guerre psychologique en valorisant dans ses émissions les rebelles, sont édifiants.

Projet d’agenda

A. Les questions politiques et socio-économiques
L 7.1, 4 : La FEUILLE DE ROUTE fait état des mesures d’accompagnement : on peut y opposer cet adage centrafricain qui dit : «  On attire le porc avec le tubercule de manioc ». En effet, les propositions en ce qui concerne l’investissement dans certaines régions, l’octroi des primes aux régions qui ont préservé la paix et la concorde sociale, la transformation de la ville de BAMBARI en un modèle de retour de l’autorité de l’Etat, le Statut d’anciens chefs d’Etat etc…sont bien sûr très alléchantes. Cependant, je me pose la question de savoir ce qui est encore caché derrière ces propositions. La ville de BAMBARI semble intéressée davantage la FEUILLE DE ROUTE ; ne serait-ce pas encore cette idée de faire d’elle la capitale de la nouvelle République du Logone en cas de partition, qui est en train de se mettre implicitement en place ?
Quant au Statut d’anciens chefs d’Etat, la Constitution du 30 mars 2016 parle d’anciens Chefs d’Etat irréprochables (art. 124 de la Constitution). Sont-ils tous irréprochables ? Mais si l’on s’en préoccupe ici, c’est tout simplement pour amener ces derniers à adhérer à cette FEUILLE DE ROUTE ; aujourd’hui l’un de ces anciens Chefs d’Etat est bien tombé dans le piège de ces conspirateurs.

Les questions de sécurité et de défense

L 7.2. Parmi les différentes actions préconisées dans cette rubrique, dont la constitution d’unités de sécurité de proximité, je me réjouis de ce que le Groupe International de Soutien à la RCA (GIS-RCA) se soit enfin rendu compte des limites de la MINUSCA, pour ainsi proposer une nouvelle entité de sécurité. Cela confirme bien la préoccupation des Centrafricains quant à la capacité de la MINUSCA d’assurer une mission supplémentaire.

Schéma opérationnel du déroulement du dialogue

L 8.1.2 : Ici la FEUILLE DE ROUTE indique les modalités de négociation. Mais ce faisant, croit-elle déjà à l’approbation de cette FEUILLE DE ROUTE par les Centrafricains ?  En tout cas, ceux-ci pensent qu’aller à un dialogue avec des bandits, de surcroît étrangers, c’est reconnaitre et leur donner un statut. Par ailleurs, il faut remarquer que dans tout dialogue, c’est toujours la position du plus fort qui l’emporte. Donc, la Communauté internationale veut-elle que les Centrafricains aillent cautionner ce que les plus forts ont déjà arrêté contre leurs propres intérêts ?

Moyens logistiques et financiers

L9.1,2,3 : La FEUILLE DE ROUTE demande une contribution importante du Gouvernement centrafricain à l’effort collectif africain. Sachant d’une part que le parc automobile de l’Etat centrafricain a été vidé par les envahisseurs, et que d’autre part celui-ci dépend actuellement des financements étrangers, et que ces Groupes armés dont il est question, empêchent le Gouvernement de réaliser les recettes fiscales et douanières qui jadis, lui permettaient de faire face à ses obligations régaliennes, je me demande avec quels moyens elle pourra honorer cette demande. N’est-ce pas une facétie ?

Conditions de succès

L.10.1.a,b,c : Je fais remarquer aux initiateurs de la FEUILLE DE ROUTE qu’on ne peut raffermir que ce qui existe déjà. Or, depuis le début de la crise, le peuple centrafricain n’a senti aucune volonté, aucun soutien franc de la Communauté internationale, tendant à ramener définitivement la paix. La preuve est que ce n’est que maintenant qu’ils pensent à l’utilisation du droit international pour sanctionner les récalcitrants. Mais de quels récalcitrants s’agit-il ? Ceux qui existent depuis toujours ou ceux qui s’opposeront à leur FEUILLE DE ROUTE ?

Dispositions finales

L 12.1.2 : La FEUILLE DE ROUTE compte sur le Gouvernement centrafricain, en tant que leadership pour faire avaler cette couleuvre à la population. Par ailleurs, elle évoque l’Accord de SANT’EGIDIO pour renforcer sa position. Or, l’on sait que cet accord qui n’était qu’une autre duperie, était conçu dans le même esprit de cette initiative africaine, au point d’amener à se demander si ce n’est pas la même main de cette FEUILLE DE ROUTE qui était derrière.

Deuxième partie
Revendications des Groupes armés

Il ne s’agit pas de faire une étude exhaustive de ces revendications qui sont au nombre de 77, classées en quatre catégories dont 25 de socio-économiques, 18 de politiques, 17 de sécurité et défense, 17 de justice, réconciliation et questions humanitaires.
Les rebelles demandent que toutes ces revendications soient prises en compte par le Gouvernement sous peine de la partition du pays.
Je pense qu’il s’agit là encore d’une autre manipulation de la France, pays colonisateur de la RCA, qui livre une guerre honteuse à sa petite ancienne colonie, à travers son voisin du Tchad et des terroristes étrangers qu’elle a importés, afin d’avoir une mainmise définitive sur ses richesses. Elle procède souvent par le flambage du pays, puis demande à travers un humanisme artificiel, son insertion dans les forces de maintien de la paix des Nations Unies, pour mieux organiser le pillage des ressources centrafricaines. Il suffit de regarder ces jours-ci la télévision France 24 pour comprendre ces manipulations à travers la guerre psychologique qu’elle organise.
Ces revendications comportent aussi des pièges. Les bonnes propositions qui y figurent sont destinées uniquement à masquer ces pièges pour qu’ils soient plus facilement acceptés. Je ne relèverai que quelques points de ces 77 revendications pour prouver qu’il y existe bel et bien des pièges.

Revendications politiques

1-Il s’agit de favoriser la participation à la gestion de l’Etat par nomination des cadres dans les institutions et les services polico-administratifs du pays. Ce qui revient à dire que même s’ils ne remplissent pas les conditions requises (compétence, nationalité, moralité), ils doivent être intégrés dans les entités citées, au détriment des cadres formés. Par conséquent, le plan gouvernemental d’intégration sera bouleversé.

2- Accélérer le processus de décentralisation et d’autonomisation de régions ; Je pense que dans le contexte actuel c’est courir le risque de partition du pays. Il faut que le pays se stabilise pour qu’on puisse y penser.

4- Elaborer une politique de protection de minorité ainsi que leur représentativité dans la gestion des affaires de l’Etat. Cette préoccupation est déjà prise en compte par la Constitution en son article 11 qui garantit un traitement égal à tous les citoyens. Parler d’un traitement spécifique des minorités introduit une idée de discrimination qui est contraire à la Constitution.

6- Libérer les prisonniers politiques. Ces groupes armés cherchent par tous les moyens à se soustraire de toute sanction ; c’est pourquoi ils prêchent continuellement la culture de l’impunité.

12- Faciliter la transformation des groupes armés en partis politiques. A ce sujet je voudrais dire que tout parti politique est supposé avoir une idéologie. Vu leur moralité exécrable et leur culture de la violence, quel genre de société pourront-ils proposer au peuple centrafricain qui n’aspire qu’à la paix ? A moins que la France veuille faire l’expérience d’une société de bandits en République Centrafricaine.

I7- Reconnaitre le droit à la citoyenneté et faciliter l’octroi des pièces administratives sans tracasseries, notamment pour les communautés musulmanes et peulhs. Cette revendication va à l’encontre de la cohésion sociale puisqu’elle énonce une idée de spécificité en ce qui concerne la communauté musulmane. Peut-on combattre la discrimination avec la discrimination ?.

18- Eriger certaines localités en Postes de contrôle administratif (PCA), notamment dans la Vakaga et la Haute Kotto. Je pense tout simplement que certains bandits étrangers qui veulent s’établir définitivement en RCA, pensent à se créer des terroirs pour justifier leur identité centrafricaine.

Revendications économiques

22- Mettre en place un fond de micro-crédit destiné, à financer les initiatives des jeunes et des femmes associés aux groupes armés C’est encore l’idée de discrimination qui va à l’encontre de la Constitution (article 6) et qui est de nature à ne pas favoriser la cohésion sociale.
Sécurité et défense.

3- Reconnaitre et harmoniser les grades dans le processus du DDRR et du RSS. Je pense qu’ici ils veulent que l’Etat reconnaisse leurs grades qu’ils se sont attribué dans la brousse. Mais ces grades ne représentent absolument rien dans la formation normale d’un militaire. Cette revendication va à l’encontre de la préoccupation de la Communauté internationale qui exige que les militaires centrafricains soient régulièrement formés pour reprendre les armes. Or, les groupes armés sont, non seulement des immoraux, mais encore sont sans formation militaire.

5. Intégrer les éléments des groupes armés dans les forces de défense et de sécurité. Leur moralité et l’absence de formation leur font défaut. Ils seront des éléments contagieux pour une bonne armée.

13. Interdire la fabrication artisanale des armes et procéder au ramassage de ces armes artisanales. L’idée est bonne, cependant il faudra procéder au ramassage de toutes les armes artisanales et de guerre en même temps, entre les mains des forces illégales sans exception.

Troisième partie
Position des partis politique d’opposition

Il faut signaler que jusque-là, quatre partis politiques se sont prononcés favorablement à la FEUILLE DE ROUTE. Il s’agit de l’URCA de Anicet Georges DOLOGUELE, le RPR d’Alexandre NGUENDET, le PATRIE de Crépin MBOLI-GOUMBA et le KNK de François BOZIZE.
Partant du principe de la liberté d’exprimer et de diffuser ses opinions par la plume ou la parole, il n’y a aucune remarque à faire à ces partis.
Les Trois premiers ont approuvé la FEUILLE DE ROUTE en proposant un dialogue politique inclusif (Citoyen n° 5634 du 02/07/18). Le dernier, non seulement a approuvé la FEUILLE DE ROUTE sans ambages, mais a demandé au Président du Tchad d’œuvrer pour que la paix revienne en RCA, je cite ; « …exhortons son Excellence Idriss DEBY ITNO, président du Tchad, fin connaisseur de la crise centrafricaine et des différents acteurs, Président en exercice de la CEMAC à œuvrer à la stabilisation de la situation en RCA… » (AGORA n°3428 du 01/07/18. Cependant, je me demande s’ils ont procédé à l’analyse de la FEUILLE DE ROUTE et des revendications des Groupes armés au sein de leurs partis respectifs, avant d’approuver cette FEUILLE DE ROUTE ou bien, si c’est seulement l’intérêt personnel qui les a guidés.
Pour ma part, je tiens à leur dire que cette FEUILLE DEROUTE est un cheval de Troie. Les revendications aussi ne sont pas toutes bonnes pour l’avenir de la RCA. Qu’ils n’ignorent pas qu’ils auront une responsabilité historique devant Dieu et devant les hommes en ce qui concerne l’avenir de notre pays. En ce concerne le parti KNK qui appelle de nouveau le Tchad pour résoudre le problème centrafricain ; je me pose la question de savoir si le KNK est sorti de son parti, pour flairer un peu le sentiment actuel des autres centrafricains, qui ont vécu dans leur chair et qui, après la fuite du général, continuent encore de vivre dans certaines localités les atrocités des Tchadiens. J’ignore si l’idéologie de ce parti est la « soumission à l’extérieur ».
Je peux dire que malgré tout ce qui est arrivé aux Centrafricains, le KNK n’a toujours pas politiquement grandi, pour comprendre qu’on cherche à nous déposséder de notre terre. Qu’il n’oublie pas le proverbe centrafricain qui dit : «  on attire le porc avec le tubercule de manioc ». Pour ma part, je pense que les conspirateurs qui connaissent les faiblesses du leader de KNK savent qu’en lui faisant des promesses alléchantes, il tomberait dans leur piège en sacrifiant même son peuple.
C’est pourquoi je voudrais attirer ici l’attention du Leader de KNK qu’on veut l’utiliser (comme ils l’ont fait à DOTODJA et tant d’autres) et cela, juste pour qu’il approuve la FEUILLE DE ROUTE. Donc un homme politique digne de ce nom, doit éviter une prise de position hâtive, irréfléchie, dont les conséquences seront sans doute négatives pour son pays. Qu’il se demande pourquoi les deux autres anciens présidents se taisent. Sagesse oblige !

CONCLUSION

Tout Centrafricain doit savoir que son pays est hautement convoité à cause de ses innombrables richesses, dont certains pays y comptent pour se développer, voire redresser leur économie. Aujourd’hui, le pays ressemble à une jungle où les plus forts cherchent à écraser les plus faibles. Donc la France et le Tchad se sont entendus pour, d’un côté, tendre un piège au Président TOUADERA à travers la FEUILLE DE ROUTE, et de l’autre côté, en profiter pour protéger leurs poulains qui ont posé des actes relevant du Droit international, lesquels pourraient les éclabousser, et aussi imposer leur volonté au Président de la République. Par ailleurs, ils se sont rendu compte que la plupart des Centrafricains, par leurs comportements n’aiment pas leur pays. L’exemple de notre frère, le centrafricain SAYO dans l’OUHAM PENDE traduit suffisamment cette inconscience. Ainsi, profitent-ils de nos faiblesses pour tenter de quelque manière de s’accaparer de notre pays : le retour à la paix qui tarde, l’entretien des Groupes armés, la lenteur dans le rétablissement des FACA, l’armement des bandits, la mise à la retraite de soldats valables, expérimentés pendant cette période de guerre rentrent dans cette logique d’affaiblissement du pays et prouvent à suffisance leur détermination à nous déposséder de notre terre. C’est pourquoi, nous devons, à partir d’aujourd’hui, être plus que vigilants, unis, courageux, abandonner nos tares, notamment l’inconscience, l’insouciance, l’irresponsabilité, la paresse, la jalousie, le clanisme, le clientélisme et le manque de courage… pour prendre en main le destin de notre pays.
En tout cas, cette FEUILLE DE ROUTE n’est qu’un CHEVAL DE TROIE.
J’ose espérer qu’avec cette analyse, mes compatriotes vont comprendre maintenant ce qui nous guette.
Je vous remercie.

Madame Huberte NDJAPOU
Directrice de l’I.N.E.
Monsieur William NDJAPOU
Doctorant en Droit, membre de la Diaspora