Kaléidoscope des médias apocalyptiques centrafricaines

Le rôle de la presse, déclarée le quatrième pouvoir nous le savons, est essentiel tant dans sa forme que son fond pour toute transmission des informations au grand public. Plus spécifiquement en Centrafrique, ce rôle responsable serait capital pour appuyer la politique du retour de la paix qui, au-delà de toutes différences et diversités nationales, demeure la garante de la reconstruction nationale et du développement. Mais que constatons-nous malheureusement ? – De plus en plus manipulatrices, partisanes et irresponsables, nos presses participent de la dénaturation des êtres, des choses et des faits entre lignes, en images (photos, caricatures, « live » cette nouvelle forme de vidéo populaire), et pire, servent des intérêts morbides.

Il suffit en effet pour convaincre les dubitatifs, de télécharger une image quelconque d’horreur du Kassaï ou une image de camion de transport de troupe djihadiste du Mali, de la balancer ensuite sur une page avec la belle mention : « cette image est prise dans tel village du nord ou de l’extrême-est de Centrafrique », puis d’ajouter « selon une source sûre dans la localité… » qu’une déferlante apocalyptique de chroniqueurs souvent citadins et expatriés, dépourvue de tout moyen et surtout de mécanismes de contrôle et de vérification selon les règles déontologiques, s’y jette aussitôt et en fait exploitation passionnée, erronée et commentaires dénigrants, déplacés à l’endroit des autorités.

Pourquoi tant de légèreté, de négativité, tant de délation et de colportage dans la presse nationale centrafricaine ?

Le phénomène n’est pas nouveau, et spécifique à la RCA. Les fakes news, la désinformation, les ragots font partout le quotidien des presses conventionnelles (pour des fin déstabilisatrice) comme et surtout les réseaux sociaux, nouveaux types de média populaire, tendant à provoquer chez les lecteurs des effets escomptés attendus par leurs fomentateurs émetteurs. Dès lors, du dégoût suscité chez les uns, lecteurs avisés, ou de l’aliénation mentale chez les autres, lecteurs naïfs, s’en récoltent anarchie et ingouvernabilité. Et cette presse mensongère fraye ainsi de gros boulevards grâce à la mythomanie dans l’autoroute des informations mondiales, détruisant des nations, des carrières et enflammant des populations, les conduisant conditionnées au pire des cas au génocide, au moindre cas au renversement de régimes nationalistes.

Rien qu’au fil des heures d’une journée, plusieurs catégories de ces presses de l’apocalypse peuvent, en ressassant, mettre sous pressions incontrôlées multiples lecteurs et auditoires. Leurs matraquages psychologiques faites d’opinions fausses, leurs inventions machinées par des lobbys, sont d’ampleur à constituer un frein au retour de la paix en Centrafrique. Et la RCA, elle qui, dans tout cela devrait panser sa crise tri décennale, s’en écarte. L’on se doit obliger de trouver un remède efficace au foisonnement de ces presses manipulatoires. Les professionnels de la presse sont, à ce titre, les premiers soucieux de la préservation de leur corps professionnel.

Une question m’égratigne en tant acteur de la presse nationale. L’état, dans les conditions actuelles, dispose-t-il suffisamment de moyens et d’institutions pour contrôler la réglementation de la presse moderne et populaire, et sanctionner la désinformation ou ses producteurs ? Par ailleurs, les Journalistes, dans un second cas de figure, sont-ils convenablement formés sur leur rôle protecteur du corps et sur le droit de publication des images et écrits, etc…, surtout dans ces moments sensibles de paix recherchée ? Enfin qu’est-ce qui se fait en matière de sensibilisation des citoyens et les dilettantes des médias de sorte à véhiculer des informations au contenu responsable et vérifié ?

Au summum de mes inquiétudes : ces infox. Elles se trouvent depuis quelques années amplifiées par les réseaux sociaux. En bien ou en mal, ces derniers se sont carrément imposés au visage de la presse, constituant le principal canal de relais et de diffusion de moult infos.

Plusieurs citoyens s’y sont déjà confrontés et fâcheuses expériences… Des photos ou vidéos par exemple de leurs proches tués, de leurs filles violentées ou même de leur vie privée enregistrée ou photographiée, ont fait le tour du monde sans qu’aucunement la famille ou eux-mêmes puissent donner leur accord. Ces publications ou ses diffusions, vouées souvent à l’ignorance de la part de ceux qui les ventilent ou aux sado-masochisme des criminels se prenant pour des victorieux, n’ont pour fin que la barbarie de nuire, que la maligne intention de servir de propagandes politiques exploitatrices d’une situation, et tutti quanti.

Le citoyen centrafricain lambda devrait lui-même désormais s’informer sur les procédures pénales en la matière dans le but de réclamer justice et dédommagement face aux abus de ces presses et individus irresponsables ou de ces blogueurs d’infox. Ils salissent sans cesse les noms et réputations des familles, font perdurer un conflit inutile dont la population entend s’en lâcher, remuent vicieusement les couteaux dans des plaies cicatrisées afin de réveiller les démons de la vengeance aveugle, etc.

La HAAC devait redoubler de vigilance de manière à faire appliquer tous les arsenaux punitifs mis à disposition pour sanctionner les flambeurs impénitents et les manipulateurs de l’opinion qui ternissent le visage de la presse nationale.

Retenons que, somme toute, quatrième pouvoir, disposer de la liberté de parole (le « verbe » qui est salué comme créateur et qui s’est fait chair en Jésus), du droit de publication d’images (image considérée elle aussi comme un moyen de communication fortement influençable) …, implique une grande responsabilité qu’il faut reconquérir des mains et griffes des usurpateurs.

Cette lutte contre les fakes news, « cousine de la rumeur et sœur du complot », exige aussi du gouvernement et des associations de presses d’intensifier une conscientisation des audiences de ces nouveaux moyens, et continuer sur les médias responsables l’éducation des citoyens à l’esprit critique, de manière à flageller les adeptes amoureux du gain facile et du sensationnel, sans quoi la séduction et le populisme des fakes news gangrèneront durablement la presse nationale.

DRN, quant à elle, y participe dès sa création et compte ne pas s’arrêter en de si beau chemin. Continuant à vous conquérir grâce à sa méthode de sasse des infos par sa direction, elle vous renouvelle sa promesse d’un accompagnement éclairé et diversifié dans la possession des informations nationales utiles et internationales référentielles.

Bonne compagnie et agréable lecture.

Dominique MOUNDJOUVOUKO

  Rédacteur en Chef de DRN