Les « live » : vers un nouvel opium en Centrafrique ?

De l’exagération, en effet, ces longs métrages vidéo qui inondent le champ des médias centrafricains ! Sommes-nous faits pour des exagérations ?

Si la contribution des nouvelles technologies d’information et de communication ou NTIC est favorable aux processus de développement et de la démocratisation dans plusieurs pays, force est de constater aujourd’hui chez nous qu’elle est au centre de nombreux débats utilitaires. Tant au regard de la maîtrise des informations communiquées que de la sincérité qu’elles devraient être sensées traduire ou du professionnalisme qui en guiderait les productions, les NTIC engendrent malheureusement de nouveaux types de communicateurs peu orthodoxes qui jonchent les pages de Facebook et WhatsApp des citoyens. 

Par voie de conséquence, l’outil internet et le monde des réseaux sociaux centrafricains se trouvent être infectés d’arnaqueurs, de maitres-chanteurs et de journalistes aventuriers très limités dans leur argumentation qui saturent de leurs publications exécrables en français, ou leurs interminables vidéos en direct en SANGO dites « live ». Le paysage de la presse nationale serait-il devenu un autre opium du peuple à être combattu.

En effet, la belle notion du « village planétaire » s’exécute en s’amplifiant partout sur la planète. WhatsApp et Facebook, Google et YouTube, dans ce spectre se complémentarisent, défiant les livres, les presses en papier et le téléphone, dominant même la télévision et la radio, et, du coup, boumant le chiffre d’internautes dans plusieurs pays et continents distants qu’ils rapprochent à la seconde près. Les peuples se communiquent donc à vitesse d’éléphant grâce à l’interrelation entre la technique, la technologie et notre société de consommation. La RCA n’est pas exempte du phénomène de la génération qualifiée par quelques humouristes de « têtes baissées ».

En plein cœur de sa crise militaro-politique centrafricaine comme en cette actuelle période post-conflit, depuis les incidents de masses causées par la diffusion de photos vraies ou montées ayant incitée à des réponses disproportionnées, depuis les diffusions de vidéos ou vocaux appelant à la haine ou la désobéissance civile, depuis la propagation d’articles faisant l’apologie de la violence, ou appelant à la révolte populaire, la censure centrafricaine semble durablement être impuissante face à la déferlante de ce nouveau mode inattendu de communication susceptible de créer une révolution, voire un renversement de régime. 

Ce qui est frappant et qui continue allégrement de se produire, un incivisme galopant s’instaure progressivement en Centrafrique. Des vidéos ou des vocaux ont circulé impunément sur les réseaux sociaux, montrant tels rebelles (exemple de feu « Force ») manquer du respect au Chef de l’Etat. Aujourd’hui encore, plusieurs compatriotes, de leur chambre, s’érigent ou s’improvisent très souvent en donneurs de leçons diverses au Président de la République et/ou à ses collaborateurs.

Toutes ces irrévérences, ces calomnies et autres, sont si fréquentes envers les autorités que l’on en vient à se demander si les NTIC ne constituent-elles pas un genre « opium » pour les générations du 21 siècle.

A cet effet, au regard de ce fléau qui s’empare surtout de la jeunesse, et qui guette outre mesure les professionnels des médias eux-aussi contaminés aux manques à gagner que leur infligent ces hybrides des médias, DRN réaffirme le rôle capital de l’information vraie, responsable et sans invectives comme une des solutions. En effet, en attendant que l’Etat dispose de capacités technologiques nécessaires et agents compétents en la matière qui traqueraient ces énergumènes, et contrer le développement de leur journalisme populaire sordide, souvent financé par des mains cachées de politiques qui s’en servent pour en découdre indirectement avec leurs rivaux, notre rédaction invite les autorités de notre pays à accroitre la formation des professionnels des presses de manière à cultiver en eux une sensibilité particulière pour l’information investiguée, le refus de diffusion d’articles injurieux ou de fakes-news… Il apparait que le développement d’une presse professionnelle dotée de moyens et de journalistes compétents et bien formés atténuerait la fougue des dilettantes qui s’attribuent faussement le rôle de journalistes et dévalorisent leur métier et leur travail.

L’effort est à consentir aussi du côté de l’audiovisuel (télévision, réalisation de documentaires, mise en scène de feuilletons humoristiques locaux, etc.), avec plusieurs émissions télé et radio, de débats publics démocratiques et ouvertes à tous de manière à minimiser l’auditoire des « faiseurs de live » qui polluent le paysage de notre presse nationale.

Protégeons tous le domaine de l’information, professionnels des médias comme autorités compétentes du ministère de la communication. La presse nationale était en plein essor malgré la crise et les difficultés technologiques modernes. Certains pays comme la Côte-d’Ivoire, pour lutter efficacement contre les usurpateurs de toutes sortes qui trainent leur ventre et leur tare sur le terrain propice des réseaux sociaux, ont amélioré les productions nationales en qualité et en nombre de production. La nature ayant horreur du vide, tant que la presse nationale ne retrouvera pas ses lettres de noblesse et ses règles déontologiques, elle sera inondée par des animateurs des réseaux sociaux.

Un conseil important pour les consommateurs amoureux de ces post de Facebook ou WhatsApp et les utilisateurs chevronnés des réseaux sociaux, il est dit : « si c’est gratuit, c’est que vous en êtes le produit ». Facebook, Google et consorts vous exposent. Le saviez-vous ? Vos vidéos, audio, textes échangés ou tagués sont tous enregistrés et archivés. Ne pensez pas que vous êtes inattaquables dans ces cas, car une tierce personne peut avoir accès aux informations que vous partagez ou écrivez. N’oubliez pas que Mark Zuckerberg lui-même en a reconnu l’utilisation pour livrer aux enquêteurs de FBI. Le temps viendra peut-être un jour où, épinglé par la justice pour calomnie, injures ou autres…, chacun répondra de ses erreurs du passé sur Facebook (surtout à travers ces live intempestifs à la centrafricaine).

A tous nos lecteurs et à ceux qui utilisent de plus en plus le site de Dandara-Réconciliation News pour s’informer ou diffuser sur notre page Opinion leurs articles : gardons cet espoir que notre partenariat se renforce toujours davantage grâce à votre fidélité d’une part et notre professionnalisme d’autre part. Une information vraie, responsable et sans invectives est ce pacte tissé entre vous et DRN.

Excellent mois d’Août à toutes et à tous.

Dominique MOUNDJOUVOUKO

Rédacteur en Chef de DRN