Sous l’emprise du « pouvoir » en RCA

Nos vécus d’enfance restent vivaces, et à la lumière de notre quotidienneté nationale actuelle, expliqueraient en partie et peut-être mieux notre perception à la centrafricaine du terme « pouvoir ». 

De toute évidence, le centrafricain était, est et reste obnubilé par le pouvoir. 

Pourquoi ne jetterions-nous donc pas un regard (quoique) journalistique sur ce fait social et culturel qui, loin d’être anodin, ne cesse de hanter la réalité de notre scène politique nationale, et d’endommager sérieusement (si ce n’est déjà depuis plus de 30 ans) le vivre ensemble dans le beau « berceau des Bantous » ?

Cela nous parait indiscutable en effet, et c’est ce sur quoi planche notre présent édito : la culture du pouvoir qui est encrée en nous depuis la plus tendre jeunesse. Et qui, une fois adultes, nous pousse inconsciemment à nous bagarrer sans cesse, élites civils ou militaires, à ne désirer qu’être « la tête et non la queue », tout en ignorant qu’au faîte de cette tête visée, il n’y a qu’un seul fauteuil présidentiel pour cinq millions de Centrafricains. Tchiééé ! Pouvoir…, quand tu nous tiens !

 

Faisons cette brève rétrospective nécessaire avant d’entrer dans le vif :

Enfant, parce qu’il nous ébahissait, tout magicien est dit automatiquement avoir un pouvoir… L’élève brillant, « a ké na pouvoir ti mbéti », ce qui veut dire, a un pouvoir. Le filou de la classe, « a ké gbaticien », un pouvoir pour voler. Aussi, talismans, amulettes… sont tous autant de pouvoirs pour se protéger, pour réussir, pour draguer, pour se battre etc. Waouh ô ! Pouvoir…, quand tu nous tiens ! Tout ce qui est beau ou extraordinaire s’accomplit grâce au pouvoir mystique ou physique.

Et, comme si cela ne pouvait rester qu’entre jeunes ! – Ben non ! Dans le milieu adulte, l’on ne manquait d’évoquer le pouvoir : Bokassa avait tel ou tel pouvoir, Kolingba tel ou tel autre, etc. Aussi, comme il s’agissait de ce pouvoir-là, qu’il fallait s’en nantir absolument pour exceller, il fallait chercher le pouvoir plus corsé pour détrôner celui au pouvoir, ignorant (pour les hommes politiques) qu’ils tenaient leur pouvoir d’un système humain occidental et non des puissances des mamiwata, des fakirs ou du vaudou. Bref…, pour ne pas revenir à la conclusion de L.S. Senghor : « la raison européenne est analytique par utilisation, la raison nègre intuitive par participation ».

 

De nos jours, entendre le mot pouvoir n’est peut-être plus dans cette même connotation surréaliste. Du pouvoir, dans le registre du perchoir présidentiel tant convoité par chaque centrafricain, et qui s’attribue après le vote, tant de concurrents s’engagent à cœur défendant ou à cœur perdu. Vaille que vaille, il faudrait arracher ce pouvoir, pour le bien-être des siens. Et de la manière, qu’importe-t-elle, démocratique ou non, s’appuyant sur ses lobbies : l’ethnie, la région, voire la religion…, l’armée, les travailleurs, les partenaires étrangers… Voilà pourquoi, nous nous créons notre propre malheur : des coups d’état à la voie démocratique, de la rébellion aux coups d’état institutionnel, cette recherche ardue du « pouvoir » exacerbe de façon exponentielle la vie politique, caporalise les énergies et les capitaux nécessaires au développement, confond des langues, détruit, tue, domine, pille…, avec la complicité des lobbies internationaux et nationaux.

 

Jusques à quand, enfin ? 

Ce n’est pas un oubli… Nous parlions ci-haut de pouvoir culturellement perçu. Eh bien, il en existe deux sortes : celui du jour ou du bien-être ; et celui de la nuit ou du malfaiteur « mawourou ».

En effet, en Centrafrique, il est devenu quasiment démoniaque (likoundou) : l’attrait pour pouvoir et ses attributs. Dans sa tendance démoniaque et destructrice, le pouvoir tue, depuis une trentaine d’année, les paisibles innocents qui ne savent plus où mettre de la tête sur la terre de leurs aïeux.

Le likoundou du pouvoir est allé bien loin, poussant les élites civils et militaires centrafricains à creuser leurs propres tombes en ramenant des mercenaires étrangers sur leur propre territoire pour la conquête du pouvoir puis, puisqu’ils ont les nationalisés pour prévenir et garder leur pouvoir, un pire cauchemar s’en est suivi. L’anecdote du Cheval de Troie ou de la dialectique du maitre et esclave… 

Aujourd’hui, ces mercenaires, ayant goûté au pouvoir et au nerf de la guerre du pouvoir, veulent le renversement de l’histoire, aidés ou instrumentalisés bien entendu par plusieurs mains obscures que telles œuvres arrangent : la face cachée du terrorisme international. Et cette phase de nouvelle guerre mondiale, nous savons quand elle a commencé chez nous… mais nous ne saurions dire quand est-ce qu’elle prendrait fin…

En bien, voilà, chers lecteurs et lectrices, cette l’histoire culturelle du pouvoir en Centrafrique que nous offrons gracieusement ce mois. 

Nous sommes bel et bien clopin-clopant dans cette phase où, si chaque Centrafricain le voulait, nous devrions nous dire plus jamais ça, je chasse en moi mon likoundou du pouvoir afin que renaisse mon pays.

La lecture sur DRN restera un creuset de ce changement de mentalité à travers la presse car notre mission est la réconciliation hic et nunc grâce à des messages dépourvus de rancœurs et d’invectives. Qui veut la paix commence par là…

 

Le Rédacteur en chef de DRN

Dominique Moundjouvouko