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Editorial de Juin

 LES DERNIERES REMINISCENCES DE LA VIOLENCE

La dague du malin a encore frappé dans les bourgs de la sous-préfecture de Paoua en Centrafrique, réalimentant le tollé populaire dans la « jungle Bantoue » du cœur de l’Afrique sur l’accord de Khartoum. Du coup, grande incompréhension pour ceux, nationaux ou expatriés, favorables à cet accord qu’ils qualifient de dernières chances, bien ficelé pendant 18 mois, peaufiné auprès des experts internationaux et dont la mise en œuvre est, de surcroît, arbitrée par des institutions internationales crédibles et ceci, dans l’optique de faire taire définitivement les armes dans ce pays meurtri de 30 ans de crise. A l’antipode pour d’autres, voilà une patente justification de leur réticence face à cet accord « inutile » qu’ils dénoncent depuis de lurettes d’anticonstitutionnel et dont la teneur fait la part-belle à des groupes armés toujours récidivistes, et donc voué à un nouvel échec. Deux tendances diamétralement opposées, dirait-on !

 

Le mois de juin se présage donc difficile, mobilisant à nouveau plusieurs regards et gros moyens vers une sempiternelle résolution de conflit tout en menant des actions pour soulager le peuple souffrant , et sans oublier les projets de relèvement et de développement.

Pour Dandara Réconciliation News, rien ne devrait être mis de côté par sa Rédaction : toutes ces tendances d’actualité seront passées au peigne fin de nos analyses.

À première vue, la survie de l’Accord de Khartoum est toujours menacée par les groupes armés. Les populations de certaines zones occupées tardent à percevoir les améliorations ambitionnées et languissent de voir le déploiement effectif des FACA, mais surtout les brigades mixtes. Et naturellement, le piège de la généralisation du pessimisme gagne du terrain en défaveur de l’espoir de réussite de l’application de l’accord. Le gouvernement inclusif qui en est issu est vraisemblablement dans la tourmente, pointé sans cesse du doigt et sévèrement tancé par l’aile opposante à l’accord. Mais qu’à cela ne tienne, DRN réaffirme toujours son soutien à l’initiative non-violente pour obtenir la paix.

Nous le disons tantôt : « à première vue ». En effet, sous un autre angle d’analyse, et en approfondissant bien la question loin de la fanfaronnade des réseaux sociaux, bien d’avancées significatives de l’accord de Khartoum sont décelées et peuvent être répertoriées comme positives depuis sa mise en œuvre et à ce titre, rétrograder les incidents inhérents comme des cas isolés. Certes, ne sont-elles totalement perceptibles du grand public, ces avancées majeures, cependant elles édifient lentement, avec efficacité et en sourdine, les différentes charpentes républicaines esquintées par trois décennies de crise meurtrière.

Citons-en quelques-unes :

–          Le cantonnement de plusieurs troupes rebelles et les démantèlements progressifs des barrières routières d’extorsion de fonds, les barricades érigées…,

–          Les frappes ciblées lors des cas de violation fragrante de l’accord,

–          Le déploiement progressif de l’administration et des FACA sur l’étendue du territoire,

–          L’activation des arsenaux juridiques et pénaux pour condamner les coupables d’actes contraires à l’esprit de l’accord,

–          Etc.

 

Une paix durable est en marche sous les auspices du Gouvernement, des institutions républicaines et internationales.

La paix n’est jamais gagnée d’avance, sans effort permanent et sans stratégie progressive à court, moyen et long terme dans n’importe quel pays au monde ravagé par une crise. Elle se construit habituellement très patiemment, en créant surtout les conditions de sécurisation progressive par le jeu du bâton et la carotte (ou le dialogue et les actions militaires), en les balisant de lois (sensibilisation, répression, condamnation), d’accords et de conventions confortant son existence. Une chose parait certaine en Afrique et dans le monde : la guerre est devenue un business national et international juteux dont les acteurs à qui cela profite ne sont jamais prêts d’en abandonner facilement les avantages directs (le gain) et indirects (la gloriole). Les prétextes d’injustice nationaliste ou sociale que brandissent plusieurs « méchants » cachent très souvent de grosses avidités et cupidités dont ils (les rebelles et leurs commanditaires) ne veulent s’en détacher.

L’accord de Khartoum, loin de leur être bénéfique comme cela se dit ou perçut par certains, est en train de frayer inexorablement son petit bonhomme de terrain vers la paix, leur ôtant petit à petit et légalement tous leurs avantages conquis illégalement par les armes au détriment de la République.

Accusé souvent de ne pas faire sa part (par ces malins leaders des groupes armés, mais aussi par quelques responsables politiques nationaux), le Président TOUADERA, s’est pourtant résolument engagé dans un sacrifice nécessaire à consentir pour réussir toutes les difficiles étapes successives de la mise en œuvre de l’accord ce qui, paradoxalement, contraint bien évidemment les « nostalgiques de l’anarchie » à des récidives conscientes ou inconscientes, provocatrices ou accidentelles de tout genre. Le Premier Ministre, Firmin NGREBADA, qui orchestre la mise en œuvre de l’Accord au quotidien, ne peut, objectivement, être accusé de manquer de fermeté.

Des pressions multiples et continuelles sont fortement exercées sur les violeurs de l’accord, sans compter les menaces réelles de risque d’engager contre eux (avec l’appui de la MINUSCA) des frappes militaires afin d’anéantir les restants de leurs capacités de nuisance contre l’État et les populations. Cette phase répressive ne viendrait bien sûr qu’en dernière instance et dans le respect des dispositions prévues par l’accord de Karthoum.

Dans un État de droit, nul n’a le privilège de se rendre justice et tous les récidivistes de l’accord de Khartoum l’apprendront à leurs dépens s’ils n’abdiquent pas à la vengeance aveugle de la loi du Talion, les vols et pillages de paisibles citoyens et de l’État, etc.

Aussi, restés dressés sur leurs « qui-vive », le nouveau locataire de l’ancien siège du PETROCA, Chef du Gouvernement, les locataires du palais du peuple et ceux du palais de la Justice, ne ménagent aucun moyen pour accompagner de vigilance, responsabilité et rigueur l’accord ratifié, cet accord de dernière chance qui n’en finisse de couler l’encre et les salives.

Comme un rouleau compresseur, l’accord de Khartoum se déploie progressivement et sûrement vers l’obtention d’une paix véritable en Centrafrique.

 

La République est en marche, chacun doit faire sa part …

Dans notre pays, un effort remarquable se concrétise : ne pas museler la jeune presse centrafricaine et lui permettre la libre expression citoyenne à tous les niveaux (écrit, audio-visuel et radiophonique), voire sur les réseaux sociaux. Cet exploit de nos jours, démarré lors de la dernière Transition, est à l’actif des deux Gouvernements de la 6ème République.

N’en demeure pas moins que le manque de professionnalisme de certains collègues et la moindre résistance à la politique du ventre tendent à jeter le discrédit sur nos médias.

La presse est dite le 4ème pouvoir. Autant elle participe à la bonne marche d’un pays par le truchement de la veille informationnelle aux concitoyens de manière à prévenir les dérives, autant son irresponsabilité entraîne des dérives incalculables : l’incitation à la violence dans notre cas d’espèce.

Dans sa ligne éditoriale et fidèle à l’information crédible et vérifiée, DRN a, plus d’une fois, attiré l’attention sur les calomnies, les fakes news, etc…, véritables gangrènes du monde des médias actuels. Et cela non parce que DRN soutient la haute autorité régulatrice du corps journalistique, mais par souci d’équité pour la profession. Sa rédaction, estimant que le rôle d’un journaliste en situation de conflit est d’apaiser au lieu d’enflammer les passions et relayer les discours de haine, incite ses pairs des médias à la responsabilité et surtout à se remémorer les rôles néfastes de la radio légendaire du génocide rwandais « Les Milles Collines ». Point besoin de laisser ouverte la porte des organes de presse aux « flambeurs démagogues ». Aussi devrait-on filtrer les informations de tempérance non partisane de manière à servir de tableau noir aux guéguerres politiques.

DRN souhaite ce mois-ci à ses lecteurs une très bonne compagnie sur notre site d’information à côté de leurs rédacteurs favoris, préparés tous à être sensibles à la paix et la réconciliation nationale dont nous tous, luttons ardemment pour l’obtention malgré nos divergences et nos discours.

Bonne lecture.

Dominique MOUNDJOUVOUKO

            Rédacteur en Chef de DRN