Grogne de certains habitants de la ville de Bangui. Ces populations ont de la peine à faire des réserves d’eau depuis quelques jours.

Constat…

Chaque devanture des fontaines est remplie de récipients au point qu’une goutte d’eau ne peut tomber par terre. Pour assister à la scène, il suffit de passer dans les quartiers nord de Bangui pour le constater.

La patience est de rigueur et pendant des heures avant de s’approvisionner en eau.
Et ce problème n’est pas nouveau. La ville de Bangui fait face depuis des années déjà à des coupures d’eau chroniques. Le constat est fait dans plusieurs quartiers de la ville de Bangui, notamment Boy-rabe, Kaya, Galabadja, Combattant et bien d’autres encore. Dans ces quartiers, les habitants ont de la peine à se faire des réserves d’eau. Partout, des jeunes garçons poussant des chariots de tout genre, vendent de l’eau mal filtrée et de qualité douteuse à une population qui subit la chaleur de plein fouet. C’est le nouveau petit commerce d’une jeunesse au chômage et appauvrie !

Devant les fontaines, plusieurs bidons sont installés à la queue-leu-leu pour attendre le retour de l’eau pendant plusieurs heures. William, habite le quartier Sinistrés dans le 8ème arrondissement de Bangui. Ce dernier a placé ses récipients pendant plusieurs heures sous les robinets d’un point d’eau, une fontaine construite par la MINUSCA, mais l’eau ne coule toujours pas : « Je suis le première à placer mes récipients sous les robinets de ce point d’eau depuis 5 heures du matin et rien jusqu’à midi. » dit-il.

Il faut parfois attendre jusque tard dans la nuit pour voir de l’eau et enfin revenir. Mais aussitôt que l’eau commence à couler des robinets, la bousculade des usagers qui ont attendu pendant des heures, commence. Des querelles, des disputes pour occuper le premier rang, c’est une vraie bataille !
Par ailleurs, même les ménages qui possèdent un robinet d’eau ne sont épargnés. Pour ces ménages, il suffit de se lever de temps en temps la nuit pour constater si l’eau coule du robinet et commencer à faire ses réserves. Ce qui est moins pénible tout de même. Mais le problème demeure : trouver de l’eau à plein temps demeure après tout.
L’année dernière, la Société de Distribution d’Eau en Centrafrique (Sodeca) avait confié à un média de la place : « les coupures d’eau qui surgissent chaque année sont la résultante de la baisse du niveau d’eau de la rivière Oubangui. En effet, à chaque saison sèche où la chaleur atteint son paroxysme, où une chaleur caniculaire se dégage des rayons solaires, on constate le niveau de la rivière Oubangui diminue de son lit, les bancs de sable deviennent visibles. Raison pour laquelle les conduits d’eau par lesquels la ville de Bangui et ses environs  sont alimentés se vident »
Pendant ces périodes de coupures, les ménages font usage de l’eau avec modération, de peur que les récipients ne se vident très vite. L’eau est devenue comme un trésor qu’il faut jalousement conserver.
Analyse…

Les conséquences de cette crise d’eau sont nombreuses. Depuis le début de ces coupures à répétition, les sachets d’eau qui se vendent à 25 francs ont vu leur volume diminuer. Ce problème touche donc au panier de la ménagère qui pour faire boire la famille, trouve insuffisante la quantité des sachets d’eau déjà onéreux. Les tenanciers des fontaines font face à un manque à gagner du fait que les recettes ne tombent que pour quelques heures la nuit.

Aussi, l’eau distribuée par la SODECA a toujours fait l’objet de controverses parmi les populations consommatrices. En effet, la question de sa potabilité fait douter les usagers ainsi que le problème des conduits souterrains et robinets rouillés.

Ce problème mériterait qu’il y ait une association de consommateurs (si cela n’existe encore), qui revendique l’amélioration de la qualité de l’eau, qui visite les installations dont la vétusté peut occasionner ce mauvais traitement, qui exige des analyses de l’eau consommée par un laboratoire spécialisé.

En Centrafrique, la SODECA est l’unique société de distribution d’eau, ce qui crée une distribution non équitable sur toute l’étendue du territoire. Il serait mieux que l’état ouvre le secteur à d’autres sociétés de sorte que grâce à la concurrence, SODECA puisse être amenée à améliorer la qualité de sa prestation et couvrir d’autres régions éloignées du pays.
Souhaitons que les vastes travaux d’installation entrepris dans ce secteur au niveau de la ville de Bangui soient le début de cette amélioration et qu’ils puissent mettre fin à cette situation périlleuse au moins dans la Capitale.

Outre l’eau, la problématique de l’électricité et de nombreux délestages mériterait un autre examen minutieux que nous aborderons prochainement

 

Le Phénix