LES TIRAILLEMENTS AUTOUR DE LA CEI, EN ATTENDANT LA GUERRE DES LOUPS EN 2020 ?

Les discussions autour de l’importante réforme de la Commission électorale indépendante (CEI), en vue de la présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire, sont au point mort. En cause : une interprétation différente entre le pouvoir et l’opposition de l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), qui avait exigé une refonte de la loi électorale jugée déséquilibrée. Un véritable imbroglio qui s’ajoute à l’épineuse question des inconnus candidats en lice pour cette course électorale.

Que dit l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) ?

De fait, l’opposition ne fait pas la même lecture de l’arrêt de la CADPH. « Si le gouvernement ne procède pas à la réforme de la CEI, c’est qu’il ne répond pas à l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, a objecté Maurice Kakou Guikahué, Secrétaire Exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Cet arrêt dit qu’il faut une CEI impartiale et indépendante des pouvoirs politiques et administratifs et il demande que l’État de Côte d’Ivoire crée un organe électoral impartial ».

Le 18 novembre 2016, la CADHP, saisie d’une plainte par l’Action pour la promotion et la défense des droits de l’homme (APDH, organisation non gouvernementale ivoirienne, agissant dans le domaine des droits de l’homme, ndlr), avait jugé partiale la CEI dirigée par Youssouf Bakayoko.

Elle avait alors ordonné à l’État ivoirien de « modifier la loi 2014-335 du 18 juin 2014 relative à la CEI », en ce sens qu’elle viole l’obligation de « créer un organe électoral indépendant et impartial ».

Le gouvernement du président Alassane Ouattara avait donc été enjoint de « protéger le droit des citoyens de participer librement à la direction des affaires publiques de leur pays ».

 

Profonde réforme ou simple recomposition ?

Ici commence le dialogue de sourds. Alors que les partis d’opposition souhaitent un recadrage de la discussion, afin qu’elle soit ouverte à toute l’opposition, le gouvernement clame qu’il attend toujours leurs propositions. « Je n’ai pas connaissance que le ministre de l’Intérieur a reçu les propositions des partis de l’opposition. Je note que nous avons entendu une déclaration de presse de partis sur le sujet », a rétorqué Sidi Tiémoko Touré, porte-parole du gouvernement.

Autre point de discorde, la nécessité d’une réforme profonde de la CEI ou d’une simple recomposition de celle-ci. Pour Sidi Tiémoko Touré, les opposants gagneraient à s’aligner sur les orientations du président Alassane Ouattara, relatives à la recomposition de la CEI. « Le gouvernement travaille exclusivement à la mise en œuvre des instructions (présidentielles), en l’occurrence, la recomposition de la CEI qui est l’unique et principale observation de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Donc nous ne ferons pas plus que ça », a tranché le porte-parole du gouvernement.

 

La proie est-elle laissée pour l’ombre ?

Pendant que la classe politique peine à s’entendre sur la réforme de la CEI, les avertis s’intéressent plus loin aux différents scénarios qui risquent de se produire en 2020. En l’état actuel, l’on sait qu’avec la démission de Guillaume Soro de la tête de l’Assemblée nationale le divorce est consommé entre lui et son ancien mentor, l’actuel Président Alassane Ouattara, une scission également qui fragilise le naissant Rassemblement des Houphoëtistes pour le Démocratie et le Paix (RHDP) auquel tient vivement le Chef d’Etat ivoirien.

Il est également connu de tous que Ouattara a perdu, depuis la création du RHDP, un allié de taille, Henri Konan Bédié. Les faits révèlent également qu’après sa démission, Guillaume Soro (animal politique de nature, ndlr) ne restera pas les bras croisés pour ainsi s’effacer de la sphère politique ivoirienne, ambition 2020. A cela s’ajoute un élément nouveau, la libération de l’ex-Président Laurent Gbagbo et son inconditionnel Charles Blé Goudé, une libération qui donnera de facto une nouvelle coloration au Front Populaire Ivoirien (FPI, parti créé par Laurent Gbagbo himself, ndlr). La nouvelle constitution donne libre cours à Alassane Ouattara pour ce qui est de sa candidature pour 2020 et jusque-là son désir de se représenter n’est pas encore écarté.

Une équation à plusieurs inconnus qui laisse présager un lendemain incertain à la Côte d’Ivoire.