La République Démocratique du Congo vit une crise sociopolitique sans précédent. Engendrée par le refus selon l’opposition du départ du pouvoir du Président Joseph Kabila, cette crise s’enlise au jour le jour et emballe au pire, plusieurs secteurs. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an le mandat de la MINUSCO en RDC. A l’initiative de la France, les diplomates ont unanimement approuvé le renforcement du rôle des 16 000 casques bleus déployés dans le pays. Ils devront assurer la protection des civils et appuyer le processus électoral jusqu’au scrutin prévu le 23 Décembre 2018 pour remplacer le Président Joseph Kabila.

 

Voiler la réalité ?

La situation humanitaire se détériore en RDC et préoccupe sérieusement la communauté internationale. Malgré ses multiples efforts, les populations de Goma et de Bukavu, deux provinces Kivu sont toujours victimes des groupes armés. A Beni dans le Nord-Est du pays par exemple, les massacres des présumés rebelles ADF se poursuivent depuis (plus de 1 300morts depuis le 15 Octobre 2014, ndlr). Le fait nouveau date du Mardi 27 Mars où onze personnes dont un enfant de 3ans ont été tuées à coup de machettes. Conséquence, la ville se retrouve à nouveau bloquée et confrontée au ras le bol des populations puisque les autorités peinent toujours à venir à bout de cette situation dramatique.
Mais le pouvoir de Kinshassa ne voit pas les choses sous un même angle. Kinshassa a annoncé vendredi qu’elle ne souhaitait pas participer à la conférence des donateurs en Avril, estimant que le niveau de crise n’était pas aussi excessif que le prétend l’ONU qui a placé le pays en urgence absolue. Co-organisée par l’UE et les Nations Unies, cette conférence entend lever 1,7 milliard de dollars pour financer l’action humanitaire en RDC.

Kabila Président même après le 23 Décembre 2018 ?

En Septembre 2017, l’idée de création d’un groupe international d’experts électoraux pour accompagner le processus électoral en RDC a germé. Elle a reçu selon les diplomates onusiens, l’assentiment du gouvernement congolais et de la Commission Electorale. Mais sept mois plus tard, rien ne semble matérialiser cette idée jugée pourtant noble par plus d’un.
La SADC, la Communauté des Etats d’Afrique australe, n’a toujours pas désigné son expert. Les autres, notamment l’UE, l’UA et l’OIF ont également du mal à monter à bord du navire. L’élément de blocage reste la non reconnaissance par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) de la capacité de ce groupe d’experts à critiquer le processus électoral (cette dernière ayant refusé de signer les termes de référence de ce groupe, ndlr). Selon les indiscrétions Kinshassa argue que l’initiative aurait été suggéré à l’ONU par le Collectif catholique à l’origine des marches contre Joseph kabila.
A cela s’ajoutent d’autres facteurs. Le Premier parti d’opposition l’UDPS n’en finit pas de se déchirer. En cause, le Congrès de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social qui doit désigner le nouveau président du parti après la mort de son fondateur Etienne Tshisekedi il y a plus d’un an. La branche du Premier ministre Bruno Tshibala, accuse celle de l’UDPS menée par Felix Tshisekedi (fils du défunt fondateur, ndlr) de faux et juge illégale la décision de convoquer un congrès. Dans le même temps, deux branches de l’UDPS, celle de Bruno Tshibala et celle de Valentin Mubake, ancien conseiller d’Etienne Tshisekedi, ont déposé un recours devant le Comité national de suivi de l’accord pour savoir laquelle de ces deux branches pourra revendiquer le label UDPS en vue des élections. En clair, le principal parti de l’opposition a du mal à colmater les brèches après le décès de son fondateur. L’autre candidat de poids déclaré, l’opposant Moise Katumbi, en exil, et qui a annoncé son retour en Juin prochain risque d’être arrêté et mis en pris prison après sa condamnation dans une affaire immobilière dont il conteste tout fondement. La justice congolaise a par ailleurs annoncé cette semaine avoir ouvert une information judiciaire contre toujours ce dernier pour usurpation de nationalité.
L’armée et certains Chefs d’Etat de la SADC, soutiens indéfectibles de Joseph Kabila. A lire les répressions souvent sanglantes des manifestations anti Kabila et les mouvements diplomatiques du président Joseph Kabila vers certains de ces pairs de la sous-région notamment Denis Sassou Nguesso du Congo, Joao Lourenço de l’Angola, Ali Bongo Ondimba du Gabon et Emmerson Mnangagwa du Zimbabwé, l’on pourrait noter que le numéro 1 Congolais s’efforce à faire baisser la pression interne et internationale que subit son pouvoir. En lien, les arrestations et le maintien en détention au Gabon des ressortissants des deux Congo suite à l’exfiltration du Général Faustin Munene, l’ancien chef d’Etat-Major de l’armée de Kinshassa.
Tout semble prouver que le Président Joseph Kabila a encore de longs jours sinon de longs mois à passer à la tête de la RDC.