Centrafrique : Une présence russe bénéfique ?

Bien que pour certains ténors de la théorie du complot, la présence russe en Centrafrique serait dans le seul souci de porter préjudice à la France, l’on se rend compte que les ex soviets ne sont pas qu’à Bangui pour des intérêts géostratégiques. En effet, voici près d’une année qu’au prix d’amples négociations, le président de la République Centrafricaine, chef de l’Etat, le professeur Faustin Archange TOUADERA a pu conclure une alliance gagnant-gagnant avec le pays des tsars. Que peut-on retenir ou dire de cette présence russe en RCA ? Est-ce l’ombre craint de Poutine ? Ou une présence bénéfique ? 

A Bangui, ils sont maintenant partout, assurant la formation de l’armée centrafricaine (Faca), encadrant la garde présidentielle, assurant la protection rapprochée du président Faustin-Archange Touadéra. Le drapeau à bandes horizontales blanche, bleue et rouge a fleuri dans la ville tout comme un pin’s aux couleurs de la Russie et de la République centrafricaine. Dans la rue, des publicités font la promotion de leurs actions dans le pays. Ils accueillent même le président centrafricain à sa descente d’avion…

Tout a commencé en décembre 2017, lorsque Moscou a obtenu l’autorisation de l’ONU d’envoyer des armes et des instructeurs en RCA alors que le pays était sous embargo d’armes depuis la prise de pouvoir en 2013 de la coalition « Séléka ». Au début de l’année, 170 civils et 05 militaires ont débarqué. En juillet, ils étaient entre 300 et 400, on dénombrait quelques officiers de l’armé rouge et plusieurs anciens militaires travaillant pour une société de sécurité et quelques militaires des Forces spéciales Logés au camp Berengo, ex Palais Impérial situé à la lisière de la capitale, Bangui. Les instructeurs ne se sont pas contentés de rester à Bangui. Ils ont accompagné les Faca à l’intérieur du pays, notamment dans les zones sous contrôle rebelle. Ce qui a été un bon moyen pour y placer des relais afin de recueillir des renseignements, nouer des contacts. Comme résultats concrets, avec l’aide des Russes, les Faca ont pu se déployer à nouveau dans plusieurs villes du pays. La collaboration entre les deux pays s’est encore resserrée le 22 août, par la signature d’un accord de défense. Désormais, les Centrafricains peuvent se former dans les écoles militaires russes. On notera également la nomination de Zakharov comme  conseiller chargé de la sécurité du président de la République. Par ailleurs, les russes ont déjà ouvert deux bases dans le nord-est du pays, dans la zone diamantaire : à Bria et à Ouata afin d’apporter leur aide humanitaire,

Outre la présence militaire russe, celle économique est à noter. En effet, la société minière russe Lobaye Invest Sarlu a obtenu des permis d’exploitation du côté de Pama, en juillet, et d’Yawa, en juin. Son gérant, Evgenil Khodotov, serait l’homme lige d’Evgueni Prigozhin, un proche du président Poutine, propriétaire de la société Wagner.

Sur le plan diplomatique, la Russie espère obtenir rapidement la signature d’un accord de paix entre les groupes armés. Le 28 août, elle a obtenu la signature d’une entente de paix entre les leaders de l’ex-Seleka et quelques chefs anti-Balaka à Khartoum. Ce fut la deuxième fois qu’ils organisaient une rencontre de ce genre.

Bien qu’aujourd’hui nombre de médias occidentaux et opposants politiques centrafricains critiquent ardemment le rapprochement avec la Russie, il n’en demeure pas moins qu’elle a énormément contribué et contribue à la relève de la RCA via son aide à l’armée nationale. Elle présente également un nouveau partenariat économique Seul l’avenir nous en dira plus sur le bilan de cette relation russo-centrafricaine.

Le Phénix