La Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation de la République Centrafricaine (MINUSCA) a lancé le jeudi 1 Juin 2019 l’opération « Wegnnyen negoye » (marteau en langue nationale Sango) qui est une réponse militaire répressive face aux attaques des 21 et 22 Mai dernier dans 3 localités de la province de l’Ouham Pendé dans le nord -ouest du pays. Dandara Réconciliation News_DRN revient sur les faits et tire des leçons

Le mois passé, le monde a été surpris et choqué par les attaques dans les villages de Bohong, Lemouna et Koundjili, à environ 50 km de Paoua, et qui ont causé 34 morts selon les sources gouvernementales et 55 selon celles de l’ambassade des Etats-Unis en Centrafrique, en violation flagrante de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA.Ces attaques furent menées par le groupe 3R de SiddickiAbbas, pourtant conseiller militaire du Premier Ministre.

Quelques jours plus tard, le 25 mai, le Gouvernement centrafricain a exigé du 3R le démantèlement de toutes ses bases et barrières dans la zone des attaques, ainsi que la remise, dans un délai de 72 heures, des présumés auteurs des crimes. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Ange-Maxime Kazagui, s’est exprimé ainsi : « Le gouvernement s’associe à la Minusca pour exiger de Monsieur Sidiki l’arrestation et la remise des auteurs de ces massacres aux autorités dans les 72 heures sous peine d’être tenu personnellement responsable et de répondre de ces actes. Le même délai est donné au mouvement 3R pour démanteler ses bases et barrières illégales faute de quoi la Minusca et le gouvernement prendront les mesures qui s’imposent ».

S’il a appelé à ne pas céder à la tentation des représailles, le ministre a dénoncé avec force de « tels actes de barbarie ».

Une violence que souligne la porte-parole de la Minusca, Ikavi Uwolowulakana : « La Minusca est particulièrement indignée par le caractère cruel de ces attaques qui, en plus d’être planifiées et coordonnées, témoignent de la volonté des auteurs de vouloir occasionner un grand nombre de victimes ».

La Minusca a aussi fait savoir qu’elle ne ménagera aucun effort dans la poursuite judiciaire des auteurs, commanditaires et complices de ce qui pourrait constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. C’est ainsi que MankeurNdiaye, le représentant du secrétaire général des Nations unies en Centrafrique, a dénoncé ces « tueries ». « Les auteurs de tels crimes seront recherchés, arrêtés et traduits devant la justice », a-t-il affirmé sur son compte Twitter.

Dans un second communiqué paru le 28 mai, la Minusca fait savoir que   le groupe 3R a reconnu sa responsabilité dans les attaques, en présentant des excuses publiques, puis en remettant à la justice trois de ses éléments présumés coupables des attaques et en réduisant sa présence à Bohong, Bokaya et Létélé.

Cependant, la réponse du Premier Ministre, Firmin Ngrebada,ne s’est pas fait attendre car il a insisté que « le 3R devait remettre tous les éléments qui ont joué un rôle dans les attaques du 21 mai et qu’il devait collaborer pleinement avec les enquêtes en cours », jugeant très peu le nombre d’éléments remis à la justice nationale.

Le but de l’opération Wegnnyen negoye menée par la Force de la Minusca est d’assurer la protection des civils dans la zone, prévenir de nouvelles attaques, affrontements ou tentatives de représailles et d’arrêter tout mouvement d’éléments armés dans la zone. L’opération prévoit, entre autres, la mise en place de bases opérationnelles temporaires dans certaines localités. C’est ce qui a été fait avec la mise en place de plusieurs bases opérationnelles dans les villages martyrs et le démantèlement forcé des barrières du 3r dans ladite région.

Entre temps, la guerre politique assortie à cette nouvelle crisene s’est pas faite attendre. La naissance du mouvement ” E Zingo Biani ” réunissant une trentaine d’entités de la société civile et partis politiques n’est pas anodine bien que superfluedans le contexte actuel. Ce mouvement piloté par le Groupe de travail de la société civile sur la crise centrafricaine (GTSC) de Gervais Lakosso s’est vu rallier par des grandes figures de l’opposition telles que Anicet Georges Dologuele du parti URCA, Bertin Béa du KNK, Jean Serge Bokassa de ”Kodro ti mo kozoni si”, Joseph Bendounga du MDREC, Alexandre Ferdinand Nguedet, le syndicaliste Firmin Zhoponguele, Dominique Yandoka du Mouvement ITA etc. ” E Zingo Biani” ainsi créé exige l’abrogation des décrets portant nomination des leaders des groupes armés dans les hautes fonctions de l’État et l’arrestation de Abass Sidiki des 3R, faute de quoi, il appellera à une désobéissance civile.

Par ailleurs, la réplique n’a pas tardé. Blaise DidacienKossimatchi, Coordonnateur à la mobilisation du parti MCU du Chef de l’État a qualifié de ” récupération politique ” la prise de position de « E Zingo Biani ».

« Nous condamnons tous la tragédie des villages Bohong, Koundjili et environs de Paoua. Mais, cela ne doit pas donner lieu à des récupérations politiques à des fins alimentaires. Le Chef de l’État est bien ferme, ainsi que le gouvernement pour engager des poursuites judiciairescontre les auteurs de ces actes », a-t-il précisé dans une déclaration aux médias le vendredi 2 Juin 2019

Ainsi il ressort que l’attitude de la classe politique centrafricaine, particulièrement de l’opposition, est déplorable car à l’heure où le pays compte ses morts et panse ses blessures, le spectre de la division et des intérêts mercantiles semblent réapparaitre. Pire encore, la société civile censée demeurer neutre, semble de plus en plus faire de la politique politicienne et frontale, délaissant les thématiques sociales à laquelle elle devrait véritablement s’occuper.

Que les fils et filles de Boganda gardent l’œil ouvert car les temps de la manipulation sont terminés. Désormais seul le patriotisme et le dialogue seront tolérés.

Le Phénix