L’armée nationale de nouveau à KagaBandoro

Par Kota Wali de DRN

Après cinq ans d’absence dans le nord-ouest centrafricain suite à la crise militaro politique de 2012, les Forces armées centrafricaines (FACA) sont de retour au chef-lieu de KagaBandoro. Un signe tangible – mais fragile montrant que, malgré les violences et les aléas politiques, l’accord de paix signé en février entre le gouvernement et les groupes armés commence à porter ses fruits.

Rappelons que le 13 mai dernier, les soldats FACA et leurs officiers, escortés par la MINUSCA, avaient été refoulés à leur entrée de la ville par quelques principaux groupes armés présents dans la région. Le FPRC de Nourredine Adam et la Séléka Rénovée de Mahamat Dhaffane s’étaient opposés à l’entrée des FACA dans la ville sous leur contrôle, prétextant leur non consultation dans le déploiement des forces gouvernementales et la non mise en œuvre de l’Accord de Khartoum notamment les brigades mixtes. Le MPC du général Alkhatim était, quant à lui, moins conciliant à l’arrivée des FACA soutenant la violation de l’accord signé au Soudan.

Maruf Mahamat Jabo, le porte-parole du MPC affirmait : « Il y a eu un problème de communication, le gouvernement ne nous avait pas prévenus de leur arrivée ». Et ajoutant que :

« Nous avons discuté, nous avons dit que les Faca ne pourront pas se déployer tant que les Comités techniques de sécurité composés de patrouilles mixtes n’étaient pas en place. Mais nous avons commencé à travailler avec eux ».

L’accord de paix prévoit la mise en place de patrouilles mixtes de militaires et de membres de groupes armés dans le but de rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire. Plus de trois mois après sa signature, ces patrouilles ne sont toujours pas opérationnelles. Les principaux groupes armés de la zone ont remis à la Minusca et à l’État une liste d’éléments pour constituer ces brigades. Mais une scission à l’intérieur d’un groupe, le FPRC, ralentit aujourd’hui le processus.

Les jours qui ont suivi furent marqués par des réunions triparties entre les officiers FACA, la Minusca et chefs des groupes armés. Une délégation gouvernementale a également fait le déplacement avec la présence de 15 ministres dont plusieurs issus de ces groupes armés afin de négocier l’acceptation des FACA dans la ville.

Ainsi, le 18 mai, c’est bien 100 soldats et 6 officiers des FACA qui sont entrés dans la ville sous escorte onusienne. Si les militaires n’ont pas encore le droit de sortir de leur base, ni de mener des opérations, leur arrivée a redonné un peu d’espoir aux habitants qui craignent les milices antibalakas et les ex sélékas qui sévissent encore par intermittence.

« Maintenant que les Faca sont là, ils vont chasser les groupes armés » raconte un vendeur à la sauvette, qui habite un camp de déplacés depuis 2017. Au micro de la radio Ndeke Luka, envoyée pour couvrir le déploiement des FACE, Devant lui pourtant, c’est bien le pick-up d’un groupe armé qui déboule sur la voie, escortant une dizaine de bœufs.

Point de passage important de la transhumance, KagaBandoro accueille le plus grand marché de bétail de la Centrafrique, faisant d’elle un point stratégique. La taxation du bétail constitue la principale source de revenus des groupes issus de l’ex-Séléka. Il y est fréquent que ces milices attaquent les éleveurs pour voler leur bétail. Par ailleurs la ville est géographiquement stratégique car donne accès aux principales artères menant aux autres grandes villes du pays et non loin de la frontière tchadienne.

Dans l’ensemble, « il y a eu un effort de certains groupes armés pour prouver leur bonne foi », comme le reconnait le chef du bureau de la Minusca. Certains « ont rendu visite aux Faca avec du carburant et du sucre », l’on pourrait donc en conclure que l’Accord de Khartoum produit des avantages notoires nonobstant les dires de nombre de compatriotes issus de l’opposition dite « démocratique » ou de la société civile « partisane ». La paix est un long processus qui mérite patience, abnégation, compromis et volonté. Et si déjà les groupes armés l’ont saisi, il revient à tous les centrafricains d’en faire de même.