Centrafrique :

Le rassemblement des centrafricains (RCA) issu de l’entente de Khartoum…

L’on s’en souvient. Du 28 au 30 aout dernier, les leaders de trois principales factions sélékas et l’aile dure des antibalakas commandée par Mokom s’étaient réunis sur initiative russe à Khartoum, capitale du Soudan afin de discuter de la paix.

Cette rencontre est saluée plus tard par la communauté nationale et internationale et a été, dirait-on, inscrite dans le cadre « de la feuille de route de l’Union Africaine pour la paix et la réconciliation en Centrafrique ».

Aussi à Khartoum, les groupes armés ont créé une plateforme dénommée « Rassemblement des Centrafricains ». De quoi s’agit-il ?

Vu le peu d’informations rendues publiques sur le sujet, nous avons mené quelques investigations afin de faire connaitre au grand public les motivations de cette structure « sortie de l’ombre ».

Le « RCA » est une plateforme politique encore sans fondement juridique. Il regroupe 4 leaders des groupes armés en l’occurrence, un représentant du MPC, du FPRC, de l’UPC et l’AB Mokom. Ici, il n’y a ni préséance d’un groupe sur l’autre, ni de leaders supérieurs à d’autres ; tous sont au même niveau et ont une voix lors des discussions. Le RCA a pour objectif d’harmoniser les revendications des groupes armés lors des négociations futures avec le gouvernement et la communauté internationale : unique voix pour ces groupes armés. L’on ressent ainsi une volonté d’unité des forces armées non conventionnelles pour défendre leurs intérêts communs.

Parmi leurs objectifs, il y a entre autre celui d’assurer la sécurité de la population civile, la libre circulation des personnes et des biens sur tout le territoire national et sauvegarder l’intégrité territoriale (confer à la Déclaration d’entente de Khartoum)

De ce qui précède, l’on peut tout de même émettre quelques analyses. Si tant est vrai que cette structure tire sa légitimité de la communauté internationale, qu’en serait-elle au niveau national centrafricain, sa légalité ? De plus, vu les jeux sempiternels d’alliances de fortune et de guerre fratricide auxquels se livrent entre eux les groupes armés, quel est le gage de fiabilité que cette structure sera à même de relever les défis d’être le seul interlocuteur avec le gouvernement ?

Au-delà de ces questions d’existences juridiques et de légalité, l’on constate que le RCA a le mérite de poser des revendications claires et précises, et de réunir dans une même structure l’ensemble des principaux groupes armés. Ce qui aurait été plus difficile si chacun venait de son propre chef à la table des négociations avec le gouvernement.

Ainsi les grosses têtes des groupes armés, tant du côté des Anti-balaka que de l’ex-coalition de la Séléka, notamment le patron du FPRC Nourredine Adam de la ville de Birao, Abdoulaye Hissen de Ndélé, Mahamat Alkatim du MPC de Kaga-Bandoro, le chef d’État-major de l’UPC Ali Darassa de Bambari et Maxime Mokom de l’aile dure de la milice Anti-balaka de Bangui sont désormais accessibles et prêts à la discussion.

Par ailleurs, l’on note également qu’à Bouar au nord-ouest de la République centrafricaine, le Panel des facilitateurs de l’Union africaine pour la Paix en Centrafrique a réussi à rassembler de son côté, quelques coordonnateurs et porte-paroles des groupes armés. Muni de cahiers de charges comparables à des programmes de société d’un candidat à l’élection présidentielle, ce Panel a réussi tout de même à réduire au minimum la volonté de ces irréductibles chefs de guerre.

En définitive, qu’ils s’agissent de Khartoum ou de Bouar, l’on se satisfait que ces chefs de guerre et leurs porte-paroles parlent d’une même voix. Plus question de les appeler Séléka ou Anti-balaka.

Le Phénix