Six (6) mois après la signature de l’Accord de Khartoum à Bangui entre le gouvernement et 14 groupes armés, la paix tarde à revenir en République Centrafricaine. Le rappel des attaques contre les populations civiles à Paoua et à Zangba, les trafics d’armes ayant opposé le FPRC et le MLCJ aux alentours de Birao, les discours de menace d’Abdoulaye Miskine du FDPC, etc., sans oublier la naissance de nouveaux groupes armés qui s’opposent au Gouvernement en l’occurrence le PRNC, en est une preuve.

Certes, la tâche est immense dans un pays déchiré par différentes crises successives et où treize accords se sont succédé en dix ans. Les experts de l’ONU, dans un rapport de suivi publié mercredi dernier, viennent de rappeler : « aucun des cinq autres accords signés depuis le début de la crise, à la fin 2012, n’avait mobilisé autant d’efforts de la part des protagonistes nationaux et internationaux ». Est-ce affirmer qu’à bien d’égards, Khartoum demeure l’aubaine, une véritable chance pour la paix en RCA ? 

A condition que tous les acteurs s’y impliquent sincèrement.

Sur le terrain, nous constatons que la situation militaire s’est sensiblement stabilisée depuis février, même dans les grandes villes autrefois classées zone rouge telles que Bambari, Ndele, Bria et Kaga Bandoro. Mais encore dans quelques hameaux de province, surtout dans les petites localités où l’Etat, les forces de défenses et de sécurités sont très peu déployées, les combats entre groupes armés ou des attaques sur la population civile se poursuivent : meurtres, viols, braquages, détentions arbitraires, attaques sur les personnels humanitaires… Entre 10 et 70 violations de l’accord sont enregistrées chaque semaine par la Mission de l’ONU en République centrafricaine (Minusca).

Aussi, « Rien ou presque ne vient prouver que les combattants aient véritablement changé de comportement ou que leurs chefs aient entrepris d’identifier et de sanctionner les coupables » estiment les experts de l’ONU dans leur rapport. Seule force capable de se déployer rapidement dans le pays pour s’opposer aux violences, la Minusca privilégie le « dialogue » à l’action militaire depuis la mise en œuvre de l’accord. Une position diversement appréciée car elle suscite beaucoup d’incompréhension. Comment concilier leur mandat de protection des populations civiles avec celle de négociateurs avec les groupes armés. Les troupes onusiennes sont intervenues en avril pour dégager le corridor économique Cameroun-Bangui, temporairement bloqué par les miliciens du FPDC d’Abdoulaye Miskine, ce qui a entrainé sa condamnation par plusieurs groupes armés. Par ailleurs, elles n’ont pas utilisé la force contre les éléments du groupe 3R, responsables du massacre de 46 civils le 22 mai à Paoua, dans le nord du pays, ce qui a été perçu comme une preuve de partialité.

Bien que passibles de poursuites judiciaires, plusieurs chefs de groupes armés ont été intégrés au nouveau gouvernement « inclusif » formé le 3 mars, comme s’y était engagé le pouvoir centrafricain à Khartoum. Mais certains de ces leaders se montrent peu enclin à respecter les dispositions prévues par l’accord. Parmi elles, la participation au processus de « désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement » (DDRR) lancé en décembre 2018. Ainsi, seulement 450 miliciens appartenant à des groupes de moindre envergure ont été désarmés dans l’ouest, une zone où l’autorité de l’État centrafricain commence timidement à se rétablir. Le processus s’annonce plus difficile dans les régions du centre-est, occupées par les deux groupes armés les plus puissants du pays : le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) d’Abdoulaye Hissène et Nourredine Adam, et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darassa.

Régulièrement dénoncé par la Minusca, le « double discours » des groupes armés retarde également la levée des barrières de péage où sont rançonnés les commerçants. Le rapport stipule que dans les zones tenues par le FPRC et l’UPC, le nombre total de barrières levées depuis février se compte sur les doigts d’une main.

« Ils en enlèvent une, puis en installent une autre un peu plus loin », explique Balla Keita, commandant de la force onusienne.

En plus de cette taxation illégale, les groupes armés tirent leurs ressources de l’exploitation des gisements d’or et de diamants situés dans leurs zones de contrôle, ce qui constitue des pertes fiscales immenses pour le Gouvernement obligé de vivre sous perfusion financière internationale.

Profitant de cette manne financière et de l’accalmie sécuritaire, « les principaux groupes armés, en particulier les groupes de l’ex-Séléka, ont non seulement conservé leurs postes de contrôle, mais également renforcé leur mainmise sur certains territoires et acheté des armes », affirment les experts de l’ONU. Selon leur rapport, le FPRC et l’UPC continuent de s’approvisionner en matériel de guerre aux frontières du Tchad et du Soudan. Malgré l’embargo imposé au pays, et les promesses faites à Khartoum.

En somme, le rapport dresse un bilan mitigé de la situation nationale depuis l’entrée en vigueur de Khartoum mais précise que les groupes armés sont responsables de cette situation. Le gouvernement centrafricain pour sa part, s’implique énormément par le dialogue prôné par le chef de l’Etat centrafricain et la main tendue du Premier Ministre, chef du Gouvernement.

Le Phénix de DRN, depuis Bangui