La résolution pacifique des grandes crises guerrières passe pour un bon nombre des cas par une AMNISTIE qui garantit aux éléments composants des factions en conflit de continuer à vivre librement et sans inquiétudes de poursuites judiciaires. Ce mot AMNISTIE d’origine grecque exprime l’idée d’un OUBLI total de manière rétroactive des crimes commis lors de ces guerres.  Dans la recherche d’une accalmie à la crise centrafricaine entamée par le panel de l’Union Africaine ces derniers mois, les groupes armés consultés ont émis une liste de soixante-dix-sept revendications (77) avec douze (12) non négociables dont la fameuse demande d’une amnistie générale. Nous continuons d’assister à un déferlement d’interprétations et de prises de positions sur et dans les médias concernant cette amnistie générale. Un important sujet d’actualité dans tous les milieux centrafricains, y compris dans sa diaspora. Nous nous inscrivons aussi dans la foulée, en y plaçant quelques interrogations : Cette amnistie sera-t-elle acceptée par le peuple centrafricain ? Reste-t-elle la seule voie pour une réconciliation nationale durable ?

 

L’amnistie demandée sera-t-elle acceptée par le peuple centrafricain ?

 

Tous les enfants du Centrafrique sont égaux en droit, en devoir et sont tous protégés par la justice selon le principe constitutionnel en vigueur. L’indépendance et la séparation des pouvoirs (Exécutif, Législatif et Judiciaire), premiers signes marquant la démocratie, semblent être visibles dans toutes les actions menées par le Gouvernement dont son excellence M. Faustin Archange TOUADERA est en avant-garde.

Ce pays a toujours connu des soubresauts causés et à chaque fois, par soucis d’avancer sur la voie de la paix, des accords ont été signés sans être respectés à la suite par ses signataires. Au nom du PARDON, des crimes ont été oubliés donnant la chance à tout le monde de revivre ensemble. Mais force est de constater qu’en dépit de ces efforts fournis pour la paix, les mêmes crimes se commettent, les mêmes violations de droits de l’homme se répètent, ouvrant la voie à une impunité totale qui a permis aux crimes de se perpétuer dans le temps.

Pour que le Rwanda, pays qui a connu un génocide sanglant, soit devenu l’un des pays les plus  évolués d’Afrique, avec une économie bien portante et un climat politique apaisé, il a fallu que les tribunaux populaires traditionnels (Gatchatchas) fassent un travail de fond pour soigner certaines blessures causées par le génocide d’avril 1994. L’objectif visé était de rendre justice aux victimes, les aidant à se calmer.

Les victimes ont droit de savoir ce qui s’est réellement passé, les responsables doivent être identifiés, les responsabilités doivent être situées, les bourreaux doivent avoir courage afin de pousser les centrafricains à un OUBLI COLLECTIF puis au PARDON. Enfin permettre le DESARMEMENT conduisant à une RECONCILIATION NATIONALE DURABLE.  Nous devons tous donner la chance à la justice tant nationale qu’internationale de continuer à faire ce travail de fond pour rendre la justice afin de bloquer la route à l’impunité et à un recommencement.

 

Des familles sont rendues orphelines, des enfants ont été enlevés à leurs mamans, des parents ont été enlevés à leurs enfants impunément. Et toutes les victimes debout comme un seul homme attendent de connaître la vérité sur ces circonstances qui les ont rendues aujourd’hui malheureuses.  Aussi, nous ne disposons d’aucun résultat de sondage qui exprime le vouloir du peuple centrafricain sur ce problème. L’ambiance est bien morose sur toute l’étendue du territoire ce qui peut être interprétée comme réaction à majorité négative. Il est clair donc que le peuple souverain de Centrafrique se penche du côté d’un NON CATEGORIQUE à cette exigence des groupes armés.

 

Reste-t-elle, malgré tout, la seule voie pour une réconciliation nationale durable ?

 

A l’aune de l’implication de l’Union Africaine dans la résolution de la crise centrafricaine, un dialogue inclusif, une assise autour d’une même table rassemblant les acteurs en conflit pour discuter, est primordiale. Il est temps que les centrafricains se réconcilient et nous aimerions voir ce processus aboutir dans le respect du peuple et du droit international.

L’idée de se présenter à un pourparler avec des exigences non négociables peut faire tomber à l’eau tous les espoirs et efforts fournis. Du Sud-Soudan en Côte d’Ivoire en passant par le Maroc, l’amnistie est d’actualité sur le continent africain. Il était d’ailleurs prévisible que l’idée d’amnistie fasse partie des négociations entamées pour un retour au calme en Centrafrique. Mais à l’allure de l’imposer, contre des droits humains au gouvernement et à la société civile, il se pourrait que l’option, sans d’autres options pour une sortie de crise, se butte à une impasse.

Cette amnistie serait synonyme de l’encouragement pour une perpétuelle prise en otage du peuple centrafricain, une manière de tout régler par les armes.

 

Une faute avouée est à moitié pardonnée ou une erreur reconnue publiquement à une forte chance de ne plus être recommise, dit-on. Alors pourquoi imposer aux centrafricains un oubli total des exactions subies, sans que les bourreaux, les commanditaires et leurs complices ne reconnaissent leurs actes ignobles ? D’un point de vue de l’éthique, on ne peut pas forcer la main aux centrafricains de signer une amnistie, grand chemin vers l’impunité, à ceux qui ont choisi de leur faire du mal.

Accepterions-nous volontairement de transposer la situation totalement du sud-soudan en Centrafrique où la guerre ait repris ?

 

Tout en félicitant les groupes armés de leur bon vouloir à souhaiter discuter pour mettre fin à cette crise, ceux-ci se doivent ne pas spéculer ou à critiquer mais à parfaire cette envie au dialogue dans l’intérêt de la nation centrafricaine toute entière. Le souci de la justice pour les victimes doit prévaloir. Tant il est vrai que la résolution de cette crise passe par le pardon, la tolérance, tant la justice aux victimes ne doit pas être oubliée pour soigner les plaies dans les cœurs des familles.

Le Centrafrique ne va pas toujours rester un revolver dont la gâchette s’exprime à la place du droit.

Il est important de rappeler que la cour pénale spéciale centrafricaine et la cour criminelle de Bangui ont déjà entamé des procédures pour rendre justice au peuple centrafricain même si cela semble encore être difficile pour le moment à réaliser. On ne peut pas choisir d’assassiner sciemment, impunément, rendre des familles orphelines et se permettre de crier haut et fort d’être amnistié.

Sur ces points, nos autorités doivent éviter de fouler au pied une fois de plus la justice car cette amnistie générale exigée ne constitue pas la seule et unique voie pour une réconciliation nationale durable. La réconciliation nationale d’accord, mais la justice pour le peuple d’abord !!

 

 Le Centro Rassembleur