Centrafrique : La justice internationale s’attaque-t-elle à l’impunité en RCA ?

 

Créée par le statut de Rome (Italie) et entrée officiellement en vigueur le 1er juillet 2002 après sa ratification par 60 Etats, la Cour pénale internationale (CPI) est une juridiction pénale universelle permanente chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre dans le monde. Le Centrafrique a ratifié ce statut de Rome le 06 octobre 2006 acceptant la comparution de ses ressortissants devant cette cour internationale.

La RCA vit dans une situation chaotique depuis plusieurs années. Des crimes ont été commis, se commettent et des voix s’élèvent de plus en plus pour réclamer justice tant au niveau national qu’international.  

Après avoir provoqué une panique par de coups de feu en l’air en pleine séance élective à l’Assemblée Nationale le 29 octobre 2018, l’ancien chef anti-balaka devenu député M. Alfred YEKATOM ROMBHOT placé en 2015 sur la liste de l’ONU des personnes se livrant ou apportant un appui à des actes qui compromettent la paix en Centrafrique, a été arrêté et transféré à la Haye (Pays-Bas) à la Cour Pénale internationale. La rapidité de son transfert à la Haye et de sa comparution devant la Cour Pénale Internationale, puis la récente arrestation de Patrice NGAÏSSONA sur mandat d’arrêt de la CPI, suscitent dans la foulée cette question :

La Cour Pénale Internationale a t-elle débuté vraiment son attaque contre l’impunité en Centrafrique ?

 

Si le nom de l’ex-chef rebelle congolais M. Jean Pierre BEMBA  est  attaché à la Cour Pénale Internationale en rapport aux crimes de guerre commis en Centrafrique, aucun chef rebelle centrafricain ne s’était inquiété jusque-là et ils se moquent tous de l’incapacité de la justice centrafricaine à les rattraper. De nombreux cas d’injustice, de libres circulations sans inquiétude des criminels ont donné raison à ceux qui ne faisaient plus totale confiance à nos forces de sécurité, ni à la justice centrafricaine.

Le cas le plus flagrant est celui du chef rebelle du FPRC (FPRC) M. Abdoulaye HISSEINE libéré le 15 mars 2016 dans une cellule de la Section de Recherche et d’Investigation (SRI) de Bangui par ses propres éléments lourdement armés, en témoigne. Ayant le statut d’un pays en crise, le Centrafrique est pris en otage par une horde de criminels se prenant pour de dieux qui défient la justice centrafricaine et internationale depuis un certain nombre d’années. Le centrafricain ne croit plus à la justice de son pays si bien qu’il s’est prêté le jeu de se faire justice lui-même, augmentant le nombre de crimes commis dans ce pauvre pays. Comme tout pays en conflit, beaucoup ignorent la loi et commettent volontairement des actes dommageables mortellement à autrui. Du Soudan au Tchad en passant par la République Démocratique du Congo et le Centrafrique, beaucoup de chefs rebelles se sont octroyés le droit de la vie de certaines populations et tuent volontairement quand ils veulent.

Mais depuis, des changements à la tête de l’état-major des armées centrafricaines, de la direction générale de la police centrafricaine montrent la volonté manifeste du chef de l’Etat M. Faustin TOUADERA et de son gouvernement dirigé par M. Simplice SARANDJI  de doter le Centrafrique de forces de sécurité ordonnées, disciplinées et une justice efficace et indépendante. La collaboration étroite avec la justice internationale aussi est une marque de confiance faite aux composantes de la centrafricaine d’être libres dans ces prise de décisions. Lors de la sortie de la condamnation de l’ex-chef de guerre anti-balaka M. Rodrigue NGAIBONA alias Général Andjilo à une peine de prison à perpétuité, le centrafricain commence à avoir une considération pour la justice de son pays. Cela devrait être considéré comme un premier pas dans la réduction des crimes ayant pour cause des règlements de compte puisque nous devons tous savoir que dans une société civilisée en ce 21e siècle,  la loi du talion : Œil pour œil et dent pour dent n’a plus son sens d’exister.

La suite à la non suivie des arrestations des criminels de guerre centrafricains connus, des visites répétées de la procureure de la Cour Pénale Internationale d’origine gambienne Mme Fatou BENSOUDA était source d’encouragement pour le centrafricain. Cette grande dame avait rencontré les autorités centrafricains et a rassuré tous les centrafricains de la présence de la Cour Pénale Internationale à leur côté.  Elle s’est exprimée : …Le peuple centrafricain a subi et a enduré des crimes atroces dans l’un des violents conflits de ce siècle. Je me félicite du transfèrement aujourd’hui, à la Cour pénale internationale de M. Alfred Yekatom, pour qu’il réponde devant la justice des crimes qu’il aurait commis…Je prends cet engagement devant le peuple centrafricain : mon Bureau poursuivra sa quête de vérité et de justice en vertu du Statut de Rome. Nous sommes fermement résolus à poursuivre nos enquêtes sur les actes de toutes les parties impliquées…

  1. Alfred YEKATOM ROMBHOT étant ex-chef rebelle puis député de la nation s’est toujours considéré comme le défenseur des siens contre les envahisseurs. Il a eu cette poisse d’être le premier pris dans les mailles du filet de la Cour Pénale Internationale. Nous savons que sa première comparution si rapide pour des exactions commises en Centrafrique a donné de l’espoir à tous les centrafricains meurtris et victimes des sévices de voir la justice faire un jour son travail. Et cela doit servir de mis en garde à ceux ou celles qui se croient au-dessus de la loi en ayant les armes à la main.

Mais avec l’arrestation de Edouard Patrice NGAÏSSONA, des doutes reviennent. La CPI ne devait-elle qu’arrêter les Anti-Balaka ?

Cette question est sur les lèvres de tous les analystes : à suivre de près…

 

Le Centro Rassembleur