L’observation avisée des gouvernements africains dévoile que, très souvent en temps de crise, l’on a recours à un gouvernement unioniste dit d’ouverture ou encore gouvernement de large consensus en récompense aux agitateurs de la vie politique nationale. Une tradition devenue marchande politiquement et de manière générale. Non pas que cette forme de gouvernement soit l’apanage des Africains seuls, mais elle constitue dans nos états une cacophonie acceptée, organisée par les partis politiques et les groupes armés, une mosaïque inefficiente et budgétivore de « manges-mil », un camouflet face à l’aveu d’impuissance des états africains. Tandis qu’ailleurs, dans les grandes démocraties occidentales, ce type de gouvernement présente des avantages certains vers la convergence des forces en vue les intérêts nationaux, l’on assiste chez les Africains à un effet contraire.

Qu’est-il reproché à ce type de gouvernement ?

Les unionistes africains n’ont pas souvent un Chef du gouvernement au sens occidental, mais ils obéissent plutôt à leur chef de parti à qui ils rendent compte en premier. Du coup, l’Elu à la magistrature suprême, comme celui qu’il aurait nommé comme Premier Ministre, Chef du Gouvernement, n’ont plus de programme à s’en prévaloir, celui-ci est fondu ou dissout dans l’éclectisme des intérêts partisans au détriment de ceux de la nation.

Aujourd’hui en Centrafrique, à l’heure du bilan des deux ans du Président, des oiseaux-gendarmes piaillent, des faucons survolent les arènes politiques, même les moineaux du régime bectent impunément ci et là dans les caisses de l’état en attendant leurs éventuels remplacements, enfin des aigles aux yeux perçants guettent depuis les cimes de nouvelles proies, ces postes bien juteux des mines, des finances et des affaires étrangères, etc. Pour cela, tout le monde clame et réclame un gouvernement d’ouverture pour un positionnement par rapport à la mangeoire nationale sous une bannière de gouvernement d’union nationale.

Cette scène se déroule malheureusement, loin des visages larmoyants du peuple, abandonné à la forclusion et aux exactions quotidiennes des groupes armés.

Touadéra craquera-t-il…, ne craquera-t-il pas ?

Tandis que des critiques pleuvent, et que leur salive dévale torrentiellement vers la primature, deux choses sont envisageables :

Ou bien, le Président Touadéra craque et lâche son dauphin, le doublant de ses aventures d’état, ce qui peut être vu pour certains comme une trahison, une faiblesse face aux pressions extérieures ou à l’antipode une libération personnelle face à l’emprise de son vieil ami ;

Ou bien, il résiste encore et compromet définitivement son ascension politique de chanceux champion national assorti des urnes de février 2016.

Tel se présente le dilemme pour l’élu des dernières présidentielles, telle une équation à deux inconnues à résoudre par le Mathématicien de Boy-Rabe.

 

Quel contexte politique actuel… ?

En effet, pris dans le collimateur de ses détracteurs, le Premier Ministre Sarandji est accusé de laxiste, d’obstiné incapable de déployer des stratégies pour faire taire les armes, de concussionnaire qui distribue des liasses aux groupes armés… Outre, ses compagnonnages avec des partis satellites et quelques leaders rebelles formant une majorité présidentielle n’ont que trop duré pour espérer produire de véritables solutions de sorties de crises…, d’où Touadéra devrait se débarrasser de son « talisman » gênant…

De l’autre côté, les échecs imputables au PM sont contestables… En réalité, des centrafricains n’aiment pas le Centrafrique : ces Centrafricains aiment les ennemis de Centrafrique qui leur remplissent les poches de billets de banques. Que reprochent-ils maintenant au brave Géographe qui a des mains liées depuis fort longtemps face aux preneurs en otage du pays, aidés par des Centrafricains eux-mêmes qui favorisent le démembrement institutionnel et territorial du pays afin de se remplir les poches au préjudice des compatriotes des arrière-pays ? C’est en vain que le PM se débat comme un beau diable dans un bénitier de faux.

Avec telle mentalité donc, aucun régime, aucun gouvernement ne peut ramener la paix, et cette guerre durerait encore, profitant à ceux qui ne voudraient pas sa fin et qui sont encore nombreux. Ils y gagnent leur trésor et les financeurs leurs butins minéraliers et gros pactoles.

 

Bref, dans un cadre national encore conflictuel et qui imprime un gout fade au parcours mitigé à ce biennal de la 6ème République, toutes les inclinaisons pour faire un bilan négatif sont atténuées par l’espoir suscité par la présence russe dont les Centrafricains saluent majoritairement l’arrivée et en attendent un « miracle » …

Dieu aime ce pays qui, en dépit de la nuisance tentaculaire des groupes armés et malgré les travers et péripéties de ses hommes politiques, représente toujours un eldorado mondial, une terre promise abondante en ressources.

Un temps de purification des Centrafricains serait-il fixé afin qu’ils prennent conscience ? Le temps de ceux qui se liguent contre la destinée du berceau des Bantou serait-il échu ? En tout cas, le Centrafrique, la vierge terre mésestimée du « cœur de l’Afrique » renait doucement mais sûrement. Tel un phénix.

Cependant, « Dieu qui nous a créés sans nous ne va pas nous sauver sans nous », aidons-nous donc et le ciel nous aidera. Telle est la nécessité de participer ensemble, comme un seul homme, hâtivement et résolument, à notre libération physique et matérielle, morale et spirituelle. « Seul la lutte libère… »

Dominique MOUDJOUVOUKO