La Cour Pénale Spéciale en marche …

Par Le Phénix
Crée en 2015, afin de poursuivre les graves violations des droits humains dont les crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés en RCA depuis le 1er janvier 2003 à nos jours, la Cour Pénale Spéciale est une juridiction hybride de la République Centrafricaine. Ses activités commenceront ce mois.

Quelles en sont les enjeux ? Nous allons nous y pencher assidument en tant qu’actualité du moment.

Ce fut en 2015, lors du Forum national de Bangui sur la paix et la réconciliation, que le peuple centrafricain dans sa grande majorité avait réfutée l’impunité en République Centrafricaine. L’une des conséquences directes de cette aspiration est la création de la Cour Pénale Spéciale, un tribunal spécial, qui aura vocation de juger tous les crimes graves commis depuis 2003. Cette institution travaille en étroite collaboration avec la Cour Pénale Internationale. D’ailleurs, c’est dans ce cadre que le Greffier de la CPI » ou « Cour »)  Peter Lewis, était en visite officielle en République centrafricaine (RCA) du 18 au 21 septembre 2018 pour rencontrer le Président de la République centrafricaine S.E. Faustin-Archange Touadéra, des hauts représentants du Gouvernement, de la communauté diplomatique, de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), de la Cour pénale spéciale (CPS), de la presse, de la société civile, et des étudiants. Ainsi depuis le mois dernier, la CPS a lancé une vaste campagne de sensibilisation à Bangui et dans 10 provinces du pays afin de sensibiliser les populations sur son fonctionnement et ses missions ; le dernier en date est un atelier organisé par la jeunesse islamique centrafricaine dans le 2ème arrondissement de la capitale.

En Centrafrique, le lancement des enquêtes de la Cour pénale spéciale est attendu pour ce mois d’octobre. Un témoignage d’une participante à l’un de ses ateliers de sensibilisation sur la CPS nous éclaire sur les attentes des populations. Cette femme, témoin vivant de la crise nationale raconte avoir perdu sa maison pendant la crise. Ses démarches n’ont rien donné jusqu’à maintenant, elle espère beaucoup de la CPS : « Ce que j’ai appris, c’est par exemple si tu n’as rien, tu peux avoir un avocat gratuit. Et si on a tué quelqu’un de ta famille, ou on t’a braqué ou on t’a violenté, comment tu peux faire pour aller à la Cour Pénale Spéciale ». Un autre témoignage, celui du chef du quartier Pascal Kouassi : « J’ai appris comment la justice travaille, j’ai appris ce qui concerne les témoins. Cela va me permettre d’aller voir mes administrés et de leur expliquer les procédures et ce qu’il va se passer quand il y aura la CPS ». Huit organisations de la société civile sont ainsi en charge de l’organisation de plus de 80 activités à Bangui et en province pour faire connaître la CPS.

En somme, les centrafricaines et centrafricains attendent le lancement effectif des actions de la CPS car elle demeure de nos jours l’unique garantie pour une justice équitable. La CPS permettra de panser les blessures en établissant les faits, en emprisonnant les coupables et en favorisant l’octroi d’indemnités aux victimes, leur famille ou ayant droits. Si tant est vrai que la CPS débutera ses activités d’ici peu, il n’en demeure pas moins que dans les faits, la mise en œuvre de sa feuille de route dont le jugement des coupables de crimes ou de chefs de guerre n’en demeurent pas moins aléatoire à l’heure où le consensus politique semble faire mouche au détriment de la justice légitime. « Qui vivra verra ». Constaterez-vous pourtant, chers compatriotes, que l’on peut vivre sans pour autant voir … ?