Centrafrique: Firmin Ngrebanda  » Si à travers un acte, on peut garantir au peuple, la tranquillité, la sécurité et la paix, nous n’hésiterons pas « 

Interview exclusive du premier Ministre Firmin Ngrebada accordée aux medias nationaux ce Mercredi 27 mars 2019 à la primature.

1. Monsieur le PM, est ce que vos fonctions ne sont pas assez lourdes à porter vu le contexte actuel ?

Je vous remercie de m’accorder cette possibilité de m’exprimer sur l’actualité gouvernementale.
Même en temps normal, assurer la fonction du Premier er Ministre est une mission délicate, remplie de lourdes responsabilités qui sont celles de conduire toute l’action gouvernementale et assurer la quiétude et le Bien Etre social aux concitoyens. Dans le contexte très particulier de notre pays, les attentes sont énormes et sont presque toutes urgentes. Nous avons les attentes liées à la restauration de la sécurité, au rétablissement de la paix, à l’accomplissement de la cohésion sociale et de la Réconciliation Nationale. Nous avons les attentes liées à la reconstruction du pays et de l’Etat. Nous avons aussi les attentes du développement économique et social. Et pour y parvenir, de nombreux défis doivent être relevés
Aux engagements pris par le Chef de l’Etat au sortir des dernières élections, sont venues s’ajouter de nouvelles donnes issues de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en RCA du 06 février 2019 conforté par le compromis d’Addis Abeba du 21 mars 2019. Avec ces nouvelles donnes, la mission du gouvernement que j’ai la lourde mission de diriger sous la très haute impulsion du Chef de l’Etat est encore plus difficile.
Le gouvernement que je dirige sous la très haute impulsion du Président de la République ? Chef de l’Etat, Pr Faustin Archange TOUADERA est attendu sur ces défis et je ne ménagerai aucun effort pour les relever avec tous les membres de mon gouvernement.

2. Après Addis Abeba, plusieurs décrets ont été publiés par le Chef de l’Etat mais on constate des voix discordantes. Opposition politique et la société civile montent déjà au créneau et parlent de gouvernement inclusif, certes mais pas consensuel.

Nous centrafricains devrions comprendre que notre pays traverse une période très douloureuse de son histoire. Nous sommes encore frappés par la crise militaro-politique déclenchée il y a quelques années. Cette crise est encore présente et ses conséquences affectent le fonctionnement de nos institutions et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cela de vue. Même si certains acteurs de la vie politique et sociale essayent de remettre en cause nos efforts en faveur de la paix et du Vivre Ensemble, ils reconnaissent néanmoins, l’aspect inclusif du nouveau gouvernement. Hier, tous réclamaient l’inclusivité, aujourd’hui, on parle de Consensus ; nous sommes en démocratie et donc, chaque entité est libre d’exprimer son opinion. Seulement, il ne faut pas que cela devienne un jeu de mot et nous ne pouvons pas non plus former un Gouvernement de 100 ministres.
Après Addis Abeba, les décrets qui interviennent pour nommer certaines personnalités au gouvernement, dans les cabinets et autres instances exécutives sont de grandes concessions faites pour parvenir aux principaux objectifs précédemment cités notamment la paix et le retour de la sécurité. A travers ces textes réglementaires :
– Nous recherchons la paix, nous voulons épargner des vies humaines centrafricaines dans les localités sous contrôle des ex groupes armés ;
– nous voulons aussi renforcer la dynamique de la paix ;
– nous voulons montrer la bonne foi du gouvernement s’agissant de la mise en œuvre de l’accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA du 06 février 2019.

3. Abdoulaye Miskine, Chef du FDPC refuse son portefeuille de la Modernisation et l’Innovation du Service Public. Va-t-il être remplacé ou les négociations sont en cours avec lui ?

Il est vrai que nous sommes ouvert au dialogue et à la négociation ; mais cela ne signifie pas qu’il n y a que le Gouvernement qui doit respecter ses engagements. Chaque partie se doit de respecter ses engagements et les compromis issus des négociations. Abdoulaye Miskine a solennellement exprimé son désir de représenter personnellement son groupe dans le gouvernement ; nous lui avons fait droit, car nous voulons que toute action en faveur de paix ne souffre d’aucun obstacle ; s’il change d’avis comme ont fait certains après avoir eux-mêmes, proposer les noms de leur représentants, c’est son choix ; nous respectons la liberté ; nous prendrons acte et attitrerons l’attention de la communauté internationale ;

En plus du cas personnel d’Abdoulaye Miskine, il s’est aussi agi de la nomination de certains membres de son groupe aux postes de Préfet de la Nana-Mambéré, de Sous-préfets et dans d’autres institutions. Nous avons pris l’engagement d’y apporter des réponses et c’est ce qui a été fait concrètement.
Je saisis cette occasion pour rappeler à mon compatriote Abdoulaye Miskine son engagement solennel à s’ancrer dans la dynamique de la paix, de la réconciliation nationale et son devoir de faire évoluer la situation sécuritaire sur le tarrain notamment dans la Nana-Mambéré.

4. Monsieur ALKATIM MAHAMAT pose clairement la question de la reconnaissance de son grade de général. Qu’en dites-vous ?

Le moment est inopportun pour évoquer ce sujet. La revendication d’ALKATIM MAHAMAT est une revendication émanant de l’ensemble de mes compatriotes leaders des ex groupes armés. La question de l’homologation des grades militaires se fera dans le cadre du programme DDRR. La réponse à cette revendication sera donc globale.

5. Est-ce qu’au prochain Conseil des Ministres, le quorum sera atteint ?

Je vous réponds par l’affirmative. C’est dire que les querelles de chapelle sont derrière nous. Le quorum sera très largement atteint. La dernière inquiétude à ce sujet était l’arrivée à Bangui de certains membres du gouvernement nommés dans les rangs des ex groupes armés et qui se trouvent encore en provinces. Or, cette question est désormais réglée puisque le gouvernement a négocié et obtenu le concours de la MINUSCA pour leur transport depuis leurs différentes localités vers Bangui.

6. Vous êtes attendu d’ici quelques jours devant les élus de la nation pour prononcer votre discours de politique générale. Vous serez prêt avant les 60 jours que prévoit la Constitution ?
Malgré plusieurs dossiers brûlants auxquels je dois faire face, je m’attèle aussi à l’élaboration de mon discours programme de politique générale. Ce travail sera bouclé d’ici peu et, dans le délai de 60 jours requis par la Constitution du 30 mars 2016, le programme sera exposé à l’attention de la représentation nationale.

7. Que pouvez-vous nous dire des Unités Spéciales Mixtes de Sécurité (USMS) ?

Les Unités Mixtes Spéciales de Sécurité (USMS) sont des organes prévus par l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en RCA du 06 février 2019. A travers ces unités mixtes, nous visons la sécurisation des couloirs de transhumance, le contrôle des zones minières et la protection des populations. Elles seront opérationnelles d’ici avril 2019 et placées sous le commandement de l’Etat-major des Forces Armées Centrafricaines (FACA).
8. Nous avons appris il y’a quelques minutes que le Ministre de la Jeunesse et des Sports, Monsieur Régis Lionel DOUNDA a été agressé à son Cabinet par les membres du Bureau sortant du Conseil National de la Jeunesse. Quelle est votre première réaction ?
Je désapprouve et condamne fermement ce type de comportement. Notre jeunesse ne doit pas s’installer dans la violence car notre société est une société de paix. Une jeunesse qui agresse un Ministre est une jeunesse irresponsable. Quelques soient les revendications, ce n’est pas la bonne manière d’agir.
Je condamne avec la dernière rigueur cet acte d’agression physique et corporelle sur un membre du gouvernement. Je ne peux tolérer cela.
Toutefois, en ce qui concerne les revendications formulées par le Conseil National de la Jeunesse, j’ai déjà programmé une audience ce jour pour tenter d’apporter des solutions.
Enfin, le mandat du bureau actuel du CNJ étant expiré depuis 3 mois, des dispositions seront prises rapidement pour l’organisation de nouvelles élections afin de restaurer la légalité au sein de cette importante organisation de jeunesse.

9. Monsieur le PM, avez-vous un message aux centrafricains ?

Je demande à mes compatriotes de rester sereins et de faire confiance au Président de la République, Chef de l’Etat, Pr Faustin Archange TOUADERA et au gouvernement que je dirige. Nous sommes sur la bonne voie. Les actes que nous posons au sommet de l’Etat sont tous guidés par l’intérêt du peuple centrafricain. Nous faisons ce qui nous parait bon pour le peuple. Si à travers un acte, on peut garantir au peuple, la tranquillité, la sécurité et la paix, nous n’hésiterons pas. Chacun de nous doit faire des sacrifices ou concessions pour parvenir à la paix. Le contexte est très particulier. Nous le savons tous déjà. Faisons donc preuve de compréhension et de tolérance pour rebâtir notre pays. L’heure n’est plus aux polémiques et autres interprétations susceptibles de compromettre nos chances de retour à la paix.
Aussi, j’exhorte tous mes compatriotes à s’impliquer pleinement dans le processus de la paix, de la réconciliation et du relèvement.

Source : Diaspo