PAUL BIYA REMPILE POUR UN 7e MANDAT A LA TETE DUN PAYS AUX ENORMES DEFIS

 

Président du Cameroun Paul Biya

 

La Commission nationale de recensement général des votes a transmis au Conseil Constitutionnel son procès-verbal dans lequel Paul Biya est vainqueur de l’élection présidentielle du 7 octobre dernier. Au terme du recensement général des votes dont copie a été envoyée au Conseil constitutionnel, le candidat du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) écrase ses sept adversaires, avec un score à la soviétique, 71,28%, contre 14, 23% pour Maurice Kamto et 6,28% pour Cabral Libii. Paul Biya, 36 ans au pouvoir, et ce depuis 1982, rempile pour un 7e mandat consécutif. Même si les dés semblent pipés d’avance, l’homme qui aura passé plus de la moitié d’une vie à la tête d’un pays qui sombre au jour le jour, devra faire face à des vagues de contestations au sein de la classe politique d’une part mais surtout à d’énormes défis ayant mis le pied presque à genou d’autre part.

Une période postélectorale qui bouillonne

La bataille juridique

Suite à un communiqué signé du Conseil constitutionnel, l’audience relative au contentieux post-électoral de l’élection présidentielle du dimanche 7 octobre 2018 s’est ouverte le Mardi 16 octobre 2018. Conformément à l’article 48 du texte constitutionnel du Cameroun : « le Conseil constitutionnel veille à la régularité de l’élection présidentielle… ». Et c’est à ce titre qu’il a été saisi d’un volumineux dossier de contentieux post-électoral. Dix-huit recours ont été introduits par certains candidats à cette élection présidentielle. Et ce, en raison des irrégularités dont ils soutiennent que le scrutin a été émaillé. Ces candidats demandent l’annulation totale ou partielle du scrutin. Parmi les dix-huit recours, il y a ceux de Joshua Osih, candidat du Social Democratic Front (SDF) ; et Cabral Libii, challenger de l’Union Nationale pour l’Intégration vers la Solidarité (UNIVERS). Ils motivent cette demande par une kyrielle d’irrégularités qui, de leurs points de vue, mettent à mal l’unité nationale et compromettent durablement la sincérité de cette élection. Pour sa part, Maurice Kamto, candidat du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), demande l’annulation partielle des opérations électorales dans les bureaux de vote des régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, mais aussi de l’Adamaoua du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Est et du Sud. S’agissant des régions anglophones, ses avocats soutiennent qu’en raison de la crise sécuritaire qu’elles connaissent depuis deux ans, il est impossible de respecter dans ces régions les règles d’organisation d’une élection présidentielle. Par ailleurs, quinze recours pour invalidation des résultats obtenus par le candidat du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), Paul Biya, dans tout le pays et dans la diaspora, ont été introduits par deux « recourants » dont les candidatures à cette élection avaient été recalées par le Conseil constitutionnel. Il s’agit de Gabanmidhana Aminou, alors candidat indépendant, qui demande l’annulation et la reprogrammation de l’élection présidentielle et de Bertin Kisob, président du Party for Social Justice, qui quant à lui souhaite, que le Conseil constitutionnel se déclare incompétent pour la supervision et la proclamation des résultats.

La rue pour renverser Biya ?

Parallèlement au ballet juridique qui s’annonce perdu d’avance (certains recourants commencent déjà à être déboutés par les juges du Conseil Constitutionnel, ndlr), d’autres voies de contestation sont en vue. C’est le cas par exemple de l’honorable Jean Michel Nintcheu, député du Social Démocratic Front, qui vient de déposer à la sous-préfecture de Douala 3ème, une déclaration de manifestation publique. Selon la déclaration, cette manifestation dite pacifique aura lieu au Rond-Point Dakar à Douala le 21 octobre 2018 à partir de 15heures. D’autres opposants, pas des moindres risquent également d’explorer cette piste dans le souci de faire fléchir celui qui est considéré comme le doyen des Chefs d’Etats africains (86 ans dont 36 déjà passés au pouvoir, ndlr). Pendant ce temps, le pays fait face à d’énormes défis.

Un seul pays, plusieurs défis

Pendant que plusieurs acteurs politiques se livrent à une convoitise sans merci du fauteuil présidentiel (jusque-là gardé par le vieux Biya, ndlr), le pays s’enlise dans une crise socio-économique sans précédent.

 

  • Les transversaux

 

Tout le monde est unanime là-dessus, plusieurs défis sont à relever notamment dans le domaine de l’emploi des jeunes, de l’accès aux soins de qualité, des infrastructures routières, de l’accès à une justice équitable par citoyens, de l’accès à une éducation de qualité (certains établissements scolaires ayant été fermés notamment au Sud-Ouest et Nord-Ouest du pays pour cause de conflit, ndlr). Ajouté à cela, le nécessaire challenge de lutte contre la corruption. Au Cameroun, la corruption a miné tous les secteurs, certains barons du régime quarantenaire de Biya sont même plus riches que l’Etat.

 

  • La crise anglophone

 

Le plus grand défi auquel devra faire face le Président élu ou réélu reste la résolution du conflit anglophone créé par des sécessionnistes. Corolaire des conséquences lointaines de la colonisation, la crise anglophone reste l’un des casse-têtes auquel le gouvernement camerounais fait face. D’abord concentrés au début du conflit armé de Novembre 2016 dans la région du Nord-Ouest, les combats se sont peu à peu intensifiés dans la région du Sud-Ouest.

La zone rurale entre Kumba, Mamfe et la frontière nigériane est devenue l’épicentre des violences. Les séparatistes, éparpillés en divers groupes, s’en prennent sans relâche aux forces de l’ordre et de sécurité, mais aussi aux symboles de l’administration comme les écoles, qu’ils incendient, pillent, posent des bombes, enlèvent et assassinent les civils et les militaires qui n’observent pas le mode d’ordre des « villes mortes ». Six millions de personnes sont désormais menacées de famine dans le Nord-Ouest, Sud-Ouest et l’Ouest du pays si rien n’est fait, selon une alerte du gouvernement.

Ces impacts économiques de la crise ont eu, selon Human’s Right, pour conséquence une hausse de 70% du taux de chômage dans le secteur de l’agriculture et plus de 5000 emplois menacés dans plusieurs secteurs.

 

  • La lutte contre Boko Haram

 

Alors que le conflit contre Boko Haram qui a fait près d’un millier de civils et militaires tués (135 civils et 18 militaires tués en 2018, ndlr) baisse en intensité dans l’Extrême Nord du pays, le mouvement constitue toujours une menace et la situation humanitaire reste précaire. Pour construire une paix durable, le nouvel exécutif doit se saisir de deux enjeux sécuritaires majeurs : le devenir des anciens membres, y compris combattants djihadistes, et celui des comités de vigilance. Pour les anciens membres, le gouvernement devra distinguer les militants dangereux pour lesquels une procédure judiciaire et formelle s’impose et d’autres qui pourront être soumis aux travaux communautaires aux fins de leurs réintégrations. Pour ce qui est des comités de vigilance, ils devront intégrer les forces de l’ordre et de sécurité afin de mener à bien le combat contre les dernières poches de résistance du groupe islamiste Boko Haram.

Qui pour succéder à Paul Biya en 2025 ?

Beaucoup d’analystes soutiennent que le perpétuel règne du Chef de l’Etat camerounais, sera rendu à 43 ans, à la fin de son mandat, c’est-à-dire en 2025. Cependant, la grande interrogation a trait à celui ou celle qui pourra lui succéder à la tête du pays. L’opposition dans sa configuration actuelle n’entend véritablement pas faire bloc unique pour offrir l’alternance au peuple camerounais et dans cette circonstance, la succession viendra encore et probablement du camp présidentiel, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Véritable inconnue pour l’heure, l’avenir nous en dira mieux.