Emprisonné depuis près d’une décennie à La Haye, l’ancien vice-président congolais risquait une peine de 18 ans de prison. La Cour pénale internationale vient de l’acquitter en appel des charges de crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Centrafrique. La nouvelle a été accueillie différemment entre joie et stupeur en République Démocratique du Congo et en République Centrafricaine.

Qui est Jean Pierre Bemba ?

Jean-Pierre Bemba Gombo (né le 4 novembre 1962) est un homme politique de la République démocratique du Congo. Il a été l’un des quatre vice-présidents du gouvernement de transition de la République démocratique du Congo de juillet 2003 à décembre 2006. M. Bemba dirige également le Mouvement pour la libération du Congo (MLC), un groupe rebelle devenu un parti politique. Il a reçu le deuxième plus grand nombre de voix à l’élection présidentielle de 2006. En janvier 2007, il a été élu au Sénat. Puis il a été arrêté près de Bruxelles le 24 mai 2008 sur un mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale.

Il a été initialement accusé de trois chefs de crimes contre l’humanité et de cinq chefs de crimes de guerre commis par des combattants sous son commandement. En octobre 2010, la CPI a réduit les charges à deux chefs de crimes contre l’humanité et trois chefs de crimes de guerre. Le 21 mars 2016, il a été reconnu coupable de ces accusations. Le 21 juin 2016, il a été condamné à une peine d’emprisonnement de 18 ans dans une condamnation historique devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et violences sexuelles. Le 28 septembre 2016, il a fait appel de sa déclaration de culpabilité, alléguant des erreurs de procès et de citation dans l’analyse de sa responsabilité de supérieur hiérarchique par la chambre de première instance. Ses condamnations pour crimes de guerre de 2016 ont été annulées à la suite d’un appel interjeté ce 8 juin 2018 ; un appel contre sa condamnation pour altération des témoins est en cours.

Son Acquittement
Il était jusqu’alors le prisonnier le plus lourdement condamné par la Cour pénale internationale (CPI), mais Jean-Pierre Bemba vient d’être acquitté.

Sur les cinq (5) juges de la Cour d’appel, trois (3) ont estimé que des erreurs commises lors de la procédure de première instance étaient « suffisamment importantes » pour annuler le verdict, à savoir la condamnation de l’ancien vice-président congolais, poursuivi pour les agissements de ses miliciens au début des années 2000, à dix-huit ans de prison pour crimes et crimes contre l’humanité.

Alors que les autorités politiques congolaises ont accusé réception du verdict mais n’ont souhaité faire aucun commentaire sur les ondes nationales et internationales, à Kinshasa, ses partisans ont patienté des heures durant au siège du Mouvement de Libération du Congo (MLC), avant de pouvoir laisser exploser leur joie et d’envahir tout le quartier en scandant « merci Seigneur ».

En République Centrafricaine, à quelques kilomètres de là, c’est la consternation et le désarroi et une expression quelque peu mitigée.

D’une part, bien que certains observateurs de la vie politique nationale ont salué cette décision en se rangeant du coté des avocats de Bemba car ils estiment que l’ex président Patassé et le chef d’état-major qui avaient sollicité l’aide des éléments de l’ex chef guerre et avaient eux-mêmes menés ou ordonnés des opérations militaires avec ces rebelles, ne soient pas présents ni entendus au procès, qu’ils y avaient donc non lieu sur la forme.

En effet, a précisé un internaute de Dandara Reconciliation News, « la cour d’appel de la CPI n’a jugé que sur la forme et les règles de procédures, s’agissant du fonds et des faits, il y a une victoire tout de même pour les victimes quant à la condamnation de la première instance de Bemba ».

D’autre part, les autorités centrafricaines par la voix du porte-parole du gouvernement ont fermement condamné cette décision qui selon elles « lèse les victimes de viols et le peuple centrafricain dans son ensemble ».

Enfin, plusieurs citoyens de Bangui dénoncent ce revirement de la CPI qu’ils qualifient de « manœuvre politique visant à opposer au président Kabila en froid avec l’occident, un adversaire de poids ». Il n’en demeure pas moins qu’une telle décision fait aussi craindre la sécurité dans la partie sud du pays.

En somme, que cela soit vrai ou pas, il ressort néanmoins que cette décision de la Haute juridiction fragilise la confiance des populations centrafricaines (et même africaines) en la justice internationale à l’heure ou le peuple centrafricain s’est résolument engagé sur la voie de la lutte contre l’impunité.

Le Phénix