C’est en dent de scie que la question sécuritaire se dessine en Centrafrique, depuis l’opération SOUKALA KM5, la riposte des « bandits de Km5 » à la Paroisse de Fatima du 1 er Mai, l’attaque de Bambari et les récentes tueries de Béa-Rex, pour ne citer que ces événements.

En effet, de km5 à Bangui en passant par Kaga Bandoro, puis Bambari, la 2nde grande ville du pays à Gamboula, l’harmonie et la vie en symbiose sont à nouveau menacées. Et on se demande vraiment à quelle fin.

Bambari, le lundi 14 mai. D’après nos sources dans la localité, c’est la découverte de trois corps sans vie d’éleveurs Peuls identifiés comme étant des combattants rebelles de l’Unité du Peuple Centrafricain (en abrégé UPC, composante de la coalition Séléka) sur l’axe Bambari-Alindao qui a engendré les violences. L’UPC a directement et de son propre chef attribué aux miliciens Anti-balaka basés à quelques kilomètres du lieu ce présumé assassinat. Ses combattants lourdement armés ont donc pris d’assaut, dans un souci de représailles, le quartier général des miliciens Anti-balaka. Des violents combats ont éclaté entre les deux groupes poussant plusieurs centaines d’habitants de la ville en particulier les chrétiens à se réfugier en brousse ou dans les camps des déplacés de l’Église catholique. Maitrisé deux jours plus tard, une accalmie est revenue suite à l’intervention de la gendarmerie et aux négociations de la MINUSCA. Mais déjà les combats ont occasionné la mort de plusieurs victimes dont 3 gendarmes, plusieurs dégâts collatéraux sur personnes et biens et ont également provoqué un mouvement massif de déplacement des populations. La tension ville reste encore sous de tensions vives.

Dix jours après, ce 23 Mai. Dans le même schéma du genre « prototype de cadavres musulmans retrouvés », des assaillants venus du KM5 ont encore frappé, prenant soi-disant pour cible toujours en riposte un quartier proche : le Béa-Rex. Si le bilan n’est pas encore totalement établi, l’on note néanmoins plusieurs morts dont celles du Chef du quartier et son fils. De sources concordantes, il s’agirait au départ d’une attaque contre des éléments du contingent rwandais de la Minusca qui s’est soldée par l’abattage de trois des assaillants impliqués, contrairement à ce que d’autres assimilent à des honnêtes croyants musulmans du KM5 pour attiser leur envie de violences intercommunautaires.

La récurrence de ces actes « d’œil pour œil, dent pour dent », qualifiée à tort par certains analystes et journalistes d’actes de riposte, de représailles des groupes pourtant non conventionnels, est incivique. Ce n’est ni plus ni moins du gangstérisme mafieux de clans contre le processus de paix et du revivre ensemble en RCA. Elle constitue des cales au Gouvernement dans la lourde tâche de conduire à la réconciliation nationale les Centrafricains qui, se sentant quelque peu marginalisés, avaient tenté en 2013 la prise du pouvoir par les armes malheureusement échouée.

En effet, de nos jours, avec le retour de l’état de droit après des élections crédibles, transparentes et unanimes, toute responsabilité pour un rétablissement de la sécurité sur l’étendue du territoire incombe désormais aux Gouvernants et à la Minusca. Pas aux groupes dits d’autodéfenses ou autres, pas aux quelconques citoyens d’obédience religieuse.

Le pourvoir de l’état est régalien et laïc. Il s’applique à tous sur l’étendue du territoire sans discrimination ou parti-pris.

Ce qui est arrivé à Bambari, puis à Béa-Rex est donc inqualifiable et condamnable.

Voulons-nous d’un état de droit en Centrafrique ? Eh bien, cela doit commencer par le bannissement de l’idée de nous faire justice nous-même et nous soumettre à la protection et aux lois de notre République.

 

KOTA WALI