Crise au Venezuela :

« Nous considérons que M Guaido à la légitimité pour organiser des élections », dixit Jean Yves Ledrian, ministre français des Affaires Etrangères.

Depuis plusieurs semaines jusqu’à ce jour, l’actualité internationale ne cesse de parler de ce pays d’Amérique Latine en pleine crise politique. Hier encore, les gros titres annonçaient que l’aide humanitaire était bloquée à la frontière colombienne.

Notre rédaction aimerait revenir sur l’origine de cette crise aux élans d’enjeux géostratégiques, et sur les principaux acteurs qui l’animent.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent depuis samedi dernier et à travers le pays pour réclamer soit le départ de Nicolas Maduro dont le second mandat a débuté seulement le 10 janvier après une réélection contestée en mai 2018, soit pour le soutenir la « Révolution bolivarienne » de Chavez qui a arraché des millions de Vénézuéliens à la pauvreté.

Six ans après la mort de l’ex président nationaliste, anti-impérialiste et socialiste, le bilan prend la forme d’une industrie pétrolière en ruine, d’une inflation qui pourrait atteindre 10 000 000 % cette année et un exode de près de 3 millions de Vénézuéliens. Ceci sans compter le déficit démocratique qui n’a cessé de s’alourdir avec un enchaînement d’émeutes et de répressions, ancrant solidement le Venezuela, parmi les régimes autoritaires. Bref, le successeur de Chavez, Nicolas Maduro semble être un désastre et le pays se divise entre lui et son principal rival, le président du Parlement, Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président par intérim du pays. Difficile de prédire comment se résoudra cette crise constitutionnelle avec l’armée qui continue de jurer fidélité à Maduro, alors que Guaido persiste à affirmer que les parlementaires sont les seuls à avoir une véritable légitimité démocratique au pays.

Là où les choses se compliquent, comme si elles ne l’étaient pas déjà amplement, les États-Unis, le Canada et une série d’autres démocraties ont officiellement reconnu Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela.

La décision du président américain de rechercher une transition politique au Venezuela, est basée sur une opposition idéologique et une volonté de stabilité régionale. Mais pour beaucoup d’observateurs neutres, les énormes ressources pétrolières du Venezuela seraient la cerise sur le gâteau. Ainsi, la crise vénézuélienne offre une leçon inattendue de géopolitique contemporaine : pendant que les États-Unis, le Canada et une vingtaine d’autres pays se rangeaient derrière Juan Guaido, Nicolas Maduro recevait notamment le soutien de la Russie, de la Chine, de la Turquie et du Mexique.

Pour le ministre des affaires étrangères, l’opposant vénézuélien est légitime car le président Maduro « refuse d’organiser des élections qui seraient de nature à clarifier la situation ».

Le président vénézuélien a répondu aux exigences européennes en disant qu’il était favorable à un groupe de contact international comprenant l’UE et des pays latino-américains, comme l’Uruguay et le Mexique, qui justement se sont réunit jeudi dernier à Montevideo.

La Russie, la Chine et la Turquie continuent, de leur côté, de soutenir le dirigeant socialiste, qui bénéficie aussi de l’appui, primordial, des forces armées vénézuéliennes.

Moscou, important bailleur de fonds du Venezuela au cours de ces dernières années, a appelé dimanche, à la retenue. « L’objectif de la communauté internationale doit être d’aider [le Venezuela] sans ingérence destructrice de l’étranger », a estimé Alexandre Chtchetinine, directeur du département Amérique latine au ministère russe des affaires étrangères, cité par l’agence de presse Interfax.

Alors qu’on croyait la guerre froide entre bloc de l’est et de l’ouest terminée il y a plusieurs décennies déjà, l’on ne peut que constater une réminiscence des blocs américain et russe sur l’échiquier mondial. Le Venezuela en est un parfait exemple. Son peuple devra faire l’option de s’unir et d’opter pour un dialogue national pour résoudre cette crise qui n’a que trop duré.

Kota Wali