La rue a eu le dernier mot. Abdelaziz Bouteflika octogénaire au pouvoir en Algérie pendant 20 ans et qui ne s’était pas exprimé à son peuple depuis 2013 suite à un AVC, a fini par démissionner de ses fonctions de président en Algérie. Dandara Réconciliation News revient sur le bilan du président et les perspectives du pays.

Le sixième président de l’Algérie indépendante avait remis sa démission au Conseil constitutionnel, après plus d’un mois de manifestations inédites. Atteint depuis 2005 d’un cancer de l’estomac, Abdelaziz Bouteflika, extrêmement affaibli par un AVC qui l’a cloué dans un fauteur roulant depuis 2013 faisait face depuis plusieurs semaines à une contestation d’ampleur,débutée le 22 février. S’il a profondément marqué l’histoire de l’Algérie, son bilan au pouvoir n’en reste pas moins contrastéet l’avenir du pays demeure incertain. Après avoir envisagé de se représenter, puis de repousser les élections pour préparer son départ, il n’a pas tenu face à la rue et a fini par présentersa démission avant même la fin de son mandat. Mais l’a-t-ilfinalement fait pour des raisons que l’on ignore ou la pression de son peuple ? Comme il a été souligné dans un grand journal français « l’armée se retrouve en première ligne d’une crise algérienne entrant dans une deuxième phase décisive après plus d’un mois de manifestations massives contre un système à bout de souffle ». Les hommes à la tête de l’énigmatique et implacable groupuscule qui exerce le pouvoir dans l’ombre ont, certes, décidé de sacrifier le vieux chef, ce n’est pas pour autant qu’ils entendent exaucer la rue qui hurle, crie, chante son besoin de liberté et son envie de démocratie 

Ainsi, si les Algériens fêtent avec le départ de Bouteflika, leur deuxième indépendance, ils ne sont pas dupes et savent que la transition vers une nouvelle république ne sera pas un chemin pavé de roses, car il semble que l’Armée conserve la mainmise sur l’ensemble du système existant. De plus le clan Bouteflika, pour l’heure, demeure aux manettes. C’est lui qui, depuis des années, tire les ficelles de la marionnette qu’était devenu Abdelaziz Bouteflika, président impotent aux mains d’un carré de fidèles omnipotents. Néanmoins l’on peut dire que les jeunes générations d’algériens en déficit de liberté semblent être déterminés et disposés s’arracher des assises sociales solides. Ils l’ont dit durant les marches contre leur président, ils sont pour une révolution douce, la lutte contre la corruption et l’évolution progressive du pays vers un système plus démocratique.

Quel bilan peut-on tirer de ces vingt ans au pouvoir ?

Pour ses opposants de la première heure, les années Bouteflika laissent un goût amer. Celui d’un « immense gâchis ». Le pays avait une forte jeunesse, des compétencesmultiformes, de l’argent grâce aux gaz et pétroles, unpositionnement géographique stratégique entre Afrique et Europe, orient et occident. Il aurait pu bâtir un grand pays mais au lieu de cela, c’est l’aggravation de la corruption sous son règne. De plus les migrants de la mer, ceux qui prennent les bateaux pour aller en Europe sont toujours aussi nombreux car une grande partie de la population ne profitant pas du boum économique

Quel va-t-il se passer désormais ? Le schéma de transition …

A la démission du chef de l’Etat, le Conseil constitutionnel se réunit « de plein droit », c’est-à-dire de sa propre initiative. Il constate alors, à la majorité de ses membres, « la vacance définitive de la présidence ». Il communique « immédiatement l’acte de vacance définitive » au Parlement, dont les deux Chambres, l’Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse) et le Conseil de la Nation, se réunissent de « plein droit ». La Constitution ne précise pas qu’un vote doit avoir lieu. C’est le président du Conseil de la Nation – poste actuellement occupé par Abdelkader Bensalah, 77 ans qui assure alors l’intérim durant une période de 90 jours maximum. Si « pour quelque cause que soit », la présidence du Conseil de la Nation est « vacante », c’est le président du Conseil constitutionnel – actuellement Tayeb Belaiz, 70 ans – qui assume la charge du chef de l’Etat, pour la même période de 90 jours. Une élection présidentielle doit être organisée au cours de cette période de 90 jours. Le chef de l’Etat par intérim ne peut être candidat à cette élection.

Quel qu’il en soit, l’avenir du pays semble incertain, mais l’on espère que le peuple algérien saura faire preuve de hauteur et de civisme et passer avec brio son « printemps arabe » tardif. Il doit aussi comprendre que les islamistes et fondamentalistes, la menace terroriste sont d’autant d’éléments qui peuvent impacter négativement leur révolution.

Le Phénix de DRN