AFRIQUE : SPORT / DESTINS CROISES ENTRE FOOTBALL ET POLITIQUE

Si certains anciens footballeurs africains notamment ivoiriens (Charles Dago, Aimé Tchétché, Ismaël Capit Bakayoko, ndlr), sénégalais (Habi Beye, ndlr) ou encore camerounais (Patrick Mboma, Roger MILA, ndlr) et d’autres encore ont réussi leurs reconversions comme le recommandent les spécialistes du management sportif en devenant soit des consultants sportifs ou entraîneurs de clubs et équipes de football, d’autres ont choisi le terrain politique pour se faire valoir et entendre. Une polyvalence certes appréciable mais mal interprétée par plus d’un. Dandara News se donne l’impérieux devoir d’aborder certains exemples dans ses colonnes.

Du terrain de foot à la Présidence de la République

L’exemple patent reste celui de Georges Weah. Né le 1er octobre 1966 à Monrovia, l’ancien footballeur international est devenu homme d’État, Président de la République du Liberia depuis le 22 janvier 2018.

Attaquant de renom, il remporte en 1995 le Ballon d’or récompensant le meilleur joueur évoluant en Europe. Il est le premier joueur non européen à remporter ce trophée et le seul originaire du continent africain. Il est également le premier ancien footballeur professionnel à devenir chef d’État.

A l’issue de sa carrière sportive et de la deuxième guerre civile libérienne, il se lance en politique. Candidat à l’élection présidentielle libérienne de 2005, il échoue au second tour du scrutin face à Ellen Johnson Sirleaf, alors qu’il était pourtant arrivé en tête du premier tour. Lors de l’élection présidentielle libérienne de 2011, il est cette fois-ci candidat à la vice-présidence mais le ticket présidentiel formé avec Winston Tubman est battu par la présidente sortante. Il réussit par la suite à se faire élire sénateur lors des élections sénatoriales libériennes de 2014, puis est élu président de la République trois ans plus tard au second tour de l’élection présidentielle libérienne de 2017 face au vice-président sortant Joseph Boakai.

De l’air de jeu à la Mairie

L’ancien international ivoirien Bonaventure Kalou, ancien joueur notamment du Paris SG, d’Auxerre ou de Feyenoord, a été élu maire de la ville de Vavoua (centre-ouest) lors des dernières municipales en Côte d’Ivoire.

« J’ai un sentiment de fierté et j’ai une pensée émue pour mon père (décédé en 2016) qui aurait voulu être maire de cette commune. Je marche dans ses pas », a-t-il déclaré après l’officialisation de sa victoire.

Bonaventure Kalou va prendre les rênes d’une ville de 400 000 habitants selon le recensement de 2014, mais qui en compte sans doute plus de 500 000 aujourd’hui. La cité, située au centre de la principale région cacaoyère de la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, respire la pauvreté avec des routes boueuses parsemées de poubelles, et beaucoup de ses habitants vivent sans eau courante ni électricité.

« Mes premières priorités seront de faire un audit financier de la mairie et de faire des efforts sur la salubrité », affirme Kalou qui « veut améliorer les conditions de vie » de ses concitoyens.

Lors de la campagne électorale, le finaliste de la CAN-2006, qui compte une cinquantaine de sélections avec les Eléphants, avait notamment évoqué la comparaison avec Georges Weah élu président du Liberia voisin. « Weah et moi, on était tous les deux footballeurs et on fait de la politique. On a tous les deux joué au Paris-Saint-Germain… mais la comparaison s’arrête là! Il est président, moi je veux devenir maire. On ne jouait pas au même poste! Il a fait une plus belle carrière que moi mais surtout, c’est un modèle d’éthique. Il a des valeurs. Pour le moment, je veux aider ma ville qui n’a pas ce qu’elle mérite », a conclu le joueur membre de l’équipe ivoirienne mondialiste en 2006.

Aspirants ou troubles fêtes ?

Si les deux stars précitées ont réussi à se faire une place dans l’arène politique, d’autres pas des moindres préfèrent pour l’heure se faire remarquer par de simples soutiens aux régimes souvent critiqués et vomis par les populations.

Samuel Eto’o fils, soutien indéfectible du Président Paul Biya

En pleine période de campagne électorale pour la présidentielle de 7 Octobre dernier, l’ancien capitaine des Lions Indomptables du Cameroun s’est prononcé en faveur du candidat-président Paul Biya 85 ans dont 36 ans au pouvoir. Pour « tout ce que le président Paul Biya a fait » en faveur de Samuel au cours de sa carrière sportive.

Cette position de Samuel Eto’o fils vient s’ajouter à celle déjà exprimée par Rigobert Song Bahanag, ancien capitaine des Lions indomptable et bien d’autres leaders d’opinion qui ont pris fait et cause pour Paul Biya.

Cette déclaration de Samuel Eto’o fils s’est faite en marge de la rencontre entre le président de la république Paul Biya et Amad Amad, président de la Confédération Africaine de Football (CAF) dont il était le principal entregent.

L’international togolais, attaquant de Basakséhir, Emmanuel Sheyi Adebayor, un autre cas  

En Novembre 2017, au moment même où la crise sociopolitique était à son paroxysme dans son pays, le joueur prend fait et cause pour le Président de la République Faure Gnassingbé comme ce fut le cas à la veille de la présidentielle de 2015. Le ballon d’or africain 2008 condamne les morts enregistrés depuis le 19 août et estime que le départ de Faure Gnassingbé n’apportera rien à la jeunesse en quête de l’emploi.

Dans une interview accordée à Sofoot, l’international togolais n’a pas pu se soustraire à la question sur la crise politique qui secoue le Togo depuis le 19 août dernier.

 «En ce moment, le Togo est secoué car ils (contestataires) disent que le Président doit partir. Certains jeunes sont morts pendant des manifs. Pourquoi? Si demain, une autre personne devient Président, elle va aller voir les familles (endeuillées)? Non. Pense d’abord à ramener quelque chose à ton pays», a déclaré Adebayor.

Pour le natif de Kodjoviakopé, le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir n’apportera rien de concret aux aspirations surtout de la couche juvénile togolaise. «Si le Président part, les gens qui n’ont pas de boulot, en trouveront-ils plus facilement? Pas sûr. On a l’exemple de la Libye avec Kadhafi. On a vu ce pays avec et sans lui », relève-t-il avant d’ajouter : « Les Libyens sont en train de le regretter! ».

S’adressant à la diaspora togolaise de Paris, très en verve ces derniers temps en ce qui concerne les manifestations politiques, Emmanuel Adebayor demande à ces togolais de prendre l’avion et d’aller au Togo s’ils veulent marcher.

Au demeurant, la grande question qui taraude les esprits est de savoir si la politique reste et demeure le plus sûr moyen aux anciennes gloires de football pour préserver et sécuriser les fortunes pourtant emmagasinées à la sueur de leur front ? Question à réponses ambiguës.

 

Roger Amegnran